Construction en bois

Un pas dans la bonne direction

Québec veut doubler la récolte de bois d’ici 2080

PHOTO MARTIN TREMBLAY, ARCHIVES LA PRESSE

Pour arriver à doubler la production de bois dans les prochaines décennies, le MFFP compte augmenter le volume et la qualité du bois.

(Québec) Le gouvernement du Québec veut doubler la récolte forestière d’ici 2080 et faire du secteur forestier « un incontournable » dans la relance économique.

Publié le 16 décembre 2020 à 20h29

Partager

Stéphane Blais
La Presse Canadienne

C’est ce qu’a annoncé Pierre Dufour, ministre des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFP), lors d’une conférence de presse virtuelle dans laquelle il a présenté « la Stratégie nationale de production de bois et la Politique d’intégration du bois dans la construction ».

Le gouvernement compte faire passer le volume de bois récolté en forêts publiques et privées de 29 millions de mètres cubes par années actuellement à 33 mm3 en 2025, à 42,9 mm3 en 2050 et à 52,9 mm3 en 2080.

Le MFFP souhaite ainsi doubler, d’ici 2080, le Produit intérieur brut généré par le secteur forestier au Québec afin de le faire passer de 6,3 milliards de dollars à 12,3 milliards.

Selon le ministre Dufour, la forêt au Québec est sous-exploitée. « On va faire fructifier davantage notre capital forestier, tant en forêt publique qu’en forêt privée, en produisant plus de bois de meilleure qualité, tout en conservant un aménagement durable de nos forêts ».

Pierre Dufour a fait valoir que les forêts au Québec se portent bien, que le couvert forestier est stable et que la diversité des écosystèmes « est en bon équilibre ».

En citant le Bureau du forestier en chef du Québec, le ministre Dufour a ajouté que « la pression sur la forêt, qu’elle soit d’origine naturelle ou humaine, n’a jamais été aussi faible au Québec depuis 30 ans ».

Répondre aux besoins du marché

Selon le ministre, des travaux de sylvicultures soutenus permettront de maintenir les forêts en santé, tout en produisant toujours plus de bois de qualité pour l’industrie et ainsi répondre à la demande du marché local et international.

Pour arriver à doubler la production de bois dans les prochaines décennies, le MFFP compte augmenter le volume et la qualité du bois.

« En ayant des arbres qui ont les bonnes essences et les bonnes dimensions et qui sont proches des usines, nous, on fait le pari qu’on va augmenter le pourcentage de bois disponible qui sera récolté. C’est la combinaison de deux facteurs, les travaux sylvicoles et des bois de meilleure qualité », a précisé Alain Sénéchal, sous-ministre associé aux Forêts.

Les documents présentés par le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs formulent « cinq axes de travail » qui visent à améliorer les caractéristiques du bois des forêts publiques et privées et ainsi stimuler les activités économiques de l’industrie forestière : la production de bois économiquement intéressant, la valorisation du bois déjà disponible, la contribution de la forêt privée à la richesse collective, la contribution du secteur forestier aux objectifs d’atténuation des changements climatiques et l’innovation et les connaissances.

Des stratégies propres aux régions

Aucun nouvel investissement n’a été annoncé à la conférence de presse et le ministre Dufour a indiqué que chaque région sera invitée à définir sa contribution à la stratégie

« Chacune des régions du Québec participera à l’atteinte des objectifs, par le biais de stratégies régionales qui feront partie intégrante du déploiement des efforts », a souligné le ministre des Forêts, de la Faune et des Parcs.

Valoriser le bois dans l’industrie de la construction

Québec veut encourager l’utilisation du bois, « une ressource locale, durable et renouvelable » dans l’industrie de la construction.

Le gouvernement promet « des mesures ambitieuses » qui permettront de réduire l’empreinte carbone des bâtiments.

La FQM réagit positivement

Après la conférence de presse, la Fédération québécoise des municipalités (FQM) a réagi de manière favorable à la stratégie du gouvernement.

« La Politique d’intégration du bois dans la construction est une bonne nouvelle pour les municipalités qui démontrent, depuis longtemps, un grand intérêt à intégrer le bois dans leurs constructions », a indiqué Luc Simard, président de la FQM.

Le préfet de la MRC de Maria-Chapdelaine a toutefois ajouté que pour rendre « la politique plus efficace, il sera important que les incitatifs pour la construction de bâtiments municipaux en bois qui existent présentement soient plus avantageux ».

L’opposition est « fâchée » de ne pas avoir été invitée

Jointe par La Presse Canadienne, la députée Francine Charbonneau, porte-parole du Parti libéral en matière de forêts, de faune et de parcs, a indiqué qu’elle n’avait pas eu l’occasion de consulter la stratégie du ministre, car elle n’avait « pas eu d’invitation formelle ou informelle » à la conférence de presse virtuelle.

L’annonce de la conférence de presse avait été envoyée sur certains fils de presse, mais la députée libérale s’est dite « très fâchée », car « habituellement on reçoit les invitations ».

« Le cabinet du ministre ne nous a pas informés », a-t-elle précisé.https://www.lapresse.ca/affaires/economie/2020-12-16/quebec-veut-doubler-la-recolte-de-bois-d-ici-2080.php

1 Like

Ce que je retiens particulièrement dans cet article est la volonté de valoriser le bois en produits finis. Une valeur ajoutée qui créera véritablement de la richesse en région comme dans les grands centres. Il faut cesser d’exporter simplement des ressources brutes, mais produire des matériaux spécialisés comme le bois d’ingénierie et autres débouchés industriels et technologiques, grands créateurs d’emplois et d’enrichissement collectif.

2 Likes

Les matériaux naturels en construction, une tendance qui s’enracine au Bas-Saint-Laurent

L'oeuvre d'art de Jean-Philippe Roy sur le toit de la Maison ERE 132.

Depuis son inauguration, la Maison ERE 132 est utilisée pour faire connaître les avantages de la construction écologique pour l’économie régionale, pour l’environnement et pour la qualité de vie des occupants (archives).

Photo : Radio-Canada / Laurence Gallant

Shanelle Guérin (accéder à la page de l’auteur)

Shanelle Guérin

Publié le 20 décembre 2020

L’Université du Québec à Rimouski (UQAR) ajoutera une concentration en écoconstruction à son programme de baccalauréat en génie civil dès l’automne. Ce programme amènera non seulement les étudiants à se questionner sur l’impact environnemental lié à la construction des bâtiments, mais aussi sur les bienfaits des matériaux naturels.

Le souci d’utilisation du bois et des matériaux naturels qui ont une faible empreinte écologique au Bas-Saint-Laurent s’enracine.

Le meilleur exemple est probablement la maison écologique ERE 132, qui a été construite sur le site des Jardins de Métis. Sa construction s’inspire des plus hauts standards de protection et d’intégration à l’environnement.

Depuis son inauguration, elle est utilisée pour faire connaître les avantages de la construction écologique pour l’économie régionale, pour l’environnement et pour la qualité de vie des occupants.

Plus récemment, l’école anglophone Metis Beach, à Métis-sur-Mer, a été rénovée, en 2018 : les architectes se sont pour l’occasion inspirés duprojet Lab-École du gouvernement du Québec.

Le bâtiment de l’école anglophone Metis Beach, à Métis-sur-Mer (archives)

Photo : Radio-Canada / Isabelle Damphousse

À lire également :

Caroline Frenette, professeure au Département de mathématique, informatique et génie à l’UQAR

, est d’avis qu’au Bas-Saint-Laurent, les entrepreneurs tiennent compte des différents impacts sur l’environnement. Ceux-ci ont également une volonté d’utiliser les matériaux locaux.

On a une industrie forestière qui est très présente au Bas-Saint-Laurent. Et donc, ça me semble important que les ingénieurs qui sortent de l’UQAR

aient une bonne connaissance de ces matériaux et de comment les utiliser en construction, affirme Caroline Frenette.

Le bois, vestige du patrimoine architectural québécois

Par ailleurs, l’utilisation du bois fait partie du patrimoine architectural québécois. Or, le bois a été délaissé au début du siècle pour être remplacé par des matériaux dits modernes tels que l’acier et le béton.

La structure de bois de la microbrasserie Côte-du-Sud, à Montmagny, est l’oeuvre d’Art Massif (archives).

Photo : Radio-Canada

La professeure à la tête de la nouvelle concentration en écoconstruction de l’UQAR

précise toutefois que le bois est de nouveau le matériau chouchou de l’industrie du bâtiment.

Je pense que [depuis] les 20-30 dernières années, l’aspect de l’environnement et de la volonté de faire des bâtiments de type bas carbone est de plus en plus présent. Ça ramène ainsi les matériaux naturels biosourcés comme le bois, où on a une réduction de l’empreinte carbone qui est certaine, explique-t-elle.

Charte du bois régionale

Dans les prochains mois, le Créneau d’excellence en écoconstruction au Bas-Saint-Laurent ira à la rencontre des municipalités et des MRC

de la région afin de présenter la Charte du bois régional.

Il s’agit d’un outil qui oblige les promoteurs à évaluer la possibilité d’intégrer le bois dans un bâtiment qui obtient du financement public.

La directrice du Créneau d’excellence en écoconstruction au Bas-Saint-Laurent, Claire Sirois, admet que la charte n’a pas un caractère contraignant, mais qu’elle est une façon de promouvoir le matériau.

L’abbaye Val Notre-Dame, conçue par l’Atelier Pierre Thibault (archives).

Photo : Courtoisie: L’Atelier Pierre Thibault

En 2013, Québec a modifié le Code de construction du Québec pour permettre la construction de structures en bois de cinq et six étages. Avec la nouvelle charte du bois, tout projet financé en tout ou en partie par l’État devra prévoir un scénario bois. Le gestionnaire de projet est donc obligé d’élaborer un plan de construction en bois, et de le comparer avec les autres matériaux comme l’acier et le béton.

Claire Sirois veut y ajouter un volet régional avec une nouvelle charte du bois régionale.

On trouvait que c’était important de développer un sentiment d’appartenance encore plus fort au Bas-Saint-Laurent par rapport à l’utilisation de ce matériau qui est le produit écologique par excellence, indique la directrice du Créneau d’excellence en écoconstruction.

L’idée c’est de proposer une charte qui nous ressemble un peu plus, à laquelle on veut faire adhérer le monde municipal notamment parce que l’on considère qu’ils ont un rôle super important à jouer dans la promotion de cette ressource naturelle là.

Claire Sirois, directrice du Créneau d’excellence en écoconstruction

Avec la Stratégie nationale de production de bois, présentée mercredi après-midi par le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFP), Québec prévoit presque doubler la récolte forestière d’ici 2080. Une augmentation de près de 15 % est anticipée d’ici 5 ans.

Biophilie

En plus de sa capacité à encapsuler les gaz à effet de serre, le bois se démarque par son impact positif sur le bien-être des gens.

La notion de biophilie réfère à l’amour de ce qui est vivant. En architecture, la biophilie consiste à concevoir un environnement le plus naturel possible.

La Maison haute, conçue par l’Atelier Pierre Thibault (archives)

Photo : Courtoisie: L’Atelier Pierre Thibault

Beaucoup d’études qui se sont faites sur la biophilie et sur la présence du bois à l’intérieur des bâtiments démontrent un effet positif sur la santé des gens d’avoir du bois dans leur environnement, entre autres sur les enfants dans les écoles, dans les centres pour personnes âgées, soutient Caroline Frenette.

On a découvert que ça avait des bienfaits sur le bien-être, sur la créativité et sur la concentration.

Caroline Frenette

La concentration en écoconstruction de l’UQAR

est ainsi un exemple d’initiative qui cherche à encourager l’utilisation des matériaux naturels comme outil dans la lutte contre les changements climatiques.https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1758455/bois-architecture-durable-uqar-ecoconstruction-maison-batiment

1 Like

Un autre point de vue intéressante sur le sujet: 30 décembre 2020 3h00 Mis à jour à 5h00

En 2021, touchons du bois!

Yves-François Blanchet

Chef du Bloc québécois

Mario Simard

Député de Jonquière, Porte-parole en matière de Ressources naturelles

https://www.lesoleil.com/opinions/point-de-vue/en-2021-touchons-du-bois-2bae157aa6a6bbce1ca90c126ab52412