Pendant que le gouvernement Carney mise plus que jamais sur la croissance de l’industrie des énergies fossiles, le plus récent bilan national des émissions de gaz à effet de serre (GES) démontre que le Canada accuse un sérieux retard sur ses engagements climatiques et que le secteur pétrolier et gazier augmente ses émissions.
Les données fédérales officielles indiquent que les émissions de GES atteignaient 685 millions de tonnes (Mt) en 2024, soit un recul de seulement 10 % par rapport à leur niveau de 2005. Or, la cible officielle du Canada pour 2030 impliquerait une baisse de 40 % à 45 % des émissions, par rapport à leur niveau de 2005, ce qui signifierait de ramener le bilan national quelque part entre 417 Mt et 455 Mt.
Sans surprise, l’industrie des énergies représente un poids lourd du bilan des émissions de GES qui alimentent la crise climatique mondiale. En 2024, ce seul « secteur économique » a représenté plus de 30 % de toutes les émissions du pays, devançant le secteur des transports (22 %), lui-même alimenté essentiellement par des énergies fossiles.
[…]
Bien sûr des mots sans l’action qui les confirme ne valent pas grand chose. Alors la balle est dans le camp de la mairesse et il faudra le lui rappeler très fort à chaque décision défavorable. Car le seul capital politique qui peut rapporter c’est l’action correspondante. Donc à suivre de près, de très près et dénoncer vigoureusement le cas échéant.
Dans un autre ordre d’idées, voici un témoignage de plus de l’effet du réchauffement planétaire.
Un glacier déclaré officiellement disparu en Colombie
(Bogotá) Autrefois recouverte de glace, seule la roche mise à nu apparaît désormais : un glacier colombien a été officiellement déclaré disparu en raison de l’élévation des températures provoquée par le changement climatique.
L’Institut d’hydrologie, de météorologie et des études environnementales (IDEAM) de Colombie a déclaré éteint le glacier Cerros de la Plaza situé dans la Sierra Nevada del Cocuy, au nord-est du pays dont la superficie était de cinq kilomètres carrés au XIXe siècle.
Des images satellitaires montrent comment la calotte glaciaire recouvrant la montagne s’est réduite progressivement à partir de 2015, jusqu’à totalement disparaître en mars.
« Le changement climatique est une réalité qui transforme déjà nos territoires. Et ce qui est en jeu, ce n’est pas seulement le paysage, mais l’équilibre même des écosystèmes », a déploré l’IDEAM dans un communiqué.
Considérée comme l’un des pays au monde à la plus riche biodiversité, la Colombie subit les conséquences de la hausse des températures sur la planète, qui menacent ses sommets enneigés, habitats de condors et de mammifères.
La Sierra Nevada del Cocuy, dont les sommets dépassent les 5000 mètres d’altitude, fait partie des six derniers systèmes glaciaires encore présents dans le pays, où la surface couverte de glace s’est réduite de 90 % depuis le XIXe siècle, selon le ministère de l’Environnement.
Les glaciers andins alimentent les sources d’eau douce de la région, les écosystèmes de montagne, et jouent un rôle crucial dans l’irrigation des cultures, la pêche et de nombreuses activités humaines.
La quantité de chaleur accumulée par la Terre a atteint un niveau record en 2025, a alerté fin mars l’Organisation météorologique mondiale (OMM), une agence de l’ONU.
« Les activités humaines perturbent de plus en plus l’équilibre naturel, et nous devrons vivre avec ces conséquences pendant des centaines, voire des milliers d’années », a prévenu la Secrétaire générale de l’organisation, Celeste Saulo.
Dans son rapport, l’OMM confirme que les années 2015 à 2025 sont les 11 années les plus chaudes jamais enregistrées, et que l’année 2025 se classe au deuxième ou troisième rang, avec une température supérieure d’environ 1,43 degré à la moyenne de la période 1850-1900.
Le réchauffement océanique et la fonte des glaces entraînent une élévation à long terme du niveau mondial moyen de la mer, qui s’est accélérée depuis le début des mesures satellitaires, en 1993. Ce niveau était en 2025 supérieur d’environ 11 cm à celui enregistré au début des relevés.
je viens de me souvenir qu’avant l’annulation de l’aménagement du square Dézéry, la mairesse de MHM a suspendu le programme de ruelles vertes! ![]()
Jour de la Terre /Des preuves qu’il est possible d’agir
Nos cibles de réduction de GES sont régulièrement ratées ou repoussées. Le caribou forestier continue de décliner. Rien ne semble vouloir rapprocher la Fonderie Horne des normes de pollution. Facile, ces jours-ci, de croire que l’être humain est impuissant à agir pour l’environnement. Des avancées majeures, pourtant, il y en a déjà eu. En ce Jour de la Terre, mercredi, je vous propose d’en revisiter quelques-unes, histoire de se rappeler qu’il est possible de changer les choses.
La couche d’ozone

IMAGE D’ARCHIVES FOURNIE PAR LA NASA
Étendue maximale du trou dans la couche d’ozone au-dessus de l’Antarctique, le 6 septembre 2000
Ceux qui, comme moi, ont grandi dans les années 1980 se souviennent de ce stress ressenti en mettant le nez dehors. La couche d’ozone censée nous protéger des rayons UV du soleil s’amincissait au-dessus de nos têtes comme les bulles de gomme Hubba Bubba à mesure qu’on soufflait dedans. Les responsables : des gaz comme les chlorofluorocarbones (CFC), utilisés notamment dans les réfrigérateurs et les mousses isolantes. J’ai toujours été fier de savoir que c’est à Montréal, en 1987, qu’un protocole a été signé pour interdire ces substances nocives. Pas moins de 197 États l’ont ratifié et, surtout, mis en vigueur. Résultat : 99 % des gaz endommageant la couche d’ozone ont été éliminés, si bien que la couche d’ozone se régénère et devrait retrouver ses niveaux d’antan vers le milieu du présent siècle.
Les pluies acides

PHOTO JEAN GOUPIL, ARCHIVES LA PRESSE
Panneau d’information à propos des pluies acides destiné aux touristes dans le Vieux-Montréal, en juillet 1982
Comme l’amincissement de la couche d’ozone ou le duo musical Milli Vanilli, les pluies acides sont un autre phénomène des années 1980 dont nous sommes soulagés de ne plus entendre parler.
Cette fois, ce sont le dioxyde de soufre et les oxydes d’azote rejetés par les centrales thermiques, les fonderies et d’autres types d’usines qui étaient en cause. Les pluies acides affectaient les forêts et tuaient la vie aquatique des cours d’eau. Le Canada, les États-Unis et l’Europe ont réagi en limitant les émissions des polluants en question et en signant des protocoles d’entente sur la pollution transfrontalière. Les pluies acides n’ont pas complètement disparu, mais le phénomène est bien moins inquiétant qu’il ne l’était. Aux États-Unis, l’Environmental Protection Agency estime que les émissions de dioxyde de soufre ont diminué de 95 %, et celles d’oxydes d’azote, de 89 %1.
Le retour des oiseaux de proie

PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, ARCHIVES LA PRESSE
L’interdiction du DDT, qui amincit la coquille des œufs d’oiseaux, a profité non seulement au pygargue à tête blanche, mais également à de nombreux oiseaux de proie dont les populations ont bondi de 35 %.
Le pygargue à tête blanche est un oiseau spectaculaire – pas étonnant qu’il ait été choisi comme l’emblème des États-Unis. Or, cette icône a bien failli disparaître.
« C’est difficile à imaginer aujourd’hui, mais à la fin des années 1960, il ne restait pratiquement aucun pygargue à tête blanche en Amérique du Nord à cause de l’utilisation d’un pesticide appelé DDT. Aujourd’hui, je peux me rendre sur le bord d’une rivière près de Vancouver et en voir des centaines en une seule journée », dit David R. Boyd, professeur à l’Institut des ressources, de l’environnement et de la durabilité à l’Université de la Colombie-Britannique.
Ce qui est arrivé ? Le bannissement du DDT, tout simplement, imposé au début des années 1970 par un grand nombre de pays. L’interdiction de ce pesticide qui amincit la coquille des œufs d’oiseaux a profité non seulement au pygargue à tête blanche, mais également à de nombreux oiseaux de proie, dont les populations ont bondi de 35 % au Canada depuis 19702. En pleine crise de biodiversité, il s’agit d’une victoire extraordinaire.
La fin du plomb dans l’essence
Plus de détails

PHOTO RÉAL ST-JEAN, ARCHIVES LA PRESSE
En 1974, de nouvelles pompes pour l’essence sans plomb arrivent dans les stations-service à Montréal.
Dans les années 1920, l’industrie automobile a accouché d’une idée qui semblait géniale : ajouter du plomb dans l’essence pour augmenter l’efficacité des moteurs et les lubrifier.
« L’une des plus grandes erreurs du 20e siècle », dit aujourd’hui le professeur David R. Boyd.
C’est que le plomb est toxique pour l’humain, provoquant notamment des dommages neurologiques chez les enfants. Son ajout à l’essence contribuait à son rejet dans l’air, dans l’eau et dans le sol, causant aussi des effets nocifs sur la faune et la flore.
En 2021, le Programme des Nations unies pour l’environnement a annoncé que tous les pays du monde avaient cessé de vendre de l’essence au plomb. L’Algérie a été le dernier pays à le faire, quelques années après l’Irak, le Yémen, la Corée du Nord, la Birmanie et l’Afghanistan. Un succès à l’échelle de la planète, sans aucune exception.
Comment reproduire de telles victoires ?
« Chacun de ces cas a été rendu possible grâce à une législation et une réglementation strictes. Et ça, c’est le rôle des gouvernements : adopter des lois, puis s’assurer de les mettre en œuvre », répond le professeur David R. Boyd.
L’auteur de l’ouvrage Environnement : les années optimistes souligne qu’à l’époque, les lobbys industriels étaient pourtant tout aussi mobilisés qu’aujourd’hui.
« Les succès ont lieu lorsque les gouvernements ont le courage de tenir tête à l’industrie en protégeant l’intérêt public plutôt que les intérêts privés, dit-il. Malheureusement, on voit trop de gouvernements actuels faire passer les intérêts privés avant l’intérêt public. Et cela constitue une trahison de leur devoir envers les citoyens qu’ils sont censés servir. »
L’exemple du pygargue à tête blanche, pour lequel les Américains avaient un attachement particulier, contient une autre leçon : nous défendons ce qui nous est cher.

PHOTO TIRÉE DU SITE D’UBC
Le professeur David R. Boyd, de l’Institut des ressources, de l’environnement et de la durabilité à l’Université de la Colombie-Britannique,
« Vous vous souvenez quand vous étiez enfant ? Je parie que vous trouviez que la nature était extraordinaire – qu’il s’agisse d’un pygargue à tête blanche, des grenouilles dans l’étang ou d’aller pêcher avec votre père », dit David R. Boyd. Il souligne que les adultes devraient se reconnecter à la nature, ce qui aiderait à en défendre la cause. En ce sens, il croit que la création de parcs et de réserves est un pas dans la bonne direction.
J’ai aussi échangé avec le professeur Stéphane Castonguay, spécialiste de l’histoire de l’environnement à l’Université du Québec à Trois-Rivières. Il est plus critique envers ce que je décris comme des « victoires » environnementales.
À son avis, les victoires d’ici et d’aujourd’hui peuvent être perçues comme des échecs ailleurs ou à une autre époque.
Il souligne par exemple que le moteur à combustion a d’abord été vu comme une victoire environnementale, libérant les villes du crottin de cheval. De la même façon, « des organochlorés ont été bannis, comme le DDT et les CFC, mais des produits chimiques et biotechnologiques parfois aussi puissants, mais aux effets imparfaitement connus, ont été mis au point », fait-il remarquer.
Les pluies acides dans l’est de l’Amérique et en Europe ont été contrôlées, mais une partie de la sidérurgie a déménagé dans des régions où les contrôles environnementaux sont moins efficaces, s’ils existent.
Stéphane Castonguay, spécialiste de l’histoire de l’environnement à l’Université du Québec à Trois-Rivières
Il faut effectivement prendre garde aux angles morts des mesures que l’on adopte. Mais je persiste à penser que les victoires environnementales du passé sont réelles. La couche d’ozone se rétablit bel et bien, tout comme la population de pygargues à tête blanche.
Il me semble qu’en ce Jour de la Terre, ces victoires devraient nous inspirer. D’autant plus qu’il ne manque souvent qu’un ingrédient pour les reproduire : le courage.
1. Consultez « Acid Rain Program Results » sur le site de l’EPA 2. Consultez « Tendances des populations d’oiseaux du Canada » sur le site du gouvernement du Canada
En ce jour de la Terre, la Presse a un dossier sur les initiatives en transition écologique des villes
Des villes du Québec passent à l’action
D’une serre avant-gardiste à Victoriaville à des autobus gratuits à Rouyn-Noranda, en passant par un corridor écologique à Nicolet, des municipalités du Québec s’engagent pour le climat et la biodiversité. À l’occasion du jour de la Terre, nos journalistes ont parcouru le Québec à la recherche d’exemples inspirants. Un dossier d’Éric-Pierre Champagne et de Valérie Simard
Les municipalités sont-elles prêtes à la hausse des catastrophes naturelles?
Au moment où plusieurs régions sont aux prises avec des inondations, au moins 14 % des municipalités du Québec n’ont toujours pas de plan de sécurité civile pour faire face à de telles situations. On en discute avec Daniel Dancause, spécialiste en mesure d’urgence.
Les municipalités n’ont pas le choix. Depuis 2019, le gouvernement les oblige à se doter d’un plan de sécurité civile pour faire face aux situations d’urgence ou aux événements météorologiques extrêmes. Même si le nombre de municipalités avec un tel plan a augmenté au cours des dernières années, il y en a toujours bon nombre qui n’en ont pas.
Selon le ministère de la Sécurité publique, 827 municipalités ont déclaré en 2025 avoir un plan de sécurité civile conforme à la réglementation en vigueur. Il s’agit d’une augmentation de plus de 10 % depuis 2019.
Toutefois, 134 municipalités ont indiqué ne pas en avoir malgré les exigences gouvernementales, soit 14 % des villes et des villages du Québec qui ont déposé leur rapport financier.
Et il pourrait y en avoir encore plus dans cette situation, car pas moins de 177 n’ont encore fait parvenir aucune information à ce sujet au gouvernement. On ignore donc si elles ont un plan d’urgence en bonne et due forme.
[…]
Six pétrolières feraient plus de 4000 $ de bénéfices par seconde, dénonce Oxfam

PHOTO RAUL ARBOLEDA, AGENCE FRANCE-PRESSE
Dans une analyse, Oxfam accuse « les entreprises du secteur des combustibles fossiles et les ultrariches qui en tirent profit » de creuser les inégalités et de tourner le dos aux populations les plus touchées par la crise climatique.
(Montréal) Les six plus grands producteurs de pétrole devraient réaliser des bénéfices de 94 milliards US (128,6 milliards de dollars canadiens) en 2026, soit 14 milliards de plus qu’en 2025, selon une analyse publiée par Oxfam à l’ouverture de la première conférence sur l’abandon progressif des énergies fossiles, en Colombie.
Chevron, Shell, BP, ConocoPhillips, Exxon et TotalEnergies devraient empocher ensemble 37 millions US (50,6 millions de dollars canadiens) de profits supplémentaires par jour en 2026, par rapport à 2025.
« Ces six géants pétroliers vont gagner près de 3000 $ US (4103 dollars canadiens) de bénéfices par seconde et, pendant ce temps, des millions de personnes [dans le monde] n’ont toujours pas accès à une énergie de base ou à l’électricité », s’est indignée Léa Pelletier-Marcotte, analyste politique pour Oxfam.
Les estimations d’Oxfam sont basées sur des données recueillies entre le début du mois de janvier et le 26 mars 2026, près d’un mois après le début du conflit en Iran et de la flambée des prix à la pompe qui s’en est suivi.
« Taxer les riches pollueurs »
Dans son analyse, l’organisme à but non lucratif accuse « les entreprises du secteur des combustibles fossiles et les ultrariches qui en tirent profit » de creuser les inégalités et de tourner le dos aux populations les plus touchées par la crise climatique.
« Taxer les riches pollueurs, qui n’ont aucune intention d’investir dans un avenir propre, est essentiel à une transition juste. À Santa Marta, les gouvernements doivent mettre fin à l’ère des pollutocrates », a écrit Mariana Paoli, responsable des politiques climatiques chez Oxfam, dans un communiqué.
Une cinquantaine de pays réunis à Santa Marta
(…)
Analyse, Donald Trump aurait-il déclenché une révolution verte malgré lui?
Et si le chaos géopolitique réussissait là où la diplomatie climatique a échoué? Face à la flambée des carburants fossiles et à l’instabilité de l’ère Trump, la transition énergétique s’accélère : l’énergie propre n’est plus un simple impératif climatique, elle devient un bouclier de souveraineté politique et économique La crise énergétique actuelle pourrait-elle accomplir ce que des décennies de sommets climatiques ont peiné à réaliser?
Si l’idée semble absurde, la réalité l’est beaucoup moins. Prises au piège d’une guerre au Moyen-Orient qui s’invite dans notre quotidien, nos économies paient aujourd’hui le fort prix de leur dépendance au pétrole et au gaz, devenue une grande vulnérabilité.
Le monde n’en est pas à son premier choc pétrolier. Mais, selon de nombreux experts, celui qui sévit actuellement semble survenir dans un contexte favorable à une recomposition en profondeur de nos dépendances énergétiques.
L’un de ces experts, et non le moindre, Fatih Birol, le grand patron de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), a résumé cette situation par un constat sévère dans une entrevue au quotidien The Guardian : "Le mal est fait ", a-t-il dit. Quatre mots qui résonnent comme un point de non-retour pour l’industrie. L’entretien a fait grand bruit.
“La crise pétrolière déclenchée par la guerre en Iran a bouleversé à jamais le secteur des énergies fossiles, poussant les pays à s’en détourner pour garantir leur approvisionnement énergétique”, a déclaré au journal ce réputé économiste, une des voix les plus influentes sur la planète dans le domaine de l’énergie.
M. Birol explique qu’une des principales conséquences de ce conflit pourrait être une perte de confiance des pays pour les énergies fossiles.
“Leur perception du risque et de la fiabilité énergétique va évoluer”, a déclaré le directeur de l’AIE. “Les gouvernements vont revoir leurs stratégies énergétiques. On assistera à un essor marqué des énergies renouvelables et du nucléaire, ainsi qu’à une transition accélérée vers une économie davantage électrifiée. Et cela va finir par réduire l’importance des marchés traditionnels du pétrole.”
Se détourner des énergies fossiles, c’est précisément le but des 57 pays qui étaient réunis à Santa Marta, en Colombie.
Ce sommet inédit a attiré des acteurs importants de la diplomatie climatique et énergétique mondiale, dont le grand patron de l’Union européenne pour le climat et la transition énergétique, tout comme des représentants de l’Allemagne, de la France, des Pays-Bas, de la Norvège, de l’Australie, du Brésil, du Nigéria, et même du Canada.
Même s’il ne va pas révolutionner les flux énergétiques mondiaux du jour au lendemain, ce sommet n’en est pas moins le symptôme d’un mouvement qui prend de l’ampleur : la décarbonation des économies, qui n’est plus perçue uniquement comme un impératif climatique, mais comme un enjeu de souveraineté énergétique et politique.
Le mouvement de fond : se sevrer pour se protéger
Après le choc énergétique provoqué par l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022, la guerre actuelle au Moyen-Orient est, pour de nombreux pays, la goutte qui fait déborder le vase.
Lire la suite
Plusieurs ont choisi d’accélérer et d’approfondir leurs politiques de décarbonation afin de réduire les effets économiques des chocs énergétiques.
Dans sa toute récente Revue mondiale de l’électricité, publiée à la fin avril, le groupe de réflexion britannique Ember nous apprend qu’en 2025, pour la première fois de l’histoire, la part de l’électricité mondiale produite à partir des énergies renouvelables (34 %) a dépassé celle produite par le charbon (33 %).
Alors que les prix du pétrole atteignent des sommets ces jours-ci, la plupart des experts sur le sujet s’attendent à ce que le mouvement soit renforcé en 2026.
À ce propos, on apprenait jeudi que, depuis le début du conflit au Moyen-Orient, les exportations chinoises des New Three, les trois grandes technologies d’énergie verte (panneaux solaires, batteries lithium-ion et véhicules électriques) ont bondi de 70 % en mars, par rapport à mars 2025.
Les énergies fossiles restent encore aujourd’hui la principale source d’énergie mondiale. Cependant, l’effondrement spectaculaire des coûts de l’énergie solaire, avec une baisse de 96 % du prix des panneaux photovoltaïques depuis 2000, ainsi que celui de l’éolien, a profondément transformé le paysage énergétique mondial ces dernières années.
Sans surprise, les réactions les plus vives viennent d’Europe. Le continent dépend en effet des combustibles fossiles importés pour plus de la moitié de son énergie (57 %), et l’Europe se réchauffe plus de deux fois plus vite que le reste de la planète, comme le révélait cette semaine l’Observatoire Copernicus.
Le premier ministre français Sébastien Lecornu et le président Emmanuel Macron lors d’une réunion récente sur le conflit au Moyen-Orient, où il a été question de transition énergétique en France
Photo : pool/afp via getty images / TOM NICHOLSON
Mardi, la France est devenue le premier pays industrialisé à publier un plan d’action complet pour une sortie progressive des énergies fossiles. Aujourd’hui encore, ces énergies représentent environ 60 % de son assiette énergétique, mais Paris entend ramener cette part à 30 % d’ici neuf ans, avec un abandon du pétrole prévu en 2045 et du gaz en 2050.
À la clé, un grand plan d’électrification pour lequel on double le budget, le faisant passer de 5,5 à 10 milliards d’euros par an, visant le transport, les bâtiments et l’industrie.
Des investissements dans le nucléaire pour la construction de nouveaux réacteurs de type EPR 2 font aussi partie de la stratégie.
Tant que nous dépendrons du pétrole et du gaz, nous continuerons à payer les guerres des autres
Une citation de Sébastien Lecornu, premier ministre français
Cela passe entre autres par un renforcement des quotas de véhicules électriques imposés aux constructeurs, des subventions ciblées (des locations à prix réduit à 200 euros par mois pour les ménages modestes et les professionnels fortement dépendants de leur véhicule, comme les aides à domicile), un déploiement massif de bornes de recharge et un investissement accru dans les transports en commun.
Pour les bâtiments, l’interdiction des chaudières à gaz et l’installation d’un million de thermopompes par année d’ici 2030 dans les bâtiments devrait équivaloir à une réduction de 20 % des importations de gaz.
De son côté, l’Union européenne (UE) a présenté, le 22 avril dernier, son nouveau plan AccelerateEU*,* visant à accélérer les mesures d’électrification dans les 27 États membres et, surtout, à mieux coordonner leur mise en œuvre.
Depuis le début de la crise, l’UE estime qu’elle a consacré 24 milliards d’euros supplémentaires à l’importation d’énergies fossiles, soit environ 500 millions d’euros par jour, a tenu à préciser le commissaire européen à l’Énergie et au Logement, Dan Jørgensen.
L’usine d’éoliennes de Siemens Energy, à Hull, au Royaume-Uni. Le vent fournit désormais près du tiers de l’énergie dans ce pays.
Photo : Reuters / Craig Brough
Le Royaume-Uni n’est pas en reste. Depuis la guerre en Ukraine, la part des énergies fossiles dans le mixte énergétique est passée de 90 % à environ 50 %. Les renouvelables fournissent aujourd’hui presque tout le reste.
En mars 2026, alors que la crise commençait en Iran, le Royaume-Uni a évité d’avoir à importer du gaz pour une valeur d’un milliard de livres sterling (1,85 milliard $ CA), grâce à une production record d’électricité issue de l’éolien et du solaire, selon une analyse effectuée par Carbon Brief, un site internet d’information britannique de référence spécialisé dans les questions climatiques et énergétiques.
Depuis deux mois, à l’image de la France, Londres a déployé un vaste plan pour accélérer la transition énergétique, afin d’atteindre une proportion de 90 % d’énergies renouvelables d’ici 2030. De nouveaux fonds seront injectés dans le programme dès le 1er juillet grâce à l’augmentation substantielle de la taxe sur les bénéfices des compagnies gazières.
On pèse aussi sur l’accélérateur de la transition en Asie et en Amérique du Sud, notamment au Pakistan, où le solaire comptait pour 20 % de l’énergie totale le mois dernier, mais aussi en Inde, en Corée du Sud, au Brésil ou aux Philippines, où les dirigeants ont rappelé que la réponse à la crise au Moyen-Orient ne peut être qu’un changement structurel.
Un cinquième de l’énergie du Pakistan provient désormais du solaire, comme ici à Faisalabad, dans la province du Pendjab.
Photo : Reuters / Mohsin Raza
De son côté, le Canada semble jouer un double jeu. S’il était bien présent au sommet de Santa Marta pour discuter d’une sortie des hydrocarbures, il multiplie les signaux favorables à l’industrie des énergies fossiles, ayant fait le choix de profiter de la manne qu’elles lui apportent.
Outre l’approbation du nouveau gazoduc Westcoast la semaine dernière, Ottawa ne cache pas son penchant favorable pour d’autres grands projets, comme un nouveau pipeline vers la côte ouest et un complexe de gaz naturel liquéfié à Baie-Comeau.
L’attrait est tel que même l’anglo-néerlandaise Shell, qui avait retiré presque tous ses investissements du secteur pétrolier canadien en 2017, revient en force, en acquérant ARC, un gros joueur du secteur pétrogazier basé à Calgary.
À court terme, le pétrole et le gaz gagnent
Si le diagnostic du chef de l’Agence internationale de l’énergie annonce un grand tournant, une telle révolution ne se fera pas du jour au lendemain. Dans l’immédiat, l’instabilité produit même l’effet inverse : le pétrole, le gaz et même le charbon sont les vainqueurs momentanés de ces bouleversements géopolitiques.
En effet, face à l’urgence de la situation, la première réaction de nombreux pays a été de faciliter l’accès aux carburants fossiles, par l’entremise de différentes mesures. Selon différentes compilations, notamment celles effectuées par le site Carbon Brief ou par l’AIE, une soixantaine de pays, dont le Canada, ont soit réduit les taxes sur l’essence, mis un plafond sur son prix ou octroyé des subventions aux consommateurs.
Avec cette crise, les compagnies pétrolières et gazières passent à la caisse.
Le Wall Street Journal nous apprenait récemment que, depuis le début de la crise au Moyen-Orient, les États-Unis battent des records d’exportations de pétrole et de gaz naturel liquéfié.
Des données provenant du groupe norvégien de recherche et d’analyse sur l’énergie, Rystad Energy, et compilées par le Guardian, montrent que, si le prix du baril de pétrole se maintient à 100 $ US en moyenne d’ici la fin de l’année, ce qui est fort probable selon les experts, les Saudi Aramco, ExxonMobil et autres Gazprom empocheront des profits combinés de 320 milliards de dollars canadiens.
La crise actuelle profite donc aux pétrolières, et les chiffres en témoignent : mardi, la britannique BP a annoncé que ses profits avaient doublé au premier trimestre de 2026 comparativement à l’année précédente. Même portrait chez la française TotalEnergies, qui a vu ses bénéfices grimper de 51 % par rapport au premier trimestre de 2025.
L’annonce des résultats financiers de TotalEnergies a suscité la grogne des manifestants, réunis à Paris mercredi pour protester contre la hausse des bénéfices de la multinationale.
Photo : Reuters / Abdul Saboor
Mais cet essor de l’industrie pétrolière masque toutefois une réalité géopolitique plus profonde. Très échaudés par cette crise, les pays importateurs ont désormais une volonté réelle de s’immuniser contre ces chocs énergétiques. L’idée selon laquelle les énergies renouvelables constituent une oasis de stabilité fait son chemin.
Comme celles-ci coûtent de moins en moins cher et comme elles peuvent être produites localement, elles deviennent un rempart pour sécuriser les chaînes d’approvisionnement.
La décarbonation des économies n’est plus perçue uniquement comme un impératif climatique, mais comme un enjeu de souveraineté économique et politique
Ironie du sort, cette crise mondiale inédite aura montré que la véritable sécurité énergétique ne se trouvera plus au fond d’un baril de pétrole. En attisant l’instabilité mondiale, Donald Trump a probablement réussi à convaincre les autres pays de peser sur l’accélérateur de la transition énergétique, pas du tout ce qu’il imaginait.
Il a surtout mis en lumière la probable victoire stratégique de la Chine à long terme, qui commence à récolter les fruits de deux décennies d’une politique axée sur l’électrification.
Nous sommes en train d’assimiler la leçon la plus brutale de cette crise : la sécurité énergétique n’est probablement pas de produire plus de pétrole, mais de savoir s’en passer.
La lutte contre le méthane pourrait être une solution à la crise énergétique, selon l’AIE

PHOTO AMIT DAVE, ARCHIVES REUTERS
Le champ à ciel ouvert de la mine de charbon de Topa dans le district de Ramgarh, dans l’État du Jharkhand, en Inde.
(Paris) Les émissions de méthane liées aux énergies fossiles restent « à des niveaux très élevés », avertit l’Agence internationale de l’énergie, qui souligne que la récupération de ces rejets pourrait fournir d’énormes quantités de gaz aux marchés sous tension depuis la guerre au Moyen‑Orient.
En 2025, la production record des énergies fossiles (pétrole, charbon, gaz) a été responsable de 35 % des émissions de méthane d’origine humaine, un total estimé à 124 millions de tonnes, selon un communiqué de l’AIE.
Elle dévoile lundi son rapport annuel « Global Methane Tracker » à l’occasion d’une réunion internationale à Paris, dans le cadre de la présidence française du G7.
En présence de ministres, acteurs économiques et financiers, scientifiques, etc., « cette rencontre vise à accélérer la mobilisation mondiale dans les principaux secteurs émetteurs : énergie, déchets et agriculture », selon le ministère français de la Transition écologique.
Inodore et invisible, le méthane est le principal composant du gaz naturel qui s’échappe notamment des gazoducs, des vaches et des décharges. Environ 580 millions de tonnes d’émissions sont rejetées chaque année dans le monde, dont 60 % imputables à l’activité humaine, l’agriculture en tête, suivie de l’énergie.
Doté d’un pouvoir de réchauffement bien supérieur à celui du CO2, il est responsable d’environ 30 % de la hausse de la température mondiale depuis la révolution industrielle, mais étant d’une durée de vie plus courte, sa réduction offre des « bénéfices climatiques significatifs à court terme », rappelle l’AIE.
En légère hausse (121 Mt en 2024), les émissions liées au secteur fossile restent proches du record de 2019, dominées par le pétrole (45 Mt), suivies du charbon (43 Mt) et du gaz (36 Mt).
Il n’y a « aucun signe que les émissions mondiales de méthane liées à l’énergie aient diminué en 2025 », souligne l’AIE, malgré un engagement signé par une centaine de pays en 2021, dont ceux de l’Union européenne et les États-Unis, pour réduire le méthane, et une accélération de la mobilisation du secteur fossile ces dernières années.
La France souhaite surtout « que les entreprises s’engagent plus sur cette question qu’elles ne le font aujourd’hui », a souligné la ministre de la Transition écologique Monique Barbut lors d’une conférence de presse fin avril.
Peu coûteux à réduire
La suite
Dans l’industrie pétrogazière, le méthane s’échappe par des fuites au niveau de vannes, de gazoducs, lors d’opérations de dégazage direct dans l’air ou de torchage inefficace (combustion incomplète du gaz) sur des installations.
Des solutions éprouvées, comme la détection et la réparation des fuites ou l’arrêt du torchage, permettraient d’éviter 30 % des émissions provenant des activités liées aux combustibles fossiles, « à coût nul », le gaz capturé pouvant être revendu.
L’AIE relève que la récupération de ce gaz gaspillé permettrait de renforcer la sécurité énergétique mise à l’épreuve avec la guerre au Moyen-Orient en fournissant aux marchés 200 milliards de m3 de gaz annuellement. Cela prendrait du temps, mais l’AIE estime que 15 milliards de m3 pourraient être libérables rapidement.
Ces 200 milliards de m3 représentent le double des flux annuels qui transitent par le stratégique détroit d’Ormuz, verrouillé depuis le début de la guerre.
En attendant, l’AIE souligne que la plupart de la centaine de pays signataires de l’engagement du Global Methane Pledge n’ont pas encore pris de mesures concrètes : les politiques actuelles diminueraient de 20 % des émissions liées au pétrole et au gaz d’ici 2030, en deçà de l’objectif de 30 % à l’échelle de l’économie par rapport à 2020.
Environ 70 % des émissions de méthane du secteur fossile proviennent des 10 pays les plus émetteurs, la Chine en tête, suivie des États-Unis et de la Russie.
Il y a néanmoins des avancées, souligne l’AIE, qui salue l’amélioration continue de la surveillance satellitaire, permettant d’identifier plus finement les épisodes de « super-émissions » et d’introduire des mesures correctives.
En outre, l’intensité moyenne mondiale des émissions de la production pétrogazière – combien de méthane rejeté par rapport à la quantité d’énergie produite – a diminué d’environ 10 % depuis 2019, compensant la hausse de la production.
La Norvège affiche l’intensité la plus faible, tandis que certains producteurs du Moyen-Orient obtiennent des résultats relativement satisfaisants. À l’inverse, le Turkménistan et le Venezuela présentent les pires niveaux.
Santé de l’estuaire et du golfe du Saint-Laurent/ Léger répit malgré un réchauffement qui se poursuit
Frappés fortement par le réchauffement climatique ces dernières années, l’estuaire et le golfe du Saint-Laurent ont connu une accalmie en 2025, montre le plus récent bilan de santé présenté mercredi par les scientifiques de l’Institut Maurice-Lamontagne de Pêches et Océans Canada. Mais, la tendance reste préoccupante.
Comment se porte le Saint-Laurent ?
En 2023, le ton de cette présentation annuelle était alarmant. « Presque tous les indicateurs sont dans le rouge », affirmait alors Peter Galbraith, océanographe à l’Institut Maurice-Lamontagne. Pour 2025, bien que l’état du Saint-Laurent demeure inquiétant, les chercheurs appelés à faire son bilan de santé ont prononcé les mots « bonnes nouvelles » à quelques reprises.
D’abord, la température. Après des années de fort réchauffement, les eaux de surface dans le golfe du Saint-Laurent ont connu un léger répit. « Dans les cinq dernières années, on a eu des températures fortement au-dessus de la normale, rappelle Peter Galbraith. 2025 était aussi au-dessus de la normale, mais un petit peu moins chaude que les quatre autres années. » De mai à novembre, la moyenne des températures observées a été d’un degré supérieur à celle des 30 dernières années. Les données récoltées suggèrent aussi un possible estompement des eaux très chaudes. En 2024 et 2025, aucune température supérieure à 7 °C n’a été enregistrée dans le golfe de Saint-Laurent.
Quelles sont les autres « bonnes nouvelles » ?
Cette accalmie a eu un effet de cascade sur d’autres indicateurs, comme la présence de CO2 et d’oxygène dans les eaux profondes. Le réchauffement des eaux tend à faire augmenter le CO2 et diminuer l’oxygène. En 2025, une légère baisse du CO2 a été observée. « Le Saint-Laurent demeure malgré tout marqué par des eaux profondes qui sont hypercapniques [excès en CO2] dans plusieurs régions », précise Martine Lizotte, chercheuse en biogéochimie océanique.
Un effet positif a aussi été remarqué sur la concentration d’oxygène en eau profonde, bien qu’on observe toujours une hypoxie importante dans le Saint-Laurent. Lorsque la concentration en oxygène atteint 30 % et moins, on parle d’hypoxie. Sous le seuil de 20 %, l’hypoxie est qualifiée de sévère. Entre 2015 et 2023, la superficie de la zone hypoxique a plus que doublé dans l’estuaire et le nord-ouest du Golfe, avant de diminuer en 2024 et 2025. En 2025, les eaux hypoxiques couvrent néanmoins 20 % de la superficie totale du Saint-Laurent.
Ces faibles niveaux d’oxygène peuvent affecter le métabolisme des organismes marins, notamment leur croissance, leur reproduction et leur capacité à s’alimenter et à se déplacer. « Lorsqu’on descend en deçà des 20 % de saturation, on parle même de mortalité chez certaines espèces si elles sont exposées à ces teneurs-là à long terme », précise la biologiste Marjolaine Blais.
Comment se portent les espèces marines du Saint-Laurent ?
Le zooplancton, dont se nourrissent plusieurs espèces comme le hareng, le capelan, le maquereau et la baleine noire, bénéficie aussi de cette accalmie. Après quatre années consécutives de valeurs historiquement faibles, sa biomasse a connu une légère remontée en 2025. Certaines espèces profitent du réchauffement des eaux, mais près de la moitié des stocks de poissons de l’estuaire et du golfe du Saint-Laurent est en situation critique, pour diverses raisons.
Ce répit est-il une tendance ou une anomalie ?
Difficile de le prédire. Les eaux du Golfe résultent d’un mélange entre le courant chaud du Gulf Stream et les eaux froides du Labrador, dans des proportions qui varient d’année en année. « Le courant du Labrador a réussi à faire le tour des Grands bancs de Terre-Neuve, puis à se joindre au mélange et c’est ce qui nous a donné un répit depuis 2022, mais surtout en 2024 et 2025 », explique Peter Galbraith, qui s’attend à des résultats similaires en 2026. Quant à savoir ce qui a permis au courant de tourner le coin, « c’est une histoire qui est encore mal comprise », dit-il.
Doit-on être optimiste ou pessimiste pour l’avenir ?
Les tendances à long terme demeurent au réchauffement et à l’acidification, précise Marjolaine Blais. « Peut-être que les conditions un petit peu meilleures en 2025 se sont reflétées sur la condition physiologique de certains stocks de poissons cette année, mais à long terme, il y a peu de chance qu’on se pète les bretelles de joie. » Sauf pour le homard, ajoute David Drolet, qui étudie l’effet de la température sur ces crustacés.
Le homard est l’une des espèces qui tirent profit du réchauffement climatique du moins au Québec. Ce crustacé qui préfère les eaux tempérées a migré vers le nord ces dernières années, ce qui profite aux pêcheurs de la Côte-Nord et ceux de la pointe nord de la Gaspésie, où une « explosion des débarquements » a été enregistrée, indique David Drolet. « L’estuaire pourrait être le dernier refuge du homard sur la planète », ajoute Peter Galbraith.
L’Assemblée générale de l’ONU vote pour consolider les obligations climatiques des États
(Nations unies) L’Assemblée générale de l’ONU a adopté mercredi une résolution consolidant les obligations climatiques des États, un texte jugé capital par les défenseurs de la planète malgré les concessions arrachées par les grands émetteurs de gaz à effet de serre.
« Nous savons que certains préféreraient que cette Assemblée en dise moins, ou qu’elle ne dise rien du tout », a noté avant le vote Odo Tevi, ambassadeur à l’ONU du Vanuatu, petit État insulaire du Pacifique et grand défenseur du combat pour la justice climatique.
Mais cette résolution « est importante parce que les dommages sont réels et déjà présents pour les îles et les zones côtières en basse altitude, pour les communautés faisant face à la sécheresse et aux mauvaises récoltes, pour ceux dont les maisons, les revenus, et la culture sont bouleversés par des forces qu’ils n’ont pas déclenchées », a-t-il insisté.
Ce texte adopté par 141 voix pour, 8 contre (dont États-Unis, Israël, Iran, Russie, Arabie saoudite) et 28 abstentions « est une puissante proclamation du droit international, de la justice climatique, de la science et de la responsabilité des États à protéger la population de l’escalade de la crise climatique », a salué le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres.
Sous l’impulsion de Vanuatu, l’Assemblée générale avait réclamé en 2024 à la Cour internationale de Justice (CIJ) un avis consultatif sur la responsabilité des États de respecter leurs engagements climatiques.
L’avis rendu l’été dernier a dépassé les attentes des défenseurs du climat : la Cour a affirmé que les États qui violaient leurs obligations climatiques commettaient un acte « illicite » et ouvert la voie à des « réparations » pour les pays affectés.
Pour rebondir sur cet avis non contraignant, mais sur lequel les tribunaux du monde entier peuvent s’appuyer, Vanuatu a présenté en janvier un projet de résolution destiné à le mettre en œuvre.
Mais la résolution n’est pas sortie indemne des nombreuses séances de négociations entre États, dont beaucoup ne considèrent plus le climat comme une cause prioritaire face aux intérêts industriels ou sécuritaires.
Elle salue l’avis de la Cour, souligne « l’importance et l’autorité » qu’il revêt pour « éclaircir le droit international en vigueur » et appelle tous les États à « honorer les obligations que leur fait le droit international » pour protéger le climat.
Elle insiste sur les mesures à prendre pour limiter le réchauffement à +1,5 °C par rapport à l’ère préindustrielle, notamment en sortant progressivement des énergies fossiles, l’objectif adopté en 2023 par près de 200 pays lors d’une réunion climatique à Dubaï.
« Tournant »
(…)



