Carrière Francon

Montréal s’attaque à ses neiges éternelles

PHOTO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE

Des pelles mécaniques déplacent la neige résiduelle qui a survécu aux étés précédents dans le fond de la carrière Francon.

Pas un flocon ne couvre encore Montréal, mais la Ville est déjà à pied d’œuvre, ces jours-ci, pour s’attaquer à ses neiges éternelles. À coup de bulldozers et de pelles mécaniques.

Publié à 1h50 Mis à jour à 5h00

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Philippe Teisceira-Lessard
Philippe Teisceira-Lessard La Presse

Noir, sale et rempli de détritus, le gigantesque banc de neige glacée au fond du dépôt à neige Saint-Michel a survécu à l’été. À plusieurs étés, en fait.

« J’ai encore de la neige de 2008 là-dedans », assure Giovanni Scattone, contremaître des lieux, au milieu des bruits de chantier. Il observe les opérations du quai de déchargement. L’hiver, jusqu’à 300 camions à l’heure viennent décharger des tonnes de neige au fond de l’ancienne carrière Francon.

La fosse est immense. Près de 100 terrains de soccer. Mais M. Scattone et ses équipes commençaient chaque hiver avec un peu plus de neige au fond du trou et donc plus de risques de problème – voire de blocage total du quai de déchargement – en cas d’hiver particulièrement rigoureux.

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L’ancienne carrière Francon est située dans le quartier Saint-Michel, à Montréal.

« L’hiver passé, ç’a été un gros défi », décrit le contremaître. Plus de 2,5 mètres de neige sont tombés, faisant monter la montagne jusqu’à la hauteur du quai de déchargement. De la machinerie spécialisée doit alors être utilisée pour tenter de repousser la neige plus loin. Une tâche complexe.

Toujours prêt

La Ville a donc décidé, depuis deux ans, d’employer la méthode forte : un mois d’attaques incessantes, chaque automne, par trois conducteurs de machinerie lourde, afin de faire baisser le niveau « de base » de la congère.

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Trois conducteurs de machinerie lourde sont à pied d’œuvre afin de faire baisser le niveau de la neige accumulée.

Parce qu’en plein cœur de l’hiver, Montréal ne peut pas se permettre de perdre le site où elle déverse jusqu’à 40 % de sa neige.

« Nous, notre rôle, c’est de garder une fluidité. Il ne faut pas arrêter le trafic » des camions de neige qui viennent décharger leur contenu, explique Giovanni Scattone.

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Giovanni Scattone, contremaître du dépôt à neige

Quand la Ville déclare un chargement, je ne peux pas lui dire que je ne suis pas prêt.

Giovanni Scattone, contremaître du dépôt à neige

Les travailleurs grugent donc ce glacier urbain, tentant surtout d’enlever la couche de glace et de gravier qui forme « une sorte de couche protectrice » sur la neige, détaille Philippe Sabourin, porte-parole corporatif pour la Ville de Montréal. « On travaille la neige, on accélère la fonte. » M. Sabourin ne se fait pas d’illusions : ils n’en viendront pas à bout pendant leur mois de travail. Mais chaque mètre gagné est crucial pour donner de l’espace aux déchargements. Au moment du passage de La Presse, on estimait sa hauteur à entre 30 et 45 mètres.

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L’ancienne carrière Francon

Le travail est extrêmement délicat, puisque les lourdes machines montent directement sur la masse que les travailleurs doivent détruire. Ils doivent travailler en palier et être très prudents pour éviter que la glace ne s’effondre sous eu x.

L’eau de fonte, pour sa part, forme deux grands lacs (« très salés », foi de Giovanni Scattone) au fond de la carrière. Un premier filtrage grossier est effectué, puis elle est pompée des dizaines de mètres plus haut jusqu’au réseau d’égout de la métropole.

Décharger des déchets

En plus du gravier, le sale glacier de la carrière Francon contient aussi une quantité impressionnante de détritus.

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La carrière Francon contient une quantité impressionnante de détritus.

La plupart sont des déchets abandonnés dans la rue et qui sont passés par une souffleuse.

Tout ça pourrait être recyclé. Et ça endommage notre matériel aussi.

Philippe Sabourin, porte-parole corporatif pour la Ville de Montréal

D’autres ne sont pas là par inadvertance. Des dizaines – voire des centaines – de pneus sont éparpillés au pied de la montagne. « L’année passée, on a eu une petite surprise », a expliqué M. Scattone. Un camionneur a apparemment caché une cargaison de pneus destinée au dépotoir sous un peu de neige pour épargner les frais d’enfouissement. Et avec des centaines de camions à l’heure, difficile de trouver le coupable, même avec un système de surveillance par caméras.

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Un des quais de déchargement individuels

Des millions pour un nouveau quai

La Ville de Montréal vient de lancer un appel d’offres afin de faire construire un nouveau quai de déchargement d’une centaine de mètres de largeur en haut de la carrière Saint-Michel. Cette plateforme remplacera trois quais individuels, « fermés et considérés comme instables par la Ville ». Un problème majeur quand ils sont perchés dans le vide, à 37 mètres de hauteur. Les travaux, qui devraient permettre à davantage de camions de déverser leur neige dans la carrière, doivent commencer dès la fin de l’hiver 2024, pour une mise en service avant 2025. Deux autres quais individuels sont actuellement condamnés par la Ville, selon les documents d’appel d’offres.

PHOTO FOURNIE PAR LA VILLE DE MONTRÉAL

Le projet de nouveau quai continu de déchargement, qui remplacera trois des cinq quais individuels condamnés par Montréal

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Le projet de vivre Saint Michel

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Le projet de atelier Barda pour MTL+

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@sapino_1 , merci de nous faire connaitre ces deux propositions fort intéressantes sur l’avenir possible de la carrière Francon. Des idées originales inspirées d’autres réalisations ailleurs dans le monde. Ces dernières pourront idéalement être adaptées aux besoins de St-Michel. Par ailleurs j’aime beaucoup le schéma de la passerelle qui deviendrait un point de rencontre et d’échange sur le plan social et culturel, doublée d’une infrastructure de transport actif.

Aucun doute que sur le plan urbanistique on a le devoir d’exploiter cet immense terrain au coeur de la ville, le dynamiser, le naturaliser pour en faire profiter l’ensemble de la population de ce quartier montréalais et ses voisins immédiats. J’ose donc espérer que les autorités de St-Michel et la Ville centre sauront donner suite à ce projet pour en faire plus qu’un dépôt à neige, en développant le potentiel extraordinaire qui dort dans cet énorme espace public.

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Il y a un plan à l’arrondissement de construire un lien piéton/cyclable qui rejoint les deux bords de Jean-Rivard du côté sud de la carrière. À ma connaissance aux dernières nouvelles c’était à l’étape des études de faisabilité.

Ce n’est pas du même niveau d’ambition que les plans présentés ci-haut, mais si ça aboutit ce serait quand même un pas dans la bonne direction pour désenclaver le secteur.

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Video de Vivre Saint Michel en santé

le vox pop

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Autre vision pour la carrière francon

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En attendant la passerelle qui lierait Robert, pourquoi ne pas aménager une piste cyclable côté nord, le long de la rue Utilités Publiques?
Ça pourrait lier la rue des Grandes Prairies (intersection Pie-IX) à l’avenue Charland (intersection Saint-Michel) pour débuter.


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