Les conifères se font rares au bord de la rue
Pourquoi la Ville ne suggère-t-elle pas plus de conifères en bordure de rue? demande un lecteur. (Jocelyn Riendeau/Le Soleil)
JARDINIER PARESSEUX / Le jardinier paresseux puise dans ses vastes connaissances les réponses à vos questions sur le jardin, le potager, la pelouse, la flore et la faune. Cette semaine, il examine les raisons d’une municipalité de recommander de planter un feuillu plutôt qu’un conifère devant la maison d’un lecteur.
Question «Le frêne sur mon terrain avant a été abattu à cause de l’agrile. [Pour le remplacer,] on m’a imposé un micocoulier occidental, alors que je demandais d’autres essences, en particulier des conifères. Mon voisin a reçu une autre essence qui pousse mieux et plus vite. Pourquoi la Ville semble-t-elle être allergique aux conifères? Ce sont des arbres rustiques qui font de l’ombre en été et servent de brise-vent en hiver, sans feuilles mortes à ramasser!»
Réponse Vous avez de bons arguments en faveur des conifères. Ils fournissent de l’ombre, forment des écrans, réduisent les vents et embellissent nos paysages hivernaux. Leur feuillage persistant offre aussi un abri à la faune, notamment aux oiseaux.
Cela ne signifie pas que les conifères sont interdits dans toutes les emprises municipales. Dans le programme de plantation, le choix final de l’essence revient d’ailleurs aux spécialistes de la Ville. Toutefois, la préférence pour les feuillus en bordure de rue est évidente.
Une question de diversité
La Stratégie en faveur de la biodiversité 2025-2040 [un document d’orientation de la Ville de Québec] recense plus de 120 000 arbres municipaux appartenant à 189 espèces. Pourtant, seules 10 espèces représentent à elles seules 52% de toute la forêt urbaine municipale. La Ville cherche donc à diversifier sa forêt urbaine afin de la rendre plus résistante, notamment contre les ravageurs, tels que l’agrile du frêne.
Alors, pourquoi si peu de conifères en bordure de rue?
Des conditions difficiles
La Ville considère plusieurs contraintes dans le choix d’un arbre: proximité de la route, vent, neige, déneigement, gel et infrastructures. Les sels de voirie constituent probablement une partie de l’explication de la rareté des conifères. Ils peuvent s’accumuler dans le sol et nuire aux racines, mais aussi être projetés par les véhicules directement sur les aiguilles des conifères persistants, causant notamment leur brunissement et leur chute.
Une jeune épinette présente des aiguilles brunies après avoir été exposée aux sels de voirie. (James P. Brandt/Gouvernement du Canada)
Tous les conifères n’y sont toutefois pas également sensibles. L’épinette du Colorado, par exemple, résiste mieux aux embruns salins. Le sel ne peut donc pas tout expliquer.
Le port de plusieurs conifères pose aussi problème. Une épinette possède naturellement une couronne large et dense près du sol. On peut couper progressivement ses branches inférieures, mais plusieurs feuillus se prêtent plus facilement à la formation d’un tronc dégagé qui laisse mieux circuler piétons et véhicules.
Cette couronne basse et dense doit aussi composer avec les bancs de neige, les souffleuses et le déneigement. En ralentissant le vent, une rangée de conifères peut même favoriser l’accumulation de neige à proximité.
Bref, les caractéristiques qui font d’une épinette un excellent brise-vent peuvent devenir des contraintes dans une emprise étroite.
Plus de détails
Pourquoi un micocoulier?
Le micocoulier occidental supporte bien les conditions urbaines et possède une grande tolérance aux sels de déglaçage. Pour un arbre appelé à vivre pendant plusieurs décennies, la vitesse de croissance n’est qu’un critère parmi d’autres: sol, sécheresse, sel, espace racinaire, dimensions adultes, infrastructures à proximité, maladies, longévité et diversité.
Le fait que votre voisin ait reçu une autre essence cadre d’ailleurs avec l’objectif de diversification de la Ville, sans toutefois qu’on puisse affirmer que c’est la raison précise dans son cas.
Pas de feuilles mortes?
Pas tout à fait! Les conifères perdent aussi leurs aiguilles. Les pins peuvent en perdre beaucoup. Les mélèzes les perdent même toutes chaque automne.
Des aiguilles de pin tombées au pied de l’arbre. (Famartin/Wikimedia Commons)
Quant aux feuilles mortes, je préfère les voir comme une ressource. Déchiquetées sur la pelouse ou laissées dans les plates-bandes, elles nourrissent et protègent le sol.
La Ville ne semble donc pas allergique aux conifères. Un excellent brise-vent ou un arbre de parc n’est simplement pas nécessairement un bon arbre d’alignement de rue.
Cela dit, si on vous a simplement imposé un micocoulier sans vous expliquer pourquoi il convenait mieux à cet emplacement qu’un conifère, il y a peut-être là un problème de communication. Une décision peut être parfaitement justifiée sur le plan horticole, mais encore faut-il en expliquer les raisons au citoyen qui devra vivre avec cet arbre pendant des décennies.




















































