Résumé
Avant, Donald Trump dénonçait les guerres «sans fin» du passé. Il se décrivait comme le «grand pacificateur». «Je ne commencerai pas les guerres. Je vais y mettre fin», promettait l’apôtre de la paix, au soir de sa victoire électorale, le 5 novembre 2024. (1)
Aujourd’hui, le roi Donald s’est retourné comme un gant. Il assure que l’armée des États-Unis dispose d’un arsenal «illimité». Mieux, qu’elle peut faire la guerre pour «toujours»! (2) Grisé par l’odeur de la poudre, il parle de bombarder les terminaux pétroliers de l’Iran «juste pour le plaisir». (3)
«[Les dirigeants iraniens] tuent des gens innocents à travers le monde depuis 47 ans, écrit-il. Maintenant, en tant que 47e président des États-Unis, je les tue. C’est un très grand honneur de le faire.»
Le monde change. Tout change. À l’exception d’une chose. Donald Trump semble immunisé contre le ridicule.
Signe des temps, les farceurs rebaptisent son domaine de «Mar-a-Lago» du nom de «War-a-Lago». Et la boutique Trump en ligne prend aussi un virage guerrier. Elle propose un drapeau qui montre le président en Rambo. Et un autre sur lequel il apparaît debout sur un tank en mouvement. Du «tank surfing»!
Donald Trump en Rambo (Tirée du site Trump 2024 Store)
Plus kitsch, tu te transformes en dé en minou parfumé avec une lotion à l’odeur sapin mélangée avec du désinfectant médical…
Le grand poulailler présidentiel
Donald Trump se contredit sans arrêt. C’est le privilège des rois. Reste que, depuis le déclenchement des hostilités avec l’Iran, il se surpasse. Il ressemble à un entraîneur de hockey qui essaye de modifier la dimension des buts, en fonction du pointage.
Les jours pairs, le président déclare que l’objectif consiste à renverser le régime des ayatollahs. Les jours impairs, il affirme que la guerre vise à détruire les installations nucléaires du pays. En oubliant qu’il répétait depuis des mois que ces installations avaient été anéanties! (4)
La confusion règne. (5) Le 11 mars, lors d’une assemblée politique dans le Kentucky, le président crie victoire. «Nous avons gagné,» s’exclame-t-il. La guerre est finie! Champagne? Non! Attendez! Au même moment, le secrétaire à la Guerre, Pete Hegseth, assure que la guerre ne fait que commencer.
Pour justifier le conflit, le conseiller Steven Witkoff assure que l’Iran était «à une semaine» d’avoir le matériel nécessaire à la fabrication d’une bombe atomique. (6) Une affirmation aussitôt contredite par Marco Rubio, le secrétaire d’État. (7)
Un homme passe devant des bâtiments détruits après des frappes aériennes dans le centre de Téhéran, le 4 mars dernier. (-/Agence France-Presse)
Existe-t-il une stratégie derrière le chaos? Un plan génial derrière le brouillard de la guerre? Possible. Pour l’instant, l’administration Trump ressemble à un poulailler en détresse, avec des volailles qui caquètent et qui sautillent dans tous les sens.
Un milliard par jour
Ivre de pouvoir, le président a pris l’habitude de s’autoriser toutes les fantaisies. Si cela lui chante, il déclare que c’est l’Ukraine qui a déclenché la guerre avec la Russie. Ou il partage une vidéo dans laquelle la bande de Gaza devient une station balnéaire de luxe.
Selon son inspiration du moment, le maître du monde réinvente l’économie. Ou les mathématiques. Le mois dernier, il a décidé que ses tarifs douaniers allaient générer 6000 milliards de revenus au cours de la prochaine décennie. 22 fois plus que les prévisions officielles! (8)
Jusqu’ici, tout semblait réussir à Donald Trump. En janvier, il avait fait enlever le président du Venezuela pour le traduire devant la justice. Un coup fumant. Le «grand pacificateur» ne touchait plus terre. Il confiait même au New York Times qu’il ne voyait plus «aucune limite» à son pouvoir sur la scène mondiale. Sauf sa «conscience». (9)
Soudain, le prolongement de la guerre en Iran met l’univers parallèle du président à rude épreuve. Elle constitue une rude confrontation avec la réalité. Au début, le président voulait même avoir son mot à dire dans la nomination du nouveau président iranien!
Un employé met à jour le prix de l’essence dans une station-service de Rio de Janeiro, jeudi dernier. (Bruna Prado/AP)
La guerre n’est pas populaire. À cause d’elle, les prix du carburant augmentent. De plus, elle coûte environ 900 millions par jour au Trésor américain. (10) Selon les derniers sondages, 56 % des Américains s’opposent aux attaques contre l’Iran. (11)
Durant les cinq premiers jours de l’opération «Furie épique», les États-Unis ont tiré 400 missiles Tomahawk. Sachant que ces bijoux valent chacun 3,8 millions, la facture atteignait déjà 1,5 milliard…
Une nouvelle jeunesse pour la guerre
Quand il s’agit de vendre la guerre, la Maison-Blanche déborde d’imagination. Quitte à mélanger la mort et le divertissement. La réalité et la fiction. Dans une série de vidéos partagées sur les médias sociaux, elle associe les images de vrais bombardements avec celles de jeux comme Call of Duty ou Grand Theft Auto. (12)
Même le personnage de dessin animé Bob l’éponge est mis à contribution! «Vous voulez me voir le refaire?» demande l’ami Bob, après une série d’explosions. (13)
Will not stop until the objectives are met.
Unrelenting. Unapologetic.
pic.twitter.com/iM9fqjn1zc
— The White House (@WhiteHouse) March 5, 2026
La vidéo «Justice the American Way» utilise des séquences de films comme Superman, Top Gun et Transformer. Le petit chef-d’œuvre de propagande se termine par la phrase culte du jeu vidéo Mortal Kombat. «Flawless Victory» [Victoire sans faute].
Quelques artistes se sont émus que l’on récupère leur travail pour mousser la «vraie» violence. Mais qui les écoute? Un acteur de films ultra-violents qui n’aime pas être associé à la guerre, ça étonne. Ça détonne. Est-ce comme un pilote de Formule 1 qui s’inquiéterait de la pollution causée par les moteurs à essence?
Grâce à la manipulation des images, la guerre rajeunit. Elle paraît cool. Et pendant que les bombes pleuvent sur Téhéran, Donald Trump diffuse un montage de lui-même déguisé en caïd, avec des lunettes fumées. «Le président le plus dur à cuire de tous les temps», peut-on y lire. (14)
Vérification faite, le président n’utilise pas encore les images qui montrent Jésus penché sur son épaule, dans le Bureau ovale. Il ferait mieux de se dépêcher. Des petits débrouillards en ont déjà tiré un t-shirt!
Où sont passées les Nations Unies?
De grâce, ne cherchez pas le droit international. Encore moins les Nations Unies. Dans l’univers Trump, les États-Unis ont autant besoin de l’ONU qu’un poisson peut avoir besoin d’un vélo. «Le temps n’est plus aux mondanités. Le monde est dirigé par la force», résume Steven Miller, le chef de cabinet adjoint. (15)
Depuis un an, les États-Unis ont quitté 66 organisations internationales, publiques ou privées. (16) En janvier, ils ont claqué la porte de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). À la fin de l’année, ils abandonneront l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO).
L’administration Trump a mis la hache dans la diplomatie. (17). Des dizaines d’ambassadeurs ont été rappelés. La plupart n’ont pas été remplacés.
Au moment où le Moyen-Orient s’embrase, les États-Unis n’ont pas d’ambassadeur en titre dans des pays comme l’Arabie saoudite, le Qatar, le Koweït, l’Irak, la Syrie, l’Égypte et les Émirats arabes unis.
Le président se méfie des diplomates de carrière, ces intellos paralysés par les bonnes manières. Quand il nomme un ambassadeur, il préfère choisir un parent, un copain ou un grand bailleur de fonds de ses campagnes électorales.
Surnommés les mini-Trump, ceux-là défendent leur «patron» à la vie à la mort. La nouvelle ambassadrice au Luxembourg, Stacey Feinberg, constitue un modèle du genre. Madame décrit Donald Trump «comme le plus grand président depuis George Washington». (18)
In Trump We Trust!
Pendant ce temps, le culte de Donald Trump bat son plein à travers les États-Unis. Le visage du président bien-aimé apparaît un peu partout. (19) Sur les façades de grands édifices à Washington. Sur le laissez-passer annuel des parcs nationaux. Sur un projet de pièce de monnaie-souvenir pour le 250e anniversaire du pays.
Incroyable, mais vrai, le visage de Donald Trump pourrait être gravé sur les deux faces! Pile, c’est lui! Face, c’est encore lui! Il gagne à tous les coups! (20)
La liste des choses baptisées ou rebaptisées en l’honneur du grand homme ne cesse de s’allonger. Le Centre national des arts* de Washington. (21) Une nouvelle classe de navires lance-missiles. Peut-être même le Washington Dulles International Airport? (22)
Un portrait géant de Donald Trump est accroché au siège du ministère du Travail à Washington. (J. Scott Applewhite/Archives AP)
Jusqu’où ira l’idolâtrie? Au cours des dernières semaines, le président a développé une obsession pour les souliers de la marque Florsheim. Il en donne à tout le monde. Toujours de couleur noire, cela va de soi. Monsieur interdit le port de chaussures brunes avec un complet sombre…
Soudain, les hommes de l’entourage du président se croient obligés de chausser des Florsheim. «Tous les gars en portent, a confié une conseillère de la Maison-Blanche, sous le couvert de l’anonymat. C’est un peu l’hystérie, parce qu’ils ont peur d’être surpris avec autre chose dans les pieds!» (23)
Tous derrière Don Collossus?
L’humeur présidentielle tourne à l’orage. La guerre accapare presque la moitié de l’aviation américaine. Le tiers de sa flotte de guerre. Sans que l’on puisse entrevoir une fin rapide. Furieux, le président dénonce le «défaitisme» des médias. Il voudrait que certains critiques soient accusés de «trahison».
Le secrétaire à la Guerre, Pete Hegseth, adore jouer le macho Man. Pourtant, même le très belliqueux secrétaire ne se risque plus à prédire la durée des combats. «Vous pouvez dire quatre semaines, mais cela pourrait être six, huit, ou trois, a-t-il expliqué. (24)
Le secrétaire à la Défense, Pete Hegseth, suit le président Donald Trump pour monter à bord d’Air Force One, le 18 mars dernier. (Julia Demaree Nikhinson/Archives AP)
La combativité de l’armée iranienne a surpris le haut commandement américain. Le guide suprême Ali Khamenei a été tué. Mais les appels à la révolte tombent à plat. Le peuple iranien terrorisé essaye de survivre. Faudra-t-il détruire l’Iran pour le sauver?
Le blocage du détroit d’Ormuz fait mal à l’économie mondiale. La guerre s’étend à plusieurs pays du Moyen-Orient. Mais les alliés traditionnels des États-Unis ne sont pas pressés de voler à la rescousse. (24) Faut-il s’en étonner? Il y a un mois, Donald Trump menaçait de s’emparer du Groenland! Un territoire qui fait partie du Danemark, un pays européen et un membre de l’OTAN.
Ça ne fait rien. La fête continue. Un groupe d’investisseurs du domaine des cryptomonnaies a recueilli 360 000 $ pour forger une statue en bronze du président, baptisée le «Don Colossus».
Entièrement recouverte de feuilles d’or, l’œuvre mesure 4,5 mètres. Deux fois et demie la taille de son illustre modèle.
Pour l’instant, l’installation du Don Colossus est retardée. Des problèmes mineurs. Ne vous inquiétez pas. Promis, juré, il sera bientôt installé sur le complexe de golf Trump de Doral, en Floride. Juste à temps pour la victoire finale? (26)
Épilogue: le problème avec les blagues politiques
En janvier 2016, Donald Trump avait déclaré qu’il pourrait abattre quelqu’un, en pleine rue, sans perdre un seul électeur. (27) À l’époque, le monde entier rigolait. Une blague de mauvais goût. Une de plus.
Quelle importance, puisque personne ne croyait que le candidat Trump avait la moindre chance d’être élu président des États-Unis?
Dix ans ont passé. Aujourd’hui, le monde rit un peu jaune. Le problème avec les blagues politiques, c’est qu’elles finissent par se faire élire.
Ce qui n’empêche pas de conclure avec une blague très ancienne, adaptée aux réalités du jour.
«Il était une fois un espion américain et un espion russe qui prenaient un verre dans un bar.
L’Américain commence.
— Je dois admettre que je suis impressionné par votre propagande. Vous réussissez toujours à manipuler l’opinion.
— Merci beaucoup, répond le Russe. Nous faisons de notre mieux. Mais nos résultats ne sont rien comparés à la propagande américaine. Chez vous, une partie de l’opinion publique croit tout ce que raconte le président. Les yeux fermés. Sans voir les ficelles qui dépassent.
L’espion américain dépose son verre. Il fronce les sourcils.
— Mon ami, il doit y avoir une erreur. Il n’y a pas de propagande aux États-Unis.
Le Russe regarde l’Américain en souriant. Il ajoute: «C’est exactement là où je veux en venir.»
* Le John F. Kennedy Center for the Performing Arts est devenu le Donald J. Trump and John F. Kennedy Memorial Center for the Performing Arts. Ou le Trump-Kennedy Center.
Notes:
(1) 15 Months Ago, Donald Trump Promised «I’m Not Going to Start Wars, I’m Going to Stop Wars», Vanity Fair, 28 février 2026.
(2) Trump Claims America Can Fight «Forever,» but Munitions Are Limited, Axios, 3 mars 2026.
(3) Trump Says US May Strike Iran’s Kharg Island Oil Export Hub «Just for Fun», The Guardian, 14 mars 2026.
(4) Iran Was Nowhere Close to a Nuclear Bomb, Experts Say, Scientific American, 11 mars 2026.
(5) The Trump Team’s Shifting Story on War with Iran, CNN.com, 2 mars 2026.
(6) Witkoff Warns Iran is «a Week Away» from «Bomb-Making Material» as Trump Weighs Action Fox News, 22 février 2026.
(7) Rubio: Iran Not Enriching Uranium Right Now, But They’re Trying To Get To The Point Where They Ultimately Can, Realclearpolitics.com, 26 février 2026.
(8) Trump’s Tariff Promises Don’t Add up. Here’s the Math, The Washington Post, 26 janvier 2026
(9) Two Hours, Scores of Questions, 23,000 Words: Our Interview With President Trump, The New York Times, 11 janvier 2026.
(10) Just one in four Americans say they back US strikes on Iran, Reuters/Ipsos poll finds, Reuters, 1er mars 2026.
(12) Watch How the Trump Administration Is Selling the Iran War on TikTok, The Wall Street Journal, 13 mars 2026.
(13) The Meme War: Trump Sells Iran Conflict With Video Games, U.S. News and World Report, 16 mars 2026.
(15) Stephen Miller Offers a Strongman’s View of the World, The New York Times, 6 janvier 2026.
(16) Wich Are the 66 Global Organisations, Associated Press, 8 janvier 2026.
(17) Trump and Rubio Dismantled U.S. diplomacy. It’s Making the Iran War Harder, Good Authority, 9 mars 2026.
(18) «Like Maga Disciples»: Meet the Trump Envoys Raising Eyebrows in Europe, The Guardian, 19 décembre 2025.
(19) Trump’s Face Will Replace Images of National Parks on Some Annual Passes, Environmental Group Sues to Stop Change, CNN.com, 11 décembre 2025.
(20) A Two-Headed Coin That Always Comes Up «Trump», The New York Times, 9 novembre 2025.
(21) TrumpRx: See the 43 Drugs Available on the Trump Administration’s New Discounted Drug Site, CBS News, 6 février 2026.
(22) Could Dulles Soon Be Renamed after Trump? President Holds Meeting on Makeover, Fox News, 26 février 2026.
(23) Trump Is Obsessed With These $145 Shoes—and Won’t Let Anyone Leave Without a Pair, The Wall Street Journal, 9 mars 2026.
(25) Trump Hits Out at Allies After Cool Response to Requests for Warships, The New York Times, 16 mars 2026.
(26) «Don Colossus,» a Golden Statue of President Trump, Waits for Its Home, The New York Times, 10 février 2026.
(27) Donald Trump: «I Could … Shoot Somebody, And I Wouldn’t Lose Any Voters», National Public Radio (NPR), 23 janvier 2016.