Dunn vient me chercher à la manifestation. « Ils sont tous là avec ce froid ? Woah, c’est fou, ça. Si je pouvais, j’irais. Je ne comprends pas ce qui se passe. Ils étaient censés expulser les criminels… Ils arrêtent n’importe qui, man ! »
Au début de son mandat, il y a un an aujourd’hui, le 47e président pointait autour de 50 % d’approbation pour sa politique en immigration. Les derniers sondages indiquent que même sur ce qui est censé être sa matière forte après l’économie, il pique du nez : 38 % d’approbation selon la plus récente enquête, commandée par Associated Press, après la mort de Renée Nicole Good.
Plus inquiétant pour lui, il obtient une moins bonne note encore dans ce qui a toujours été son grand argument : l’économie. Les Américains approuvent sa gestion à 37 % seulement.
Pendant sa première présidence, même quand son taux d’approbation globale était au plus bas (41 %), la moitié des Américains trouvaient qu’il était un bon président économique. Combien de gens m’ont dit, pendant la campagne de 2024 : je n’aime pas le type, mais avec lui, l’économie ira mieux ?
Les démonstrations de force sont quotidiennes. Quand ce n’est pas une menace d’invasion, c’est l’imposition de droits de douane punitifs, le déclenchement d’enquêtes criminelles contre des adversaires, l’envoi de la Garde nationale, le déploiement agressif de l’ICE et bientôt, peut-être, de l’armée au nom de la Loi sur l’insurrection.
Le temps joue contre lui. D’un jour à l’autre, la Cour suprême rendra sa décision sur le pouvoir du président de décréter des droits de douane pour un oui ou pour un non. Ça sent la défaite, et elle serait de taille, car toute l’architecture de sa stratégie économique repose sur ses tarifs chéris.
Ce n’est pas le début de la fin, mais l’horizon s’annonce plus compliqué chaque jour.
C’est cette faiblesse même qui pourrait le rendre plus incontrôlable, plus dangereux, pendant qu’il a encore les coudées franches.
Mais on commence à l’entrapercevoir, cette faiblesse, au milieu du fracas.
Résumé
Ils sont une centaine, plantés devant le quartier général de l’ICE. Quand ce qu’ils croient être un agent passe en VUS, ils l’insultent. Des habitués des manifs, mais aussi Kathleen Rennan, enseignante de maternelle de 60 ans. Elle a reçu des balles de plastique, des gaz, mais après l’école, elle vient ici. « Si on ne proteste pas, qui va le faire ? Les gens ont peur, avec ce président, les racistes ont le champ libre. Mais j’ai de l’espoir. »

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Kathleen Rennan, enseignante de maternelle
Tout est plus tranquille depuis qu’un juge a restreint l’usage de la force et qu’on a rangé les manifestants derrière des clôtures.
Arrivé du Libéria pendant la guerre civile, Dunn est citoyen américain. Expulser les criminels, il est tout pour. S’il n’a pas le temps de manifester, même en ce jour de congé pour Martin Luther King, c’est que quand il n’est pas à l’usine, il fait du Uber. « J’ai quatre enfants, ma femme travaille, tu comprends… »

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Des manifestants insultent les agents de l’ICE.
Ce qu’il me raconte, c’est ce dont des milliers de personnes sont témoins, ou victimes ici. Un abus de pouvoir policier au quotidien, très… antiaméricain.
C’est ce que les Américains voient de plus en plus sur leurs écrans. Et c’est ce qui en fait décrocher de plus en plus du trumpisme. À commencer par le podcaster le plus écouté aux États-Unis, Joe Rogan – 20 millions d’abonnés YouTube –, qui, après un entretien de trois heures pendant la campagne de 2024, avait appuyé officiellement Donald Trump.

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Opération de l’ICE dans une maison de St. Paul, au Minnesota, dimanche
« Est-ce qu’on est vraiment en train d’être la Gestapo ? Où sont vos papiers ? C’est ça qu’on est devenu ? », demandait-il la semaine dernière.
Ce que des millions d’Américains ont commencé à voir sur un écran, Dunn, lui, l’a vu dans le parking de son usine de Minneapolis.
« Les gars de l’ICE attendaient dans le stationnement. Ils ont arrêté un gars, un Africain comme moi, sans raison. Il a sa carte verte, il est ici légalement, n’a commis aucun crime. Un collègue, lui aussi africain, mais citoyen américain, s’est interposé. Ils l’ont arrêté. Ils ont dit : “Tu as des condamnations pour alcool au volant”… Mais d’un, c’était il y a deux ans, et de deux, c’est quoi le rapport ? Le gars est américain ! Les deux sont encore détenus. On cherche un avocat…

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Dunn
« Maintenant, j’ai toujours mes papiers. Mais c’est devenu ça, les États-Unis ? On dirait qu’un fou est aux commandes… »
Tout ça ne passe pas très bien. Même si bien des gens trouvent que les manifestants « exagèrent ».

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Une centaine de manifestants sont massés devant le quartier général de l’ICE à Minneapolis.
Les promesses d’expulsion et de fermeture de la frontière ont été au cœur de la campagne de Donald Trump. Après l’apparent laxisme de l’administration Biden, ce serait tolérance zéro.
Au début de son mandat, il y a un an aujourd’hui, le 47e président pointait autour de 50 % d’approbation pour sa politique en immigration. Les derniers sondages indiquent que même sur ce qui est censé être sa matière forte après l’économie, il pique du nez : 38 % d’approbation selon la plus récente enquête, commandée par Associated Press, après la mort de Renée Nicole Good.

PHOTO ROBERTO SCHMIDT, AGENCE FRANCE-PRESSE
À Minneapolis, des fleurs ont été laissées en l’honneur de Renée Nicole Good, abattue par un agent de l’ICE.
Plus inquiétant pour lui, il obtient une moins bonne note encore dans ce qui a toujours été son grand argument : l’économie. Les Américains approuvent sa gestion à 37 % seulement.
Pendant sa première présidence, même quand son taux d’approbation globale était au plus bas (41 %), la moitié des Américains trouvaient qu’il était un bon président économique. Combien de gens m’ont dit, pendant la campagne de 2024 : je n’aime pas le type, mais avec lui, l’économie ira mieux ?
Le président jouit d’un bloc indéfectible d’électeurs républicains, qui n’approuvent peut-être pas tout, mais qui ne changeraient jamais leur vote de 2024 si on le leur offrait : environ 40 % de l’électorat.
Les indépendants, ceux du milieu, les démotivés qui n’ont pas voté, eux ne sont pas contents. Ce pourrait être les élus républicains qui paient la note en novembre, quand toute la Chambre des représentants et un tiers du Sénat sont en élection.

PHOTO YVES BOISVERT, LA PRESSE
Des manifestants devant le quartier général de l’ICE à Minneapolis
Et comme par hasard, on commence à voir quelques élus républicains oser une critique du président.
Oh, pas des masses. Il y a les suspectes habituelles, les sénatrices républicaines Lisa Murkowski, de l’Alaska, et Susan Collins, du Maine, qui ont voté plusieurs fois contre les nominations de Trump.
Mais il y a aussi le sénateur Thom Tillis, de la Caroline du Nord. Certes, il ne se représente pas à l’automne, mais c’est un faucon en politique étrangère qui a applaudi à l’opération pour capturer Nicolás Maduro au Venezuela. Il y a deux semaines, il a pourfendu comme « stupide » l’idée d’envahir le Groenland, et donc le Danemark, un allié si près qu’il est un des seuls pays européens à avoir envoyé des soldats en Irak. Il a dénoncé violemment Stephen Miller, chef de cabinet adjoint et idéologue de l’administration, comme un ignorant et un incompétent. Miller, pourtant, dit exactement ce que dit Trump.
Les sénateurs républicains Todd Young et Josh Hawley ont osé voter avec les démocrates pour exiger un vote pour contraindre le président à soumettre ses projets militaires au Congrès. « Rassurés » par le président, ce qui veut dire « intimidés », ils sont rentrés dans le rang. Mais même cette prise de parole critique était impensable il y a six mois.
Un autre sénateur souvent critique, Rand Paul, a douté publiquement de la légalité des frappes sur des bateaux dans les Caraïbes, et dénoncé les velléités groenlandaises de Trump.
La semaine dernière, cinq sénateurs républicains se sont rangés derrière le président de la Réserve fédérale, Jerome Powell, que Trump insulte sans arrêt, et contre qui son administration a déclenché une enquête criminelle en forme d’intimidation et de représailles.
À cela on peut ajouter quelques représentants ici ou là, du dossier Epstein aux questions militaires.
Bref, ce Congrès républicain bien lisse l’été dernier présente quelques fissures.
Les démonstrations de force sont quotidiennes. Quand ce n’est pas une menace d’invasion, c’est l’imposition de droits de douane punitifs, le déclenchement d’enquêtes criminelles contre des adversaires, l’envoi de la Garde nationale, le déploiement agressif de l’ICE et bientôt, peut-être, de l’armée au nom de la Loi sur l’insurrection.

PHOTO EDUARDO MUNOZ, REUTERS
Une foule a marché lundi sur le pont de Brooklyn, à New York, afin de protester contre l’ICE et le président Donald Trump.
Rien ne semble arrêter l’accaparement du pouvoir, qui roule sur tout ce qui lui bloque le chemin. Le parti est à sa main, les démocrates hébétés, les cours sont débordées.
Mais cette apparente invincibilité cache une faiblesse. La faiblesse des tout-puissants, comme chantait Bashung.
Le temps joue contre lui. D’un jour à l’autre, la Cour suprême rendra sa décision sur le pouvoir du président de décréter des droits de douane pour un oui ou pour un non. Ça sent la défaite, et elle serait de taille, car toute l’architecture de sa stratégie économique repose sur ses tarifs chéris.
Ensuite, les légères dissensions recensées plus haut risquent de se multiplier à mesure que les élections de mi-mandat approchent. Plusieurs républicains sont en mode survie. Quand ils auront plus peur de la défaite que de Trump, on les entendra.
Et puis, c’est cette année que le président atteindra l’autre versant de sa présidence. La succession se prépare déjà. Son influence ira en diminuant. Si le Congrès échappe aux républicains, ça pourrait très mal se passer pour lui.
Ce n’est pas le début de la fin, mais l’horizon s’annonce plus compliqué chaque jour.
C’est cette faiblesse même qui pourrait le rendre plus incontrôlable, plus dangereux, pendant qu’il a encore les coudées franches.
Mais on commence à l’entrapercevoir, cette faiblesse, au milieu du fracas.
Résumé
« Les États-Unis vont à nouveau se considérer comme une nation en croissance, une nation qui augmente sa richesse et étend son territoire. »
Publié à 5 h 00

Cette phrase qui marquait une rupture dans la politique étrangère américaine, Donald Trump l’a prononcée il y a un an, le 20 janvier, lors du discours de prestation de serment qui marquait le retour de ce politicien boomerang à la Maison-Blanche.
Depuis le début de l’année 2026, on est passé de la théorie à la pratique. D’abord avec la capture le 3 janvier du président vénézuélien et la mainmise sur le pétrole du pays. Et aujourd’hui, avec des menaces renouvelées et décuplées d’annexion du Groenland, par le portefeuille ou avec un fusil sur la tempe.
Soudainement, les dirigeants européens se retrouvent au cœur d’une bataille qu’ils ont tout fait pour éviter. Et qu’ils doivent trouver le courage de mener.
Une bataille à laquelle le Canada est aussi convié.
Il est vrai que le Canada aurait de bonnes raisons de snober l’Europe ces jours-ci. L’an dernier, à la même date, le pays se sentait bien seul devant Donald Trump qui menaçait d’en faire le 51e État des États-Unis.
À l’époque, les dirigeants européens refusaient de prendre au sérieux les visées expansionnistes du président américain. En mars, lorsque les ministres des Affaires étrangères du G7, incluant ceux de l’Allemagne, de la France, de l’Italie, du Royaume-Uni et de l’Union européenne, sont débarqués au Canada, ils préféraient voir une « blague » dans les semonces américaines à l’égard de la souveraineté canadienne. Un humour lâche1, que j’avais relevé et qui n’avait pas manqué de faire réagir des centaines d’entre vous, chers lecteurs.

PHOTO VIRGINIA MAYO, ASSOCIATED PRESS
Le siège de l’OTAN à Bruxelles, en Belgique
Le patron de l’OTAN, le Néerlandais Mark Rutte, préférait ne pas répondre quand des journalistes lui demandaient quelle serait la réponse de l’alliance militaire si un de ses membres en attaquait un autre.
Quelques semaines plus tard, après que Donald Trump a proclamé le « jour de la libération » en distribuant les droits de douane à qui mieux mieux, les mêmes dirigeants européens se sont lancés dans une campagne de séduction pour se sauver les fesses. Keir Starmer, au Royaume-Uni, s’est assuré de traiter Donald Trump en roi pour s’attirer ses faveurs. L’Union européenne a conclu un accord commercial qui ressemblait à une capitulation. Difficile d’oublier l’air servile d’Ursula von der Leyen lors des négociations qui ont eu lieu au club de golf de Donald Trump en Écosse. La cajolerie et l’apaisement étaient les maîtres mots.
Bien sûr, cette stratégie s’explique. Les Européens avaient en tête l’Ukraine et craignaient de perdre le soutien des États-Unis. Comme bien d’autres, ils voulaient aussi passer sous le radar d’un président aussi imprévisible que changeant.
Un an plus tard, on peut conclure que cette approche a lamentablement échoué. Non seulement Donald Trump en beurre à nouveau épais sur son désir d’acquérir le Groenland, un territoire danois autonome, mais il prend à partie huit alliés de l’OTAN qui osent prudemment en défendre la souveraineté et l’intégrité territoriale. Plusieurs d’entre eux ont envoyé quelques dizaines de soldats au sol au Groenland dans une « mission de reconnaissance » symbolique. Contre la France, l’Allemagne, le Royaume-Uni, les Pays-Bas, la Suède, le Danemark, la Finlande et la Norvège, le président américain transforme de nouvelles menaces de droits de douane en sanctions politiques.
La réaction européenne, elle, est complètement divisée. Certains, comme Emmanuel Macron, évoquent la possibilité d’utiliser des contre-tarifs, grâce notamment à un outil anti-coercition dont s’est munie l’Union européenne. Giorgia Meloni, en Italie, parle d’un « malentendu ».
Keir Starmer, à Londres, semble s’opposer à des représailles commerciales en disant qu’il ne veut « pas en arriver » à une guerre tarifaire. Que quelqu’un lui donne une copie du Financial Times, s’il vous plaît !
Pourtant, l’Europe se retrouve en meilleure position que l’an dernier pour mettre son pied à terre, note Frédéric Mérand, directeur du département de science politique de l’Université de Montréal et grand expert de la politique européenne. En pratique, les États-Unis ont déjà largement laissé tomber l’Ukraine, fait-il valoir, se contentant de vendre des armes aux Européens. Politiquement, les visées du président américain sur le Groenland sont impopulaires au sein de son électorat, ajoute-t-il.
L’occasion semble belle pour tracer la ligne rouge qui doit l’être. Mais pour ça, l’Europe doit accepter que le lien transatlantique n’est plus ce qu’il était. Et elle doit prendre l’administration Trump au sérieux quand cette dernière dit que la paix passe par la force.
Parce que de la force, l’Europe en a. D’abord la force du nombre avec un ensemble géopolitique de plus de 28 pays (si on compte le Royaume-Uni) et un bassin démographique de près de 500 millions de personnes. Sans oublier la deuxième force économique en importance au monde après les États-Unis, devant la Chine.
Bien utilisées, à quelques mois des élections de mi-mandat aux États-Unis, ces forces ont le potentiel de faire reculer le plus grand intimidateur du monde. Sans un coup de feu.
Et dans tout ça, où se trouve le Canada qui, apprenait-on lundi, se demande s’il doit envoyer des troupes au Groenland ?
Il doit réaliser que le combat de l’Europe est le sien et ne pas lésiner sur les moyens.
1. Lisez la chronique « L’humour lâche de l’Europe »
Résumé
Table ronde « On se demande quand les Américains en auront assez vu »

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Les experts en politique américaine, Frédérick Gagnon et John Parisella, lors d’une table ronde organisée avec des lecteurs de La Presse
[

Vincent Brousseau-Pouliot La Presse
](https://www.lapresse.ca/auteurs/vincent-brousseau-pouliot)
Ça fait un an aujourd’hui que Donald Trump est revenu à la Maison-Blanche. Et l’année a été pour le moins étourdissante. À l’invitation de La Presse, une quinzaine de lecteurs sont venus faire le point et poser leurs questions à deux experts en politique américaine, Frédérick Gagnon et John Parisella.
Publié à 6 h 00

« On a survécu à Trump une fois, on va lui survivre une deuxième fois », lance John Parisella.
Cette promesse, l’ancien délégué du Québec à New York et Washington la fait à une quinzaine de lecteurs qui ont bravé une tempête de neige la semaine dernière pour discuter d’une autre tempête qui bouscule nos vies depuis un an : Donald Trump.
Tenter de survivre à Donald Trump. C’est le sentiment qui anime beaucoup de Québécois après cette première année du deuxième mandat de l’administration Trump.
« On a 365 jours de faits. Il ne reste plus que 1000 jours », résume Frédérick Gagnon, professeur de sciences politiques à l’Université du Québec à Montréal (UQAM), titulaire de la Chaire Raoul-Dandurand en études stratégiques et diplomatiques et spécialiste de la politique américaine.
L’année 2026 en résumé à la Maison-Blanche : guerre commerciale, menace d’annexion du Canada, agents de l’ICE et soldats dans plusieurs villes, menaces contre le Groenland, attaques répétées contre l’État de droit et le système de justice, opération militaire au Venezuela.
Vous vous sentez étourdis après ces 365 jours ? « C’est exactement ce que Trump veut : nous étourdir et nous faire perdre le fil », dit Frédérick Gagnon.

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John Parisella
Première chose à se rappeler : la première année du deuxième mandat de l’administration Trump « n’a pas été un grand succès », dit John Parisella, qui a été délégué général du Québec à New York de 2009 et 2012. Il a aussi participé comme bénévole à plusieurs campagnes présidentielles américaines, dont celle de Barack Obama en 2008.
« L’économie n’a pas été un succès, l’abordabilité non plus. Dans les sondages, les Américains n’aiment pas sa gestion de l’économie et trouvent qu’il passe trop de temps à l’international », dit celui qui est aujourd’hui conseiller spécial à la firme de relations publiques National.
Selon un sondage Gallup, Donald Trump a un taux d’approbation de 36 %. Aucun président n’a été si peu populaire après 11 mois de mandat… sauf Donald Trump lors de son premier mandat.

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Des militants ont déployé une immense copie d’une photo de Donald Trump et Jeffrey Epstein près du Capitole, en décembre dernier
Sur le plan politique, Donald Trump est aussi aux prises avec un problème persistant : l’affaire Jeffrey Epstein. « L’affaire Epstein, ça ne disparaîtra pas », dit John Parisella.
Chantal Daumas, une lectrice qui s’est déplacée pour jaser de politique américaine, s’étonne qu’on ne parle pas souvent de la santé mentale du président américain. « Je trouve qu’il est mégalomane et qu’il délire. Est-il fou ou dangereux ? »
Nos deux experts n’étant pas psychiatres, ils se sont gardé une petite gêne côté diagnostic.
« Je n’ai pas cette expertise, mais je dirais que tous les présidents en fin de parcours pensent à ce qu’ils vont léguer comme héritage, dit Frédérick Gagnon. Quand on voit ce qui se passe au Venezuela et avec la nouvelle Stratégie de sécurité nationale, il me semble qu’on a affaire à un président qui commence à penser à ça. »
Danièle Bourassa, elle, se demande ce qu’on peut faire pour contrer la montée de l’autoritarisme, du racisme, de la xénophobie et de la misogynie alimentée par l’administration Trump.
« Vous posez une bonne question », dit Frédérick Gagnon, qui s’inquiète aussi de l’érosion de la démocratie américaine.

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Frédérick Gagnon
Malheureusement, la réponse n’est pas simple. « Depuis que Donald Trump est dans le décor, on se demande quand les Américains en auront assez vu, dit Frédérick Gagnon. Je pensais que ce serait l’assaut du Capitole le 6 janvier 2021. Ça prendra plus que ça. »
La décision de Washington qui a le plus retenu l’attention au Canada depuis un an : la guerre commerciale lancée par la Maison-Blanche.
Optimiste, John Parisella pense que le Canada parviendra à renouveler son accord de libre-échange avec les États-Unis. En même temps, la relation commerciale avec les Américains ne reviendra jamais comme auparavant, convient-il.
Peu importe ce qui arrivera, certains tarifs vont rester. Mais je continue à penser qu’il va éventuellement y avoir une entente de libre-échange.
John Parisella, expert en politique américaine
« Nos économies sont intégrées. On est le premier marché pour plus de 30 États américains », rappelle John Parisella.
Le Canada sortira-t-il gagnant des négociations ? Oui et non, estime John Parisella. « Trump, il faut qu’il gagne dans sa tête à lui. Quand il a signé l’ACEUM [l’accord de libre-échange Canada–États-Unis–Mexique] en 2018, Trump avait gagné dans sa tête. Mais des experts qui ont analysé l’accord vont vous dire que le Canada ne s’en est pas trop mal tiré. » Le truc, selon lui, serait donc de faire croire à Donald Trump qu’il a gagné, en arrachant un match relativement nul sur le fond.
Évidemment, c’est plus facile à dire qu’à faire, tout le monde en convient.
Avec la nouvelle politique étrangère impérialiste de l’administration Trump, le Canada peut-il préserver sa souveraineté ?, demande un lecteur.
« C’est inquiétant pour le Canada parce que Trump s’attend à ce que le Canada s’aligne parfaitement avec ce qu’il souhaite », dit Frédérick Gagnon, qui a été chercheur dans plusieurs universités américaines.
Il reste trois autres années au mandat de Donald Trump à la Maison-Blanche. À quoi peut-on s’attendre ?
À court terme, pour 2026, Frédérick Gagnon et John Parisella prédisent tous deux que les démocrates reprendront le contrôle de la Chambre des représentants – mais pas du Sénat – aux élections de mi-mandat, en novembre. C’est ce que les sondages prédisent pour l’instant.
Comme l’administration Trump se comporte à plusieurs égards comme un régime autoritaire*,* ces élections de mi-mandat seront un test pour la démocratie américaine. « Les leaders autoritaires n’annulent pas les élections, mais essaient de faire en sorte qu’elles produisent des résultats avantageux pour eux, dit Frédérick Gagnon. On voit déjà toutes sortes de stratégies pour décourager le vote de certains groupes. »
Au-delà de la mission d’expulser les migrants non documentés, l’ICE semble avoir une autre mission dont on parle moins, celle de décourager certaines personnes d’aller voter, ce qui pourrait avantager les républicains.
Frederick Gagnon, expert en politique américaine
Même en cas de victoire des démocrates, Frédérick Gagnon doute que Donald Trump se mette soudainement à respecter l’autorité de la Chambre des représentants. Il pourrait vouloir continuer de gouverner par décrets en 2027 et 2028.
« L’autre gros point d’interrogation, c’est la sortie de Trump », rappelle Frédérick Gagnon. En théorie, il n’a pas le droit de se représenter en 2028. Mais il entretient le flou à ce sujet.
Y a-t-il un peu d’espoir dans tout ça ?
Oui, quand même.
Frédérick Gagnon espère encore qu’une cassure finisse par se produire entre Donald Trump et l’électorat républicain (son taux d’approbation est actuellement à 89 % chez les électeurs républicains, selon Gallup).
John Parisella, lui, garde espoir en se rappelant une autre époque de l’histoire des États-Unis, encore plus dramatique à son avis.
« Dans les années 1960, on a failli avoir une guerre mondiale avec l’URSS et Cuba. Il y a eu les assassinats de John F. Kennedy, de Martin Luther King et de Robert F. Kennedy. Il y a eu la guerre au Viêtnam. Les Américains se sauvaient au Canada pour ne pas aller à la guerre. Ce pays existe depuis 250 ans. Il y a eu l’esclavage, la guerre civile. Je continue de penser que les Américains vont trouver une façon de s’en sortir. »
Chantal Daumas, une lectrice qui s’est déplacée pour jaser de politique américaine, s’étonne qu’on ne parle pas souvent de la santé mentale du président américain. « Je trouve qu’il est mégalomane et qu’il délire. Est-il fou ou dangereux ? »