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La Presse
, samedi 19 septembre
Vieux-Port de Montréal Une « privatisation » dénoncée

PHOTO PATRICK SANFAÇON, LA PRESSE
Pancarte faisant partie d’une campagne d’affichage dans le Vieux-Port de Montréal
Des syndicats unissent leurs forces pour dénoncer « la privatisation du Vieux-Port de Montréal » qui réduit selon eux l’accès public au fleuve depuis quelques années. Des pancartes ont fait leur apparition dans le quartier ces derniers jours pour mettre de la pression sur les gouvernements.
Publié le 18 août
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Henri Ouellette-VézinaLa Presse
« Le paysage change tranquillement, mais sûrement, sans qu’on s’en aperçoive. Et pas nécessairement pour les bonnes raisons », dénonce le délégué du Syndicat des employés du Vieux-Port de Montréal (SEVPM), Tarik Kandou.
Son groupe est à l’origine, avec la section québécoise de l’Alliance de la fonction publique du Canada (AFPC), d’une campagne d’affichage ayant débuté récemment, sans tambour ni trompette, pour mobiliser les citoyens et les élus.

PHOTO PATRICK SANFAÇON, LA PRESSE
Une campagne d’affichage a débuté récemment, sans tambour ni trompette, pour mobiliser les citoyens et les élus.
« Gardons une fenêtre ouverte sur le fleuve. Arrêtons la privatisation du Vieux-Port de Montréal », peut-on lire sur des pancartes bleues apposées un peu partout, avec une photo du quai de l’Horloge en arrière-plan. Le tout renvoie vers une plateforme incitant les gens à écrire à leur député.
M. Kandou cite plusieurs exemples pour imager le phénomène, dont la fermeture définitive de la patinoire du Vieux-Port, l’an dernier, pour des raisons financières. « C’était une destination de choix pour tout le monde en hiver. On peut ajouter à ça le cinéma IMAX qui n’est plus ouvert le week-end, et les coupes de postes à la Société du Vieux-Port », note-t-il.

PHOTO OLIVIER PONTBRIAND, ARCHIVES LA PRESSE
La patinoire du Vieux-Port de Montréal, dont la fermeture a été annoncée l’an dernier
Selon lui, « la population voulait et avait historiquement droit à un accès libre au fleuve, avec le gouvernement fédéral comme gardien du secteur. Aujourd’hui, on voit le contraire. Avec la grande roue, les bateaux pirates, les tyroliennes, le saut à l’élastique, et toutes ces attractions qui occupent un espace qui était public à la base, la fenêtre sur le fleuve, elle se referme », martèle le responsable syndical.
Ce sont plusieurs incidents isolés qui dessinent une tendance très claire : il y a plus de promoteurs privés, et de moins en moins d’accès publics au fleuve.
Tarik Kandou, délégué du Syndicat des employés du Vieux-Port de Montréal
Pour Danielle Pilette, professeure spécialisée dans les affaires municipales à l’Université du Québec à Montréal (UQAM), la position des syndicats « est compréhensible, mais s’inscrit dans un contexte politique plus large ».
« Le Vieux-Port, ça a été un outil de visibilité pour le gouvernement fédéral à un moment où il en avait besoin, mais on n’est plus vraiment là actuellement. La réalité, c’est que plus on va avoir de grands projets immobiliers importants, moins ce territoire va être destiné au plus grand nombre », estime Mme Pilette.
Révision de vocation ?
L’experte prévoit qu’à court terme, dans les prochaines années, « le secteur va rester accessible, mais à de nouvelles clientèles plus limitées. […] L’accès au fleuve va se faire plus à l’est à terme, je pense. Dans le coin, il restera quand même l’accès au fleuve garanti dans le projet Molson », remarque-t-elle.
Appelés à réagir, le cabinet de la mairesse Soraya Martinez Ferrada et la Société du Vieux-Port de Montréal n’ont pas souhaité commenter le dossier.
En campagne électorale l’automne dernier, Mme Martinez Ferrada avait dit souhaiter une plus grande intégration du Vieux-Port, dont la gestion relève de la Société immobilière du Canada (SIC), avec le reste de l’île de Montréal.

PHOTO SARAH MONGEAU-BIRKETT, ARCHIVES LA PRESSE
Le parc Voiles en Voiles propose des activités dans un univers de piraterie, dans le Vieux-Port de Montréal.
L’élue s’était notamment engagée à « reconnecter le Vieux-Port, le centre-ville et la Cité-du-Havre pour améliorer la circulation et renforcer la sécurité », sans toutefois donner davantage de détails.
Plus récemment, son administration a aussi annoncé vouloir revoir le projet de « royaume des piétons » dans le Vieux-Montréal avancé par l’ex-mairesse Valérie Plante. Un mandat a été confié au Service d’urbanisme pour assurer l’accès aux véhicules sans nuire à la sécurité des passants.
Une consultation en vue
Pour planifier la suite, l’AFPC-Québec et le SEVPM invitent maintenant les citoyens et résidants à une « consultation publique alternative » sur l’avenir de ce secteur névralgique.
Le tout aura lieu dans quelques mois, le 17 novembre prochain, mais il est déjà possible de s’inscrire en ligne sur le site web des deux syndicats. L’objectif est de recueillir un maximum d’opinions dans un rapport qui sera ensuite transmis aux autorités compétentes.
Selon les données actuelles de la Ville, le Vieux-Port s’étend sur un territoire récréotouristique public d’environ 40 hectares. Les lieux sont visités par environ 6 millions de personnes chaque année, dont près de 39 % de touristes. Le long du fleuve Saint-Laurent, le site fait environ 2,5 kilomètres de longueur.