Verrues urbaines

Verrues urbaines

PHOTO BERNARD BRAULT, LA PRESSE

Les silos de la Canada Malting, 5022, rue Saint-Ambroise

Elles sont parfois abandonnées, parfois entretenues. Parfois vacantes, parfois occupées. Mais elles ont toutes un point en commun : elles sont laides. Les verrues urbaines défigurent des portions importantes du cœur de Montréal. Pendant que les propriétaires s’en lavent les mains ou appellent à la patience, l’administration municipale se dit impuissante.

Publié le 16 mai 2021 à 5h00

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Philippe Teisceira-Lessard Philippe Teisceira-Lessard
La Presse

Dix verrues parmi tant d’autres

Pourquoi ne pas trouver et contacter les propriétaires d’immeubles qui défigurent Montréal afin de leur demander des comptes sur l’état de leur propriété ? C’est avec cette idée en tête que La Presse a établi une liste de 10 verrues urbaines particulièrement répugnantes, présentées ici sans ordre particulier. La liste aurait pu s’allonger bien davantage, mais nos choix se veulent représentatifs.

L’ancienne gare Centrale d’autocars

1717, rue Berri

PHOTO BERNARD BRAULT, LA PRESSE

L’ancienne gare Centrale d’autocars, 1717, rue Berri

Une décennie après l’inauguration de la nouvelle gare d’autocars de Montréal, les touristes et les autres voyageurs qui l’empruntent doivent toujours longer le cadavre de la précédente pour rallier la station de métro Berri-UQAM. Adopté par les sans-abri, bordé de clôtures métalliques récemment recouvertes d’un filet de sécurité, le bâtiment brun tranche face à la Grande Bibliothèque. L’édifice a récemment été récupéré par la Ville de Montréal, qui y loge une entreprise d’économie sociale et un organisme communautaire. Mais le responsable de l’habitation de l’administration Plante, Robert Beaudry, promet de lancer un chantier pour trouver une idée de réaménagement.

Les Silos de la Canada Malting

5022, rue Saint-Ambroise

PHOTO BERNARD BRAULT, LA PRESSE

Les Silos de la Canada Malting, 5022, rue Saint-Ambroise

Les silos de la Canada Malting, près du canal de Lachine, sont un témoin important de l’histoire industrielle de Montréal. Mais leur état est tellement dégradé qu’ils constituent plutôt une tache dans le Sud-Ouest. La situation compromet « la sécurité du public et également la valeur patrimoniale du site », selon l’Office de consultations publiques de Montréal (OCPM). Le complexe appartient à la famille Quon depuis au moins 20 ans. Au domicile familial, une femme a sèchement répondu à La Presse que personne ne désirait commenter le sujet. Un projet de réaménagement annoncé en 2017 par la firme Renwick ne s’est jamais concrétisé.

Ensemble résidentiel vacant

4651, rue Saint-André

PHOTO BERNARD BRAULT, LA PRESSE

Appartements vacants, 4651, rue Saint-André

Leur emplacement au cœur du Plateau en ferait des logements parfaits pour de nombreuses jeunes familles, mais les appartements de Stevens Coulombe sont vacants, barricadés et clôturés depuis au moins 2017, angle de Bienville et Saint-André. La même année, le journal Metro a rapporté que M. Coulombe s’était vu refuser un permis de démolition pour cet ensemble immobilier. Le promoteur n’en est pas à ses premières frictions avec une autorité municipale : la Ville de Québec vient tout juste de l’exproprier de la Maison Pollack, un bâtiment patrimonial qu’il aurait malmené, sur la Grande Allée. M. Coulombe n’a pas rappelé La Presse.

Maisons défigurées

1816, rue Atateken

PHOTO BERNARD BRAULT, LA PRESSE

Maisons vacantes, 1816, rue Atateken

Ces maisons d’ouvriers appartiennent à la Société d’habitation et de développement de Montréal (SHDM), un organisme paramunicipal, et sont vacantes. Contrairement à d’autres bâtiments de ce palmarès, aucun risque qu’elles s’écroulent. Il y a quatre ans, l’organisation a fait installer d’énormes barres de fer qui défigurent l’édifice pour retenir la façade de briques. L’édifice avait de graves problèmes de structure, a indiqué la présidente de la SHDM, Johanne Brunet, en entrevue téléphonique. « Refaire complètement les fondations, ce sont des investissements majeurs », a-t-elle souligné. Surtout que l’immeuble de 1870 est promis à la démolition pour laisser la place à un projet à l’intention des sans-abri.

Un triplex avec vue

211, avenue du Mont-Royal Ouest

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Ce triplex face au mont Royal possède l’une des meilleures vues de Montréal, mais offre un coup d’œil médiocre aux passants, avec sa façade en très mauvais état. Il appartient depuis 2019 à Brandon Shiller et Jeremy Kornbluth, deux hommes d’affaires montréalais qui ont récemment fait les manchettes après avoir été accusés par leurs locataires de faire des rénovictions. MM. Shiller et Kornbluth rénovent de fond en comble l’immeuble, que La Presse a pu visiter début mai, pour en faire des appartements. « On met de l’amour », a expliqué M. Kornbluth, qui dit attendre un permis de la Ville pour s’attaquer à la façade.

Un immeuble en ruine

1892, rue Saint-Timothée

PHOTO BERNARD BRAULT, LA PRESSE

Immeuble vacant, 1892, rue Saint-Timothée

Cet immeuble de trois étages de la rue Saint-Timothée, dans Centre-Sud, était déjà dans un état déplorable en 2007, les plus vieilles images disponibles sur Google Images. Il est adjacent à un terrain vague donnant sur la rue Ontario, ceint de murs temporaires, eux aussi érigés depuis au moins 2007. Il appartient à Marcel H. Taillefer depuis 30 ans. Pourquoi laisse-t-il son immeuble en si mauvais état ? « Je ne pourrais pas vous répondre, a-t-il dit à La Presse. Je n’ai pas le goût de faire les manchettes. »

L’ancienne Cantina

9090, boulevard Saint-Laurent

PHOTO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE

L’ancien restaurant La Cantina, 9090, boulevard Saint-Laurent

L’ex-restaurant La Cantina, associé à la mafia montréalaise, a été incendié en 2014. Depuis, le bâtiment barricadé enlaidit une portion du boulevard Saint-Laurent – juste au nord de l’autoroute Métropolitaine – déjà difficile à aimer. La construction est en mauvais état et son rez-de-chaussée est couvert d’affiches. Ses propriétaires depuis 2015, les hommes d’affaires Mark et Ronnie Gottlieb, cherchent à vendre le bâtiment avec une grosse affiche sur le flanc de la construction. « Pour l’instant, je n’ai aucun commentaire à ce sujet-là », a affirmé M. Gottlieb lorsque La Presse l’a joint.

Un garage au cœur d’une revitalisation

1441, boulevard Saint-Laurent

PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE

Ancien garage, 1441, boul. Saint-Laurent

Alors que la portion du boulevard Saint-Laurent située entre Sherbrooke et René-Lévesque se développe rapidement, depuis quelques années, cet ancien garage fait le chemin inverse. Fermé depuis au moins cinq ans, le bâtiment est barricadé et clôturé. Peter et Sheldon Schreter sont propriétaires du terrain depuis 1993. Le premier était fort mécontent de nos questions quant à l’entretien de la propriété. « À mon avis, vos questions sont ridicules, a-t-il dit. C’est une localisation très importante et il y aura une décision probablement dans 6 à 12 mois quant à ce qui sera construit à cet endroit. » Le bâtiment a été repeint il y a quelques jours.

Un immeuble de coin abandonné

920, avenue Duluth

PHOTO BERNARD BRAULT, LA PRESSE

Immeuble vacant, 920, avenue Duluth

Cet immeuble de coin est barricadé depuis au moins 2018, après l’évacuation de ses locataires par les services d’urgence en raison de son état structurel. En pleine avenue Duluth, il a piètre allure avec ses affiches à moitié décollées, ses graffitis et sa façade de briques en mauvais état. Il a été très récemment acquis par Darren Reid et Mark Dichter, de la firme Verterra Developments. « Nous avons récemment acheté cette propriété pour la restaurer et en faire un nouveau projet », a indiqué M. Reid par courriel. « Nous travaillons avec la Ville pour déterminer le meilleur projet pour le quartier. »

Une façade en clôture Frost

3744, rue Saint-Denis

PHOTO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE

Immeuble abritant des bureaux du Centre de services scolaire de Montréal, 3744, rue Saint-Denis

Cet immeuble, une ancienne école professionnelle, abrite maintenant des bureaux du Centre de services scolaire de Montréal. Depuis quelques mois, son parement de briques est complètement recouvert de treillis métallique rappelant les clôtures Frost. Dans un courriel à La Presse, le porte-parole de l’organisation évoque une « sécurisation temporaire de l’enveloppe de ce bâtiment ». « Les plans et devis sont en préparation. Une demande de permis à l’arrondissement du Plateau-Mont Royal cheminera pour approbation », a affirmé Alain Perron. « L’échéancier de réalisation des travaux devra cependant être coordonné avec un projet de réfection des infrastructures municipales. »

Des outils pour la sécurité, rien pour la beauté

Les services municipaux d’inspection disposent d’outils puissants pour s’assurer que les immeubles sont sûrs, mais pas pour faire en sorte qu’ils soient beaux, déplore l’administration Plante.

PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, ARCHIVES LA PRESSE

Robert Beaudry, responsable de l’habitation au sein de l’administration Plante

Robert Beaudry, responsable de l’habitation au sein de l’administration Plante, a expliqué en entrevue que la Ville de Montréal est essentiellement impuissante devant une propriété qui pollue visuellement un quartier. Et certains propriétaires, animés d’un « pur esprit spéculatif », en profitent allègrement.

« Nos pouvoirs sont essentiellement dans ce qui touche la sécurité. On a des leviers là-dessus », a-t-il dit en entrevue téléphonique avec La Presse.

Après, on ne peut pas forcer quelqu’un à développer. […] S’il paie ses taxes, il a son droit de propriété.

Robert Beaudry, responsable de l’habitation au sein de l’administration Plante

Rien n’empêche un propriétaire d’immeuble de le barricader en attendant une offre alléchante d’un promoteur immobilier.

C’est un problème réel, de l’avis de M. Beaudry. « La différence entre notre administration et les administrations précédentes, c’est qu’on a reconnu l’enjeu des bâtiments vacants et leur impact négatif sur le tissu urbain », a-t-il fait valoir. Un bâtiment patrimonial, par exemple, ne peut pas rester inoccupé pendant des années sans qu’il y ait un impact (parfois irrémédiable) sur son état physique.

Pas de solution tous azimuts

L’élu croit qu’il n’y a pas de solution tous azimuts pour lutter contre la déréliction immobilière à Montréal. La Ville peut intervenir directement de façon exceptionnelle pour acquérir un immeuble d’intérêt, mais n’a pas vocation à acheter chaque duplex barricadé, a souligné M. Beaudry.

Quand le bâtiment a une certaine taille, la Ville « peut faire des partenariats pour faire des usages transitoires » en logeant des commerces ou des entreprises sur une base temporaire, a-t-il dit. « Il faut qu’on s’assure que ce soit sécuritaire », toutefois.

Quant aux « petites verrues urbaines », « c’est beaucoup plus difficile », a-t-il dit. Des programmes sont en place pour appuyer les propriétaires de bonne foi, notamment en donnant un coup de pouce financier pour les rénovations de façades commerciales.

Le silo no 5 dans la brume

PHOTO DAVID BOILY, ARCHIVES LA PRESSE

Le silo no 5 du port de Montréal

Est-ce une verrue ou un chef-d’œuvre ? Le silo no 5 du port de Montréal, devenu un symbole de la métropole, continue aujourd’hui son éternelle quête d’une seconde vie. Un appel public à propositions pour sa revitalisation a été lancé il y a plus de deux ans par son propriétaire – la Société immobilière du Canada (SIC) – sans que le résultat n’ait jamais été annoncé au public. Selon les informations publiées par La Presse quelques mois plus tard, c’est le développeur Devimco qui a remporté la mise. Avec quel projet ? Impossible de le savoir. « Le processus de diligence suit son cours », se limite à dire Marcelo Gomez-Wiuckstern, porte-parole de l’organisation. Silence radio chez Devimco aussi. La SIC avait déjà échoué à revitaliser le secteur à temps pour le 375e anniversaire de Montréal, tel qu’elle le planifiait en 2010. De multiples autres projets sur ces lieux emblématiques sont morts dans l’œuf au fil des années.
https://www.lapresse.ca/actualites/grand-montreal/2021-05-16/verrues-urbaines.php

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C’est encore plus triste quand c’est un bâtiment public, comme le centre de services scolaire de Montréal. Au moins on sait qu’une restauration s’en vient, hâte de voir ça, ce coin mérite beaucoup d’attention.

Sinon, sans surprise, pour les propriétés privées, pas de vraies réponses et du monde agressif de se faire pointer qu’ils défigurent la ville.

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Intéressant cet article !

Je ne connaissais pas “La Cantina” et étant pas mal intéressé par l’histoire du crime organisé je me demande quels autres bâtiments de Montréal ont un passé trouble comme celui-ci. Je sais que l’héritage du vieux port (ancien entrepôt frigorifique) en fait parti ainsi que la rue “mafia row”.

Oui, tout à fait. Voilà un gros bâtiment que l’on pourrait convertir pour des logements sociaux par exemple. Il me semble que la ville pourrait facilement accélérer la demande étant donné la situation actuelle. Tout ce secteur aurait besoin d’attention car il est extrêmement bien situé, très central et près d’une station de métro.

Le bâtiment est encore en usage par la CSDM, le bâtiment qui mériterait d’être reconfiguré dans le secteur c’est son voisin d’en face, l’Institut des Sourds et muets qui lui n’est pas une verrue, mais avec ses clôtures et ses filets de protections… il va finir par le devenir…

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Un trio de mal-aimés

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Pourtant moi j’aime les trois!!!

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le 1441 st Laurent a effectivement été repeint. Est-ce que l’on connaît la nature du développement qui s’en vient ?

J’ai un sentiment que ça va être quelque chose comme l’ancienne usine Salada sur le bord de la 40

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Un “classique” [sigh… :roll_eyes:] du boul. Saint-Laurent, pas loin de Chabanel,… depuis plus de 8 ans !

L’ancien resto La Cantina toujours placardé

journaldesvoisins.com | Publié le 04 avril 2022 | Vie de quartier | Stéphane Desjardins, journaliste indépendant


Édifice où se situait le restaurant La Cantina, en date du 25 mars 2022 (Photo : jdv – Philippe Rachiele)

L’immeuble du 9090, boul. Saint-Laurent ne paye toujours pas de mine. Et il n’y a aucun signal à l’horizon pour que ça change.

L’immeuble qui abritait le restaurant La Cantina, angle Saint-Laurent et Legendre, demeure dans un état délabré depuis huit ans. Comme le rapportait Journaldesvoisins.com, début décembre 2014, près de 80 pompiers avaient combattu un incendie qui s’était déclaré le 3 novembre 2014 dans le restaurant. Sur place, le JDV avait constaté la présence de l’unité des incendies criminels de la police de Montréal. Une semaine auparavant, un cocktail molotov avait été lancé dans le restaurant, sans faire trop de dommages.

Deux autres incendies se sont déclarés dans ce restaurant, le 24 novembre 2014 et le 2 février 2015. Dans ce dernier cas, un des véhicules des pompiers était entré en collision avec un autobus de la STM, les deux conducteurs ayant été blessés.

L’un des parrains de la mafia montréalaise, Vito Rizzuto, décédé en 2013, fréquentait régulièrement le restaurant La Cantina. L’un des anciens propriétaires, lui aussi associé au crime organisé, Federico Del Pescio, proche du clan des Rizzuto, avait été assassiné par balles dans le stationnement, en août 2009.

En 2015, le bâtiment a changé de mains. Les nouveaux propriétaires, Mark et Ryan Gottlieb, ont cherché à le vendre pendant plusieurs années. Ils n’ont pas retourné nos appels.

Pas abandonné

L’immeuble de trois étages n’est pas vide. La mairesse de l’arrondissement d’Ahuntsic-Cartierville, Émilie Thuillier, nous a confirmé que les propriétaires ont rencontré les fonctionnaires de l’arrondissement pour connaître les règlements en cas de rénovations.

« Ils ont choisi de réaliser un projet qui concorde avec le zonage actuel, explique Mme Thuillier. En juillet 2021, l’arrondissement a émis un permis pour transformer les deuxième et troisième étages en ateliers d’artistes. Les travaux ont été effectués. Ils ont notamment changé les fenêtres. »

Les étages serait d’ailleurs toujours occupés par leurs locataires. Mais pas le rez-de-chaussée, qui demeure placardé. En mai 2021, le journal La Presse classait La Cantina parmi une liste des pires verrues urbaines de Montréal.


Vue de côté de l’édifice de l’ancien restaurant La Cantina (Photo : jdv – Philippe Rachiele)

« Comme arrondissement, nos pouvoirs sont très limités, conclut Mme Thuillier. On gère les usages, pas la beauté des bâtiments. Nous pouvons agir s’il y a plainte pour salubrité ou sécurité de la voie publique, ce qui n’est pas le cas ici. On ne peut pas forcer un propriétaire à effectuer des travaux parce que l’apparence de son immeuble laisse à désirer, malheureusement. »

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Extrait d’un article sur la dernière réunion du conseil d’arrondissement d’Ahuntsic-Cartierville, du 11 avril:

6- La fin d’un fantôme urbain

La bâtisse située au 2547, boulevard Gouin Est sera démolie. Malgré son état délabré, elle a trouvé une nouvelle propriétaire il y a deux ans. On apprenait lors de la réunion que celle-ci compte la mettre à terre pour construire une nouvelle maison unifamiliale.


Évolution du 2547, boulevard Gouin Est sur 10 ans. (Google street view – Montage JDV)

L’édifice est une résidence détachée de deux étages qui a été construite entre 1907 et 1913. Elle est dans un état avancé de décrépitude et elle est barricadée depuis 2017.

Toutefois, la résolution du conseil d’arrondissement qui autorise la démolition souligne que le bâtiment, de type boomtown, est situé dans le village patrimonial du Sault-au-Récollet et jouxte le parc-nature de l’Île-de-la-Visitation. La nouvelle construction sera probablement scrutée de près par les défenseurs du patrimoine historique à Ahuntsic-Cartierville.

Curieusement, terrain et maison de cette adresse sont encore à vendre actuellement pour la modique somme de 775 000$. Le JDV a pu le constater, alors qu’un lecteur nous a fait parvenir cette annonce de Marie-Yvonne Paint, courtière. Peut-être la propriétaire veut-elle faciliter la vie des futurs acheteurs en faisant démolir?

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Habitation et immobilier

Peut-on se battre contre un immeuble laid?

Les immeubles laids peuvent avoir des conséquences sur la vie du voisinage. Photo: iStock

Zoé Magalhaès

29 septembre 2022 à 7h00 7 minutes de lecture

Ce qui compte c’est la beauté intérieure, non? Et bien peut-être pas quand on parle d’architecture. En effet, personne ne rêve de voir un gros bloc de béton de 15 étages s’implanter dans son quartier. Mais quand ça arrive, qui doit-on blâmer? Et surtout existe-t-il des recours? Métro s’est penché sur la question.

La laideur c’est subjectif, c’est sûr, mais il existe quand même quelques indices qui indiquent qu’un immeuble est laid, reconnaît François Racine, architecte et professeur au département d’études urbaines et touristiques de l’UQAM.

«On trouve souvent qu’un bâtiment est laid quand il détonne – par sa taille, ses couleurs, ses matériaux -, quand il écrase la rue, ou qu’il a une façade aveugle par exemple. Un immeuble laid c’est un immeuble qui ne s’intègre pas à son environnement», résume-t-il.

Quand un projet immobilier est imaginé, l’architecte doit donc prendre en compte les bâtiments alentour, l’espace public et le paysage pour faire des choix esthétiques en adéquation avec son environnement.

Ça serait donc la faute d’architectes qui ne connaissent pas le bon goût si des immeubles moches voient le jour? En réalité c’est un peu plus compliqué que ça.

À qui la faute?

Pour comprendre d’où viennent les immeubles laids, quelques explications s’imposent concernant la manière dont les permis de construire sont accordés aux projets immobiliers au Québec. Deux scénarios sont possibles, explique Danielle Pilette, urbaniste et professeure associée au département de stratégie, responsabilité sociale et environnementale de l’ESG-UQAM.

«Soit le projet répond de plein droit aux exigences de la ville en matière d’urbanisme et dans ce cas la demande est simplement examinée par un fonctionnaire avant d’être approuvée. Soit le projet relève de ce qu’on appelle l’urbanisme discrétionnaire, parce qu’il sort des normes, qu’il s’agit d’un projet particulier de construction ou qu’il se trouve dans une zone qui dispose d’un plan d’implantation et d’intégration architecturale [PIIA]», précise-t-elle.

Dans le premier cas, tant que le projet respecte toutes les normes dictées par le règlement d’urbanisme, l’aspect esthétique n’est pas pris en compte. En revanche, en urbanisme discrétionnaire, le projet peut être évalué selon des critères esthétiques et environnementaux.

«On pense à une harmonisation des couleurs, des matériaux extérieurs avec les bâtiments voisins, la végétation à proximité, la protection de l’ensoleillement du voisinage, la protection des percées visuelles vers une montagne, un cours d’eau, etc.», illustre l’experte.

C’est à l’architecte de réfléchir à un aménagement intelligent et bien intégré, mais la responsabilité est partagée avec la municipalité puisque c’est elle qui établit les normes et les critères.

François Racine

Mais un autre facteur entre aussi en jeu, souligne Danielle Pilette, celui de la contrainte économique qui pousse les promoteurs à faire des concessions sur l’esthétique pour des questions de rentabilité. Un constat que partage d’ailleurs Jean-Pierre Du Sault, membre du Club d’investisseurs immobiliers du Québec.

«Avec la pénurie de main-d’œuvre, la rareté des terrains et la hausse des taux, les contraintes économiques sont importantes. On est parfois forcé de simplifier un projet sur le plan architectural, de revoir les finitions, reconnaît-il. Mais je ne crois pas qu’il devient nécessairement plus laid, disons qu’il y a moins de fioritures.»

Si un projet a été vendu avec certaines caractéristiques architecturales et que la construction finale ne respecte pas ces éléments, le propriétaire qui n’aurait pas été informé des changements peut toutefois entreprendre des mesures légales contre le promoteur, souligne François Racine.

Un immeuble laid dans mon quartier

On pourrait se dire qu’après tout, à part nous gâcher la vue, les bâtiments disgracieux ne font de mal à personne. Mais justement, enlaidir le paysage n’est pas sans conséquences. La qualité de vie d’un quartier peut être affectée par ce genre de constructions, affirme François Racine.

«Par exemple, un immeuble avec une façade aveugle qui donne sur un parc, comme c’est le cas avec le palais de justice de Montréal, ça fait en sorte que les gens vont avoir tendance à moins s’approprier l’espace public. Ça peut même ensuite causer des enjeux de sécurité si les personnes qui fréquentent un parc viennent pour être à l’abri des regards. Sans compter que la beauté est importante, pour notre bien être», explique le spécialiste en design urbain.

De plus, les choix qui vont contre le bon goût ont souvent un impact environnemental négatif. «Choisir des matériaux de moindre qualité, c’est nuire à la durabilité du bâtiment», note ainsi Danielle Pilette. «Un toit vert plutôt qu’un toit noir, ce n’est pas juste joli, mais ça permet de lutter contre les îlots de chaleur», ajoute-t-elle à titre d’exemple.

Un bel environnement peut aussi être un argument de vente, selon François Racine. Et à l’inverse, des immeubles moches parsemés dans le quartier auront des conséquences sur la valeur foncière des autres immeubles alentour.

«Plus que les nouvelles constructions, je pense que les bâtisses délaissées peuvent avoir un impact sur la valeur des biens, croit quant à lui l’investisseur Jean-Pierre Du Sault. Ça envoie le message que le quartier n’est pas sécuritaire et ce n’est pas très vendeur.»

Comment lutter

Malheureusement, une fois le bâtiment construit, en tant que citoyen il n’y a rien que vous puissiez faire. C’est en amont que ça se passe.

«Si on veut donner son avis sur les projets de construction, il faut suivre les avis publics, s’informer et se présenter aux consultations publiques ou participer aux comités consultatifs d’urbanisme quand il y en a», conseille Danielle Pilette.

Les mobilisations citoyennes ont d’ailleurs pesé sur plusieurs projets immobiliers, mais aussi sur des projets d’envergure, notamment à l’époque où Loto-Québec avait voulu déplacer le casino de Montréal plus proche du centre-ville ou dans le cas du REM de l’Est qui devait longer René-Lévesque.

«Les élus doivent être vigilants à cet enjeu et se montrer à l’écoute, croit aussi François Racine. On sait qu’il faut plus de logements, mais il va falloir trouver une manière d’amener plus de densité sans forcément construire des tours de condos de 15 étages et surtout, penser à la durabilité dans une visée de développement écologique. Ça existe dans les pays scandinaves ou encore en Allemagne, l’écoquartier Vauban à Fribourg-en-Brisgau sert souvent d’exemple.»

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C’est effectivement d’une grande laideur :frowning_face:

Et cela en pleine rue Sainte-Catherine et…et à Westmount ! Incroyable de tolérer cela aussi longtemps.

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Quand même gênant, une verrue urbaine dans un projet à peine inauguré.

Encore une fois les frontières municipales semblent être un obstacle sérieux au développement harmonieux du territoire urbain montréalais. La réglementation et les objectifs de développement des deux villes voisines ayant peu de correspondances.

C’est sûr que sur le coin de la rue, elle détonne, mais on va être heureux d’avoir cela et pas des toilettes chimiques. Cependant, il faudrait demander à la ville et au MTQ, pourquoi on n’a pas été capable de l’intégrer au bâtiment qui dois servir de café tout en ayant un accès extérieur, comme dans le chalet du parc Charles-S.-Campbell dans le Village.

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