Un centre-ville montréalais plus vert

8 février 2021 | mise à jour le: 8 février 2021 à 17:41 temps de lecture: 6 minutesPar: Zacharie GoudreaultMétro

Plaidoyer pour un centre-ville plus vert, abordable et attrayant

Plaidoyer pour un centre-ville plus vert, abordable et attrayant

Photo: Josie Desmarais | MétroLe centre-ville de Montréal dépend surtout de travailleurs qui résident à l’extérieur de celui-ci.

Le manque de commerces indépendants, de logements abordables et d’espaces verts sont quelques-uns des enjeux auxquels font face plusieurs centres-villes, incluant celui de Montréal. La pandémie pourrait toutefois donner l’occasion de relancer ceux-ci de façon plus inclusive et durable.

Plusieurs experts de divers domaines prendront part lundi après-midi à un grand panel virtuel portant notamment sur la vitalité des centres-villes, l’accessibilité au logement et le développement immobilier écologique. Métro a discuté avec certains d’entre eux, en prévision de cet événement organisé par le groupe G15+.

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«C’est un peu triste de voir le climat ambiant où on dit que c’est la fin des centres-villes alors qu’on peut penser qu’après la pandémie, les gens auront envie de se voir, d’aller dans les musées, d’être ensemble. S’il y a un endroit où ça va se passer, c’est bien au cœur des villes et des villages», soulève d’emblée Olivier Legault, le coordonnateur de projets à Rues principales.

Plus de commerces indépendants au centre-ville

Dans un récent rapport, le groupe G15+, composé d’experts de différents domaines, propose qu’Investissement Québec crée un fonds destiné à soutenir les entreprises indépendantes qui choisissent de s’installer dans les centres-villes de la province.

Sur certaines artères commerciales, comme la rue Sainte-Catherine, on retrouve surtout de grandes chaînes de vêtements et de restauration, celles-ci ayant la capacité financière de payer des loyers commerciaux élevés, contrairement à plusieurs petits commerces indépendants.

«À part de financer des commerces indépendants locaux, il faut s’assurer qu’il y a un contrôle de la flambée des prix des locaux commerciaux», analyse Olivier Legault, dont l’organisme est spécialisé en développement économique et en aménagement.

Vendredi, tant la Chambre de commerce du Montréal métropolitain que la mairesse de Montréal, Valérie Plante, ont d’ailleurs interpellé Québec et Ottawa pour leur demander d’offrir davantage de soutien financier aux commerces de la métropole.

Rendre le centre-ville attrayant

Alors que le commerce en ligne prend de l’ampleur, Olivier Legault souligne aussi l’importance de rendre les centres-villes plus attrayants, afin que les citoyens continuent de s’y rendre physiquement pour effectuer des achats. Il constate d’ailleurs que la pandémie a donné l’occasion à plusieurs villes d’innover en matière d’aménagements publics.

«Je pense que la pandémie va donner de la légitimité à des élus d’aller de l’avant avec certains projets où ils voyaient moins d’acceptabilité sociale avant, alors que maintenant, il y en a», ajoute-t-il.

À Montréal, la Ville a notamment transformé l’avenue du Mont-Royal en une rue piétonne l’été dernier. Elle a aussi créé un vaste réseau de pistes cyclables temporaires et autorisé des commerces à aménager des terrasses plus larges sur plusieurs artères commerciales. Des mesures temporaires qui pourraient faire leur retour cet été, du moins en partie.

«Je suis convaincu qu’à court ou à moyen terme, certains de ces aménagements pourront devenir permanents, que ça soit à Montréal ou ailleurs.»-Olivier Legault, coordonnateur de projets à Rues principales

Des centres-villes habités

D’autre part, le manque de résidents dans certains centres-villes explique en partie pourquoi ceux-ci ont écopé plus durement des répercussions économiques de la pandémie, qui a fait chuter le tourisme et stimulé le télétravail. Le centre-ville de Montréal, par exemple, compte en temps normal 300 000 travailleurs, mais seulement 60 000 résidents.

Or, les loyers ont augmenté l’an dernier à un seuil inégalé depuis 2003, à Montréal, une situation notamment attribuable au fait que les logements locatifs neufs qui ont récemment pris forme au coeur de la métropole sont offerts à un prix beaucoup plus élevé que la moyenne. Dans ce contexte, le centre-ville et ses environs deviennent de moins en moins accessibles pour les membres de la classe moyenne.

«La pandémie nous montre qu’on doit faire autrement et se mobiliser pour répondre à ce problème de société», évoque à Métro le directeur général de l’Association des groupes de ressources techniques du Québec (AGRTQ), Éric Cimon.

Pendant ce panel, auquel prendra d’ailleurs part la ministre de l’Habitation, Andrée Laforest, M. Cimon pressera donc Québec d’investir dès maintenant dans l’aménagement de 10 000 unités de logement abordable que son association serait «prête» à sortir de terre, si les fonds nécessaires étaient au rendez-vous. Environ 40% de ces logements prendraient forme dans le Grand Montréal.

Le groupe G15+, dont est membre l’AGRTQ, réclame par ailleurs la création d’un programme d’achat public de terrains «stratégiquement situés» dans les différentes villes du Québec afin d’y aménager des logements sociaux et communautaires. Plus de mesures réglementaires sont aussi nécessaires pour contrer l’insalubrité des logements, croit le groupe d’experts.

«Ce n’est pas parce que le logement existe qu’il répond aux besoins.»-Éric Cimon, directeur général de l’AGRTQ

Des logements plus verts

Le développement immobilier, dans le contexte de la relance économique, devrait par ailleurs s’accompagner de mesures de verdissement afin de prévenir la création d’îlots de chaleur, estime la directrice générale pour le Québec et l’Atlantique à la Fondation David Suzuki, Sabaa Khan.

Cette dernière propose que 1% du budget annuel de Québec soit dédié aux infrastructures naturelles et aux phytotechnologies. Concrètement, il s’agirait notamment d’aménager des jardins destinés à absorber l’eau de pluie, de même que de munir les logements de toitures et des murs végétalisés.

«En ce qui concerne les immeubles, on peut dire que la végétalisation n’a jamais été au cœur de la stratégie d’aménagement. Ça doit changer», croit Mme Khan. Cette dernière estime d’ailleurs que la Ville de Montréal pourrait faire sa part à cet égard, par exemple en modifiant ses règlements afin d’obliger les promoteurs à inclure des espaces verts dans leurs projets immobiliers.

«Si on pouvait ajouter la densification verte dans nos réglementations au niveau municipal, ce serait une excellente stratégie pour faire avancer le verdissement urbain», fait valoir l’experte. Une telle initiative pourrait par ailleurs contribuer à réduire les inégalités qui persistent sur le territoire de Montréal, comme dans d’autres villes, dans l’accès à des espaces verts. «C’est une question de justice sociale», ajoute Mme Khan.
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