Analyse, Troisième lien : ça passe ou ça casse pour la CAQ en 2026
La promesse d’un nouveau lien autoroutier peut-elle encore faire gagner la CAQ à Québec?
Photo : Radio-Canada / Philippe Kirouac
Publié à 4 h 00 HNE
Le gouvernement Legault joue son va-tout dans le dossier du troisième lien. Alors que le nouveau projet de pont-tunnel s’attire les critiques des maires de Québec et de Lévis, le ministre des Transports, Jonatan Julien, garde espoir de convaincre la population en 2026.
Il faut le faire sérieusement, avec rigueur, plaidait l’élu de la capitale devant les journalistes l’automne dernier.
Or, c’est plutôt l’improvisation qui a marqué le projet depuis l’élection de la Coalition avenir Québec (CAQ) en 2018.
Entre la promesse de bâtir le plus gros tunnel au monde, la proposition d’une version modeste à deux tubes plus petits et l’abandon pur et simple du projet au printemps 2023, la crédibilité de la CAQ a été réduite à néant dans la Capitale-Nationale.
Aujourd’hui, la relance du troisième lien pour assurer la sécurité économique de la région apparaît suspecte, voire désespérée de la part d’un gouvernement qui vivote dans les sondages.
Tracé contesté
Un voyant rouge clignote déjà au tableau de bord du ministre Julien depuis la sortie publique du maire de Lévis, Steven Blaney, en opposition à la nouvelle mouture du projet.
Steven Blaney a remporté haut la main la mairie de Lévis lors des dernières élections municipales. (Photo d’archives)
Photo : Radio-Canada / Alexandre Painchaud
Traditionnellement, les caquistes ont toujours pu profiter d’un appui important sur la Rive-Sud, pour peu qu’ils s’engagent à réaliser le troisième lien.
Cette fois-ci, le tracé central, situé à mi-chemin entre les liens actuels et l’île d’Orléans, soulève peu d’enthousiasme.
M. Blaney réclame un lien plus à l’est qui permettrait de boucler le fer à cheval que représente le réseau routier de la Capitale-Nationale.
Le gouvernement rappelle que la largeur du fleuve à cet endroit nécessiterait la construction d’un pont plus imposant et coûteux.
Signe que l’enjeu préoccupe en haut lieu, le ministre Julien a reporté à l’hiver 2026 l’annonce d’un tracé final et d’une fourchette de coûts pour le troisième lien.
L’effet Marchand
Le gouvernement Legault ne peut ignorer la montée en force de Bruno Marchand sur la Rive-Nord, dans la foulée de sa convaincante victoire aux dernières élections municipales.
Avec ses sorties remarquées en matière d’immigration, il envoie le signal qu’il n’hésitera pas à faire usage de son nouveau poids politique, quitte à écraser quelques orteils.
Bruno Marchand en mêle de presse à l’hôtel de ville de Québec. (Photo d’archives)
Photo : Radio-Canada / Guillaume Croteau-Langevin
M. Marchand s’est aussi montré favorable à l’abaissement du tablier routier du pont de Québec afin d’offrir un paquet de possibilités pour toutes les mobilités.
Plusieurs y ont vu la suggestion que le premier lien de la région pourrait devenir une option pour les camions lourds en cas de fermeture du pont Pierre-Laporte.
Un 3e lien qui empire la congestion?
Le maire Marchand réclame des solutions au problème de la congestion à Québec et note que le pont-tunnel proposé par la CAQ aurait pour effet de déverser des milliers de voitures sur l’autoroute Félix-Leclerc.
Le projet de pont-tunnel de la CAQ aurait pour effet de déverser des milliers de voitures sur l’autoroute Félix-Leclerc.
Photo : Ministère des Transports et de la Mobilité durable
Peu importe le raccordement retenu pour la Rive-Nord, le troisième lien augmenterait la circulation dans le secteur très achalandé de Lebourgneuf.
Détail embêtant pour le gouvernement, c’est précisément l’endroit où des initiatives qui devaient favoriser une meilleure mobilité ont été abandonnées l’an dernier.
Dans la foulée du dernier budget Girard, un projet de pont d’étagement, des voies réservées au transport collectif et un stationnement incitatif ont été jetés au panier.
Bruno Marchand rappelle aussi qu’un rapport commandé par le gouvernement à CDPQ Infra dès 2024 mentionne que l’ajout d’un lien routier aurait pour effet de déplacer les points de congestion plus profondément à l’intérieur du réseau de Québec.
En l’absence de gains réels et mesurables pour sa ville, le maire Marchand pourrait bien décider qu’il n’a rien à gagner à appuyer le projet des caquistes avant les prochaines élections.
La même recette
Au plus bas dans les sondages, la CAQ fait tout de même le pari que la promesse d’un troisième lien autoroutier peut encore convaincre les électeurs de Québec.
Le calcul paraît risqué.
Depuis 2018, les conditions de circulation se dégradant, et le besoin de solutions crédibles et validées ne fait qu’augmenter.
L’Enquête origine-destination (EOD) 2023 a permis d’établir qu’à peine 23 % des automobilistes de la Rive-Sud traversent quotidiennement les ponts. À Québec, ils sont moins de 4 % à le faire chaque jour, ce qui tend à démontrer qu’une faible proportion de la congestion est liée aux déplacements interrives.
L’autoroute Félix-Leclerc (A-40) est le secteur le plus achalandé dans la région de Québec. Les bouchons de circulation le matin et le soir sont presque systématiques. (Photo d’archives)
Photo : Radio-Canada
Dans la Capitale-Nationale, l’allégeance des électeurs peut basculer au gré des cycles électoraux, selon la capacité du gouvernement en place à livrer des résultats.
Les caquistes seraient sages de le considérer.