Résumé
Attendez le prix avant d’appuyer le troisième lien, disent les oppositions
Par Émilie Pelletier, Le Soleil et Simon Carmichael, Le Soleil
3 juin 2025 à 16h45|
Mis à jour le3 juin 2025 à 17h56
L’appui des résidents de la région de Québec à un hypothétique troisième lien n’est pas une surprise pour les partis d’opposition à l’Assemblée nationale. Sur la photo, le pont Pierre-Laporte. (Archives Le Soleil)
Si 70 % des résidents de la région de Québec appuient l’idée d’un troisième lien, c’est qu’ils ne connaissent pas encore son prix, estiment les oppositions à l’Assemblée nationale. Le ministre Julien, lui, ne voit pas le lien entre la facture et l’opinion publique.
L’appui des résidents de la région de Québec à un hypothétique troisième lien, comme le confirmait le sondage SOM-Le Soleil dévoilé mardi, n’est pas une surprise pour les partis d’opposition à l’Assemblée nationale.
Mais celui-ci risque de s’effriter quand le gouvernement Legault précisera son projet, estiment-elles, rappelant que Québec n’a pas encore dévoilé de tracé, de budget ou d’échéancier.
«Combien ça va coûter? Si ça coûte 10, 20, 30 milliards de dollars, combien d’écoles on ne rénovera pas à Québec, au Québec? Combien d’Hôpital Maisonneuve-Rosemont on ne fera pas pour ça?» s’est demandé le député péquiste Pascal Paradis, qualifiant à nouveau le projet de «marotte électoraliste» du gouvernement.
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Son chef, Paul St-Pierre-Plamondon, a invité le public à attendre le prix avant de se dire en faveur ou non du projet autoroutier.
«Quand les gens vont réaliser combien ça coûte et qu’est-ce qu’on peut faire d’autre avec la même somme, là, on aura une discussion», a-t-il promis, ajoutant que «ça lui fera plaisir de considérer l’opinion publique» à ce moment.
Mais d’ici là, toute notion d’appui populaire est futile, estime-t-il.
Paul St-Pierre-Plamondon, chef du Parti québécois. (Yan Doublet/Archives Le Soleil)
Son de cloche similaire chez Québec solidaire. Le porte-parole en matière de transport et député du centre-ville de Québec, Étienne Grandmont, estime que l’idée d’une route de plus est populaire faute de détails et de solutions de remplacement.
«Depuis 2018, la CAQ n’a pas développé d’alternatives. Elle n’a pas abaissé le tablier du pont de Québec, n’a pas entretenu le pont Pierre-Laporte, n’a pas travaillé sur le remplacement des traversiers, n’a pas développé le transport collectif et n’a rien développé du côté de Lévis», a énuméré M. Grandmont.
«Alors, qu’est-ce que ça fait? Plus de congestion. Et tout ce que les gens se font promettre par le gouvernement, c’est un troisième lien», a poursuivi l’élu solidaire pour expliquer le résultat du sondage commandé par Le Soleil.
Julien ne voit pas de lien
Contrairement à ses vis-à-vis, le ministre responsable des Infrastructures et de la Capitale-Nationale a accueilli avec enthousiasme l’appui toujours solide de la population de Québec à un éventuel troisième lien.
«C’est fantastique», a rapidement glissé Jonatan Julien, questionné sur le sondage alors qu’il était en route avec la période de questions. «C’est représentatif des gens que je croise», a-t-il évalué, «heureux» des résultats du coup de sonde.
Mais est-ce que l’appui au projet autoroutier pourrait chuter lorsque le gouvernement Legault dévoilera le prix de l’infrastructure, comme le prédisent les oppositions?
«C’est une bonne question […] Vous en pensez quoi, vous?» a demandé le ministre aux journalistes, sans livrer le fond de sa pensée.
Jonatan Julien a toutefois noté «ne pas voir pourquoi» le prix d’un éventuel troisième lien, souvent évalué à plus de 10 milliards de dollars, pourrait refroidir certains contribuables.
Et avant de penser à la facture, commençons par connaître le tracé, a poursuivi le ministre. «Vous demandez un prix avant d’avoir le corridor. On va prendre les deux étapes une à la fois.»
La ministre des Transports, Geneviève Guilbault, n’est pas passée devant les journalistes, mardi. Sur les réseaux sociaux, elle a toutefois célébré le sondage, promettant que «le projet avance» et qu’elle présenterait bientôt le corridor sélectionné.
En février dernier, elle s’était engagée à préciser le prix de son projet avant les prochaines élections.
Pas au détriment de Beauport, insiste Marchand
Les résultats du sondage ont également rebondi à l’hôtel de ville de Québec, où le maire Bruno Marchand s’est contenté d’affirmer que l’appui au troisième lien pourrait «baisser» lorsque le projet sera plus raffiné et qu’on en connaîtra davantage les impacts.
Bruno Marchand, maire de Québec. (Caroline Grégoire/Archives Le Soleil)
Si le tracé retenu par la ministre Geneviève Guilbault devait passer dans l’est de la ville, le maire de Québec «ne voit pas comment» il pourrait contribuer à améliorer la circulation sur l’autoroute Félix-Leclerc, déjà aux prises avec une importante congestion, plusieurs heures par jour.
«Je ne vois pas comment un maire de Québec ni un conseiller, ni de Beauport ni d’ailleurs, peut dire: je donne un chèque en blanc, mais ce n’est pas grave, les effets sur les citoyens», a-t-il déclaré avant son entrée au conseil municipal.
«Ce n’est pas vrai que les gens de Beauport vont souffrir pour les gens de Lévis. Oubliez ça.»
— Bruno Marchand, maire de Québec
«Ce projet doit être étoffé de plusieurs éléments qui vont nous permettre de bien saisir quelle est sa valeur. Avant de dire oui, je vais attendre de voir les études de circulation. Si les gens de Beauport y perdent, je ne peux pas être d’accord», a-t-il insisté, maintenant le flou autour de sa position dans le dossier.
Le maire Marchand reproche d’ailleurs à son opposant, le chef d’Équipe Priorité Québec et conseiller municipal de Chute-Montmorency—Seigneurial, de donner «carte blanche» au gouvernement Legault pour son troisième lien.
Avant lui, Stevens Mélançon avait en effet soumis qu’il n’imposerait aucune condition sine qua non pour fournir son appui à un nouveau lien interrives, dans la mesure où les citoyens qu’il représente sont en large majorité favorables à la construction d’une telle infrastructure.
À 78 %, l’arrondissement de Beauport est en effet celui où la population défend le plus le projet à Québec, selon les résultats du sondage SOM-Le Soleil.
«On voit beaucoup plus d’avantages. La population le veut. Ça va peut-être engorger certains endroits, en désengorger d’autres. Pour le côté est, c’est un projet fort attendu», a témoigné l’élu de la deuxième opposition, qui compte s’en remettre à ses électeurs pour prendre une position finale sur le mégaprojet.
Le «fantôme» des «désirs»
La cheffe de Transition Québec estime pour sa part que le troisième lien récolte toujours des appuis de presque 70 % de la population parce qu’il n’est encore qu’un «fantôme».
«Présentement, quand on sonde, on sonde quoi? Un sentiment qu’on est frustrés parce qu’on est pris dans le trafic? L’idée de ce serait plus le fun d’aller voir ma famille dans le Bas-du-Fleuve?» a ironisé Jackie Smith.
Jackie Smith, cheffe de Transition Québec. (Caroline Grégoire/Archives Le Soleil)
La conseillère municipale de Limoilou accuse le maire de «gouverner par sondages» et d’hésiter à se positionner par peur d’une «riposte» électorale. «Si on le rejetait d’une voix commune, le gouvernement n’aurait pas une raison légitime de continuer à gaspiller de l’argent public sur des études qui ne mèneront à absolument rien.»
Quant à lui, Claude Villeneuve, chef de l’opposition officielle, presse le gouvernement du Québec de dévoiler son projet pour que les citoyens puissent s’en remettre à autre chose qu’un «désir».
«Il y a un désir que les gens expriment et il faut en prendre acte. Il n’y a pas de projet. Il faut présenter un projet pour qu’on puisse en débattre. Show me the money!» a-t-il réclamé.