Résumé
Tir groupé de maires de la Capitale-Nationale contre la CAQ
Par Émilie Pelletier, Le Soleil
8 avril 2025 à 04h00
L’autoroute Laurentienne (Patrice Laroche/Archives Le Soleil)
La pilule de l’abandon décrété par le gouvernement du Québec du projet de voies réservées au transport collectif passe de travers dans la couronne nord. «Ça va avoir un impact, et pas juste à Québec».
«On se pose des questions sur la réelle planification de la mobilité, on se demande quelle est la vision, parce qu’il est clair que le retrait de ces différents projets ont une incidence sur nous qui sommes plus au Nord», dénonce en entrevue au Soleil le maire de Stoneham-et-Tewksbury, Sébastien Couture.
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Avant lui, son homologue de Québec, Bruno Marchand, avait lui aussi regretté de voir passer à la trappe le réseau de 104 kilomètres de voies réservées prévu sur différents axes routiers de la région de Québec, dont des autoroutes stratégiques (Henri-IV, Robert-Bourassa, Laurentienne et Félix-Leclerc), afin d’améliorer la desserte en transport collectif et relier plus rapidement les périphéries au centre-ville.
Le gouvernement Legault a confirmé dans son plus récent budget, dévoilé à la fin mars, l’abandon de cette composante du défunt Réseau express de la Capitale (REC), évaluée à 844 millions au printemps 2021.
Le ministère des Transports dit maintenant vouloir «recentrer ses investissements principalement sur le maintien en bon état des infrastructures de transport».
Assez pour plonger l’ensemble de la grande région de Québec dans l’inconnu.
Parce qu’au-delà de la ville de Québec elle-même, cette décision ne passe pas non plus comme une lettre à la porte dans les banlieues. Là où de tels aménagements, jugés «fondamentaux», étaient attendus.
«Laisser tomber ces projets-là, c’est clair que ça ne vient pas nous aider et répondre aux besoins de nos citoyens», déplore Sébastien Couture.
Sur son territoire, la MRC de la Jacques-Cartier développe de nouveaux tracés pour assurer une «meilleure desserte» en transport en commun vers Québec à quelque 50 000 citoyens de neuf municipalités. Mais le service reste «sous-financé», chiffre Sébastien Couture, ce qui n’empêche pas les citoyens d’en redemander, affirme celui qui est aussi préfet.
D’avis que le «nerf de la guerre» réside dans la bonification de l’offre, Stoneham, Lac-Beauport, Sainte-Brigitte-de-Laval et bientôt Sainte-Catherine-de-la-Jacques-Cartier travaillent toutes à augmenter l’«arrimage» et la «connexion» vers le réseau central.
«Est-ce qu’on est en train de faire des coups d’épée dans l’eau? Le signal devrait être plus positif que celui qu’on reçoit actuellement.»
— Sébastien Couture, maire de Stoneham-et-Tewksbury et préfet de la MRC de la Jacques-Cartier
«On se voit dans l’obligation de développer des projets locaux non subventionnés spécifiques pour lesquels on paie l’ensemble des frais. Pendant ce temps, le gouvernement recule sur des axes fondamentaux. Pour nous, c’est un peu contradictoire», illustre M. Couture.
«Si le signal du gouvernement c’est que ça attendra, on va arrêter de tenter de surpasser notre planification régionale et on va se mettre sur pause en attendant», menace le maire de préfet de la MRC de la Jacques-Cartier, qui en appelle à «travailler tous dans le même sens».
«Si on pense qu’on sauve de l’argent en coupant aujourd’hui dans ces budgets-là, la réalité nous rattrape pas mal à force de tergiverser et de reporter à plus tard des dossiers majeurs comme ceux-là qui aidaient l’ensemble de la population.»
Pas que le tramway
Tandis que le gouvernement du Québec fait des choix budgétaires pour prioriser l’avancement de certains projets, dont le tramway de Québec, le nouveau maire de Lac-Beauport appelle lui aussi à garder de la place pour d’autres investissements structurants.
«Le tramway, je n’ai rien contre, mais il faut arrêter de voir la ville de Québec et les autres. Tout le monde ne peut pas demeurer en ville sur le tracé du tramway. Il faut travailler ensemble pour améliorer la vie de nos citoyens», plaide François Boily.
«Les projets de mobilité durable, c’est l’avenir. Si on veut se sortir un peu de l’automobile, le transport en commun, outre le tramway, a son importance dans la région de Québec.»
— François Boily, maire de Lac-Beauport
Une question cruciale pour faire cesser le recours au tout-à-l’auto et réduire la congestion, estime-t-il. L’appétit des citoyens pour le transport collectif est présent, même s’il demeure «sous-utilisé». «Si on trouve des moyens d’augmenter son utilisation, on va le faire», s’engage M. Boily.
Maires mobilisés
Plus à l’ouest de la région de Québec, où des voies réservées devaient aussi apparaître, les maires sont moins alarmés devant la décision gouvernementale de les larguer.
Même s’il juge qu’il s’agit d’une «bonne idée en soi» de réserver des corridors aux autobus et au covoiturage, le maire de Saint-Augustin-de-Desmaures ne «déchire pas [s]a chemise». «Avant, je vais attendre de voir la suite, parce qu’on n’est pas à la première chose qui change en mobilité dans la région de Québec», pointe Sylvain Juneau.
«Il y a des choix à faire, admet-il. Tout ce qui peut améliorer le déplacement et encourager le transport collectif, on est pour. Mais une fois qu’on a dit ça, dire qu’il faut absolument garder ce projet, si ça prend 10 ans et que ça coûte tant de millions au détriment d’un projet qui pourrait être plus structurant», il n’est pas prêt à le faire.
À L’Ancienne-Lorette, le maire Gaétan Pageau ne craint pas outre mesure d’impacts majeurs sur sa population.
«Mais pourquoi c’est tellement difficile d’investir un dollar public dans la région de Québec, alors que ça semble plus facile de l’investir dans la métropole?» questionne-t-il de manière générale, citant les tergiversations en matière de mobilité dans plusieurs dossiers régionaux.
«Je pense qu’on se doit tous de militer pour améliorer la desserte en transport en commun dans la région de Québec. Branchons-nous et avançons», presse M. Pageau.
Les maires de la Communauté métropolitaine de Québec se réuniront la semaine prochaine pour leur séance régulière et comptent se concerter sur la question des transports.