Résumé
Le sourire malgré les travaux interminables dans Saint-Sauveur
Par Judith Desmeules, Le Soleil et Victoria Baril, Le Soleil
13 août 2025 à 04h02
Frédérick Neault, propriétaire de Siboire Microbrasserie. (Jocelyn Riendeau/Le Soleil)
Les travaux dans le quartier Saint-Sauveur avancent, mais sont loin d’être terminés. Entre deux pelles mécaniques, les commerçants tiennent le coup, malgré les pertes financières.
La Ville de Québec a envoyé un autre avis de travaux la semaine dernière, afin de mettre en garde les automobilistes.
«Chantiers en cours et à venir dans le secteur de la Basse-Ville: planifiez vos déplacements.»
Des impacts sur la circulation sont attendus sur plusieurs portions du boulevard Charest ainsi que les rues Marie-de-l’Incarnation, Saint-Vallier Ouest, de la Couronne et des Vaisseaux-du-Roi.
Des travaux de forage géotechnique — pour le projet TramCité — créeront aussi des entraves dès vendredi dans le secteur de la côte d’Abraham et de la rue de la Couronne.
En d’autres mots, traverser le centre-ville peut devenir périlleux.
Le quartier Saint-Sauveur est pris d’assaut par les affiches oranges depuis déjà plusieurs semaines. La rue Saint-Vallier Ouest reste bloquée à la circulation.
Les travaux sur Saint-Vallier Ouest (Jocelyn Riendeau/Le Soleil)
Comment s’en sortent les commerçants? Les affaires ne sont pas top, mais les travaux ne les écraseront pas.
«Ça va être magnifique dans deux ans! On garde le sourire. Qu’est-ce qu’on peut faire d’autres? En attendant, c’est plate. Mais si on les laisse travailler, ils seront partis plus vite», souligne Frédérick Neault, propriétaire de la Microbrasserie Siboire.
Les travaux se concentrent maintenant devant son restaurant, qui vient de fêter sa première année d’existence.
Difficile
Les nouveaux aménagements prennent forme. Il y a quelques semaines, les habitants du secteur marchaient toujours sur du sable, en enjambant les trous et le matériel.
Des portions de trottoirs et des bancs apparaissent tranquillement… entre deux camions remplis de roches.
Pour le deuxième été consécutif, ces chantiers grugent des revenus aux commerçants.
«Il y a très peu de terrasses, très peu d’espace qu’on peut utiliser de façon normale. On espère que l’année prochaine, ça va aller mieux», déplore Nadia Reghai Gagnon, directrice générale de la Société de développement commercial (SDC) du quartier Saint-Sauveur.
Les restaurateurs disent quand même réussir à tirer leur épingle du jeu.
«Ce n’est pas un constat catastrophique. Oui, les ventes ont baissé depuis qu’ils sont devant chez nous, mais ça peut être lié à plein d’autres facteurs», note le propriétaire du Siboire, qui reste optimiste.
«La SDC travaille vraiment fort. On a eu plein d’événements, ce sont des essais et il y a eu plein de monde, c’était fantastique. Elle dynamise du mieux qu’elle peut, avec les réalité qu’elle a. La Ville de Québec a peut-être mal réfléchi les projets dans son ensemble, mais bon. On avance», ajoute Frédérick Neault.
Le stationnement public Carillon fera place à des logements sociaux et abordables, ainsi qu’un centre de la petite enfance (CPE). (Jocelyn Riendeau/Le Soleil)
Peu d’espace
Les commerces de destination, qui comptent sur une clientèle qui réside à l’extérieur du quartier, sont les plus impactés.
Surtout que Saint-Sauveur vient de perdre son stationnement principal. Le quartier accueille un autre chantier cette semaine, en plus de tout le reste.
Le stationnement public Carillon fera place à des logements sociaux et abordables, ainsi qu’un centre de la petite enfance (CPE). Le projet promet de conserver les espaces de stationnement… mais en attendant, ils sont inaccessibles.
«On est vraiment inquiets», soutient Mme Reghai Gagnon.
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L’arrivée de cet autre chantier est un autre coup dur pour les commerçants.
«Est-ce que c’est une bonne idée de le faire tout de suite? Probablement que ça aurait pu attendre. Il faut peut-être laisser respirer le quartier un peu… Mais d’un autre côté, tout va être fini en même temps. Ça ne sert à rien de chialer», ajoute Frédérick Neault.
Pour certains commerces, il s’agissait des derniers espaces de stationnement pour les clients venus de l’extérieur.
«C’est rendu épouvantable…un non-sens. J’ai eu beaucoup de pertes, mais je ne tomberai pas, grâce à ma fidèle clientèle», réagit Marc Gagnon, propriétaire de la bijouterie Serge Gagnon.
La SDC redouble d’efforts pour ajouter des endroits pour les voitures, allégeant aussi les temps de stationnements prescrits par la Ville. Les commerçants ne sont toutefois pas convaincus.
«Ce n’est pas suffisant. Les pancartes ne sont pas claires… La Ville doit en faire plus, elle aurait dû prévoir le coup. S’il n’y a pas de meilleure collaboration avec la Ville, on ne tiendra pas», ajoute M. Gagnon.
Le restaurant méditerranéen Villa 961 rassemble beaucoup de clients qui habitent en banlieues.
«On a perdu environ 50 % des ventes et des clients depuis le début des travaux. C’est vraiment dommage», indique Hussein Ezzeddine, copropriétaire.
«La perte du stationnement, ça ne va pas aller en s’améliorant. C’est ce qui dérange le plus. C’est sûr que ça fait peur pour la suite. Mais si les clients tiennent à ce qu’on continue, il faut venir nous donner un peu d’amour», termine M. Ezzeddine.
On garde le sourire
Nadia Reghai Gagnon tient à le préciser: les nouveaux aménagements prévus dans le quartier Saint-Sauveur sont positifs. «On prévoit de planter des arbres, faire des beaux trottoirs, ça va être plus agréable.»
Mais ces projets viennent avec leur lot d’effets néfastes, et l’aide offerte par la Ville est insuffisante. «Il y en a qui trouvent ça très difficile. Une aide est prévue, mais j’aimerais qu’elle soit bonifiée», laisse-t-elle tomber.
Depuis le début des travaux, environ 80 demandes auraient été envoyées, selon la présidente de la SDC.
Travaux St-Vallier ouest (Jocelyn Riendeau/Le Soleil)
Mike Gauvin-Latulippe de Ma Station Café, continue de servir ses clients avec le sourire. Il sait qu’ils ont traversé le chantier pour venir le voir.
«Le gros trou devant le commerce, ça a été dur. Les gens ne comprenaient pas trop où passer. Mais on se serre les coudes, on s’entraide. La SDC nous aide à nous faire voir.»
En servant le café, le propriétaire dirige souvent les visiteurs vers ses voisins, afin d’encourager les achats dans le secteur. Son commerce traversera la tempête, et il espère que tous ses «amis» pourront le suivre.
«C’est notre slogan: Salut la famille! C’est ça, c’est une belle communauté qu’on a. Les clients font le détour pour nous encourager, pour ne pas qu’on tombe. On est patients, et on va passer au travers», ajoute M. Gauvin-Latulippe.
Les mots entraide et solidarité reviennent beaucoup, en discutant avec les différents commerçants du quartier.
«On a beaucoup d’espoir pour le après, s’accroche Mélanie Roy, propriétaire de la boutique Zozo et Arty. Il faut que la Ville tienne ses promesses, pour la promotion du quartier après les travaux.»
Son commerce est déjà sous le seuil de rentabilité, après de dures années de pandémie. Mme Roy compte sur la collaboration de ses voisins, l’esprit de communauté et différentes ententes avec ses fournisseurs pour tenir le coup.
«Il faut que ça soit le creux de la vague, ça ne doit pas s’empirer davantage», lâche-t-elle.
Hussein Ezzeddine (à gauche) et Alain Barcimin Mugisha (à droite) à la tête de la Villa 961, entourant le copropriétaire du TUMI Pascal Dinelle. (Caroline Grégoire/Le Soleil)
Fuir les travaux
Se rendre sur Saint-Vallier est un véritable casse-tête. Même pour les piétons.
Si bien que le restaurant TUMI a plié bagage pour l’été, et a délaissé sa succursale de Saint-Sauveur au début du mois de juillet. L’équipe est allée rejoindre celle de Saint-Jean-Baptiste.
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«On s’est vraiment sauvés pour éviter les travaux. On prévoit rouvrir fin septembre. Si je n’avais pas été capable d’ouvrir ailleurs, fort possiblement que j’aurai été obligé de fermer. On reste attaché au quartier, on a hâte de le retrouver», souligne Pascal Dinelle.
Le propriétaire du restaurant de gastronomie péruvienne avait critiqué le travail de la SDC Saint-Sauveur, au printemps. Il dénonçait le manque d’initiatives et d’aide pour les commerçants, plongés dans un environnement difficile.
Il faisait partie d’une minorité mécontente, assurent ses voisins. Les critiques sont davantage dirigées vers la Ville, qui n’aurait pas fait assez d’efforts pour atténuer les conséquences du grand chantier.