Résumé
Des batteries aux sans-abri, rien de bien réussi
Par Marie-Claude Lortie, Le Droit
23 novembre 2024 à 04h00
Qui n’est pas inquiet de la façon dont le gouvernement Legault gère le dossier Northvolt? (Christinne Muschi/Archives La Presse Canadienne)
PERSPECTIVE / On parle beaucoup ces jours-ci des difficultés à gouverner de Justin Trudeau, dont la capacité de manœuvrer librement est actuellement grandement entravée aux Communes, de ses efforts de séduction électoralistes peu dissimulés avec ses promesses de chèques et de congés de taxes, des ses volte-face notamment en immigration et de la très grande éventualité de devoir sous peu retourner aux urnes pour élire un nouveau gouvernement à Ottawa.
Mais ce qui se passe, ou ne se passe pas, à Québec, n’est pas moins troublant.
Non seulement le gouvernement, qui traine derrière le Parti québécois dans les sondages, ne règle pas les problèmes dans ses champs de compétences, mais dans certains cas, il a l’air de carrément mettre la table pour qu’ils empirent.
Cette semaine on a appris, par exemple, que le réseau de la santé en Outaouais devait procéder à des coupes de 90 millions de dollars. Des coupes? Tous ceux qui suivent le dossier de la santé dans notre région le savent : c’est d’une injection de 90 millions dont a besoin.
À lire aussi
Le CISSS de l’Outaouais doit sabrer 90 millions d’ici mars

Le réseau est sur les rotules. Et depuis longtemps. Les coroners commencent à faire des liens entre les manques de ressources et des décès.
C’est grave!
Que Québec demande de réduire les dépenses en santé, vue d’ici, alors que les médecins et tous les professionnels nous disent qu’ils ne savent plus s’ils peuvent effectuer leur travail selon les règles de l’art tellement on manque de moyens, est aberrante. Décision à classer dans la même catégorie « sans queue ni tête » que les nominations de Donald Trump à la tête des grands organismes gouvernementaux américains.
Et puis que dire de la paralysie caquiste dans le dossier de l’itinérance?
On pensait bien que l’ajustement budgétaire, la mise à jour économique de jeudi, corrigerait la situation qui empire de jour en jour, surtout avec le mercure qui descend et pas d’un point de vue astrologique mais bien météorologique. Eh bien non.
Que la situation actuelle soit intenable autant pour les personnes sans-abri que pour leurs concitoyens, que ça crée de la friction, des drames, des situations humainement inacceptables, que ça nécessite des interventions policières, que ça coûte plus cher à chaque jour où on ne règle rien, en frais médicaux, en coûts sociaux, ne semble pas être suffisant pour que le gouvernement provincial sorte son chéquier.
Que va-t-il falloir faire pour que Québec arrête de tergiverser sur le dos de gens qui ont froid dans la rue? Pour que le gouvernement caquiste verse sa part afin que 100 millions d’aide fédérale-provinciale soient accessibles aux municipalités et aux organismes qui aident les personnes sans toit. De quoi François Legault a-t-il peur? Qu’Ottawa ait une partie du crédit moral? Que la gloire politique ne revienne pas entièrement à Québec? Pourtant plus le premier ministre Legault attend et plus se bâtit à son endroit une perception de sans cœur et surtout de sans leadership.
Peu importe où logent les électeurs, politiquement, personne ne veut voir des gens qui ont froid et faim et mal, dans les parcs, dans la rue.
Autre état de fait dont Québec n’a pas à s’enorgueillir: l’inaction totale des troupes de François Legault dans le dossier du centre des congrès à Gatineau. On dirait presque une pièce de théâtre, une mauvaise comédie, commençant par un premier ministre sortant en campagne qui sert des mains en promettant un beau nouveau projet avec des dizaines de millions, qui se fait élire et n’en reparle à peu près plus ensuite. D’une banalité totale, mais néanmoins choquante. Pas étonnant que cette semaine, mairesse de Gatineau ait décidé qu’elle n’allait plus attendre après lui pour faire avancer ce projet. On n’est jamais si bien servi que par soi-même.
À lire aussi
Centre des congrès: Gatineau prend le ballon des mains de Legault

Et puis, et puis… Que dire du dossier Northvolt, par où commencer?
Après avoir licencié 1600 personnes en Scandinavie, la société mère suédoise s’est placée à l’abri de ses créanciers. En théorie, ça ne met pas en péril le projet québécois et les travaux continuent en Montérégie pour que l’usine à batteries fonctionne d’ici deux ans, trois ans…
À lire aussi
La société mère de Northvolt se place sous la protection de la loi aux États-Unis

Mais qui est rassuré au sujet des centaines de millions de dollars publics québécois en jeu, à peine un an après le début du projet? Des 200 millions prêtés par la Caisse de dépôt et 270 millions en investissements de Québec et un autre 200 millions prêtés pour l’achat d’un terrain, seule valeur réellement tangible et récupérable dans tout ça.
N’avons-nous pas le droit de demander au gouvernement caquiste s’il avait fait les vraies vérifications nécessaires pour s’assurer que cette compagnie avait les reins assez solides pour traverser les années dans ce secteur nouveau et rempli d’incertitudes? S’il a accompli le fameux « due diligence », pour reprendre l’expression anglaise, avant d’avancer autant de fonds ? Et n’avons-nous pas le droit d’en douter ? Et de rager en pensant que le ministre qui a piloté tout ça s’est sorti du pétrin juste à temps pour aller dans le secteur privé, où on le laissera tranquille le temps venu de la chasse aux faisans.
Et n’est-ce pas permis de rager aussi en repensant aux 50 millions que Québec refuse de débloquer pour les personnes sans-abri.
C’est à peu près 10 fois moins d’argent que ce qui est en jeu avec Northvolt.
Et c’est sûrement, où on en est, un investissement 10 fois plus sûr.