Le rétroviseur et le référendum
Pour la première fois depuis longtemps, le Parti québécois voit un adversaire dans son rétroviseur. Et pas n’importe lequel, son ennemi de toujours, le Parti libéral du Québec.
On pourrait toujours dire que les plus récents sondages ne sont pas une surprise puisque la nature a horreur du vide et que les libéraux ayant finalement un nouveau chef, ils ne pouvaient que remonter.
Mais cela pose un double problème au PQ : il a non seulement un adversaire qui remonte la pente, mais lui-même est sur une pente descendante depuis maintenant un trimestre. Il était à 39 % dans les intentions de vote au début décembre, il n’est plus qu’à 31 % dans le dernier sondage Léger.
Cette baisse est due, pour l’essentiel, à des facteurs que le PQ aurait pu contrôler. Au premier chef, la promesse de tenir un référendum sur la souveraineté, qui plombe ses résultats. Depuis plus d’un an, les sondages indiquent que plus de 60 % des Québécois se disent contre la souveraineté, avec une pointe à 71 % dans le dernier sondage Léger.
Le problème du PQ, c’est qu’il faudra plus que la promesse de Paul St-Pierre Plamondon d’être « intelligent et responsable » pour convaincre les électeurs que le PQ pourrait ne pas tenir de référendum si la situation – chez nous, mais aussi chez nos voisins du Sud – l’exigeait.
Il ne suffit pas d’avoir, comme l’a dit le chef du PQ, fait un peu de porte-à-porte dans Chicoutimi pour comprendre que la présidence de Donald Trump fait peur à beaucoup de Québécois et ne les incite pas du tout à voter pour un parti qui tient mordicus à tenir un référendum. Et on ne peut pas croire que la guerre en Iran va améliorer les choses.
En clair, PSPP n’a pas réussi à découpler les prochaines élections et un éventuel référendum sur la souveraineté.
L’idée voulant qu’un vote pour le PQ aux élections soit un vote pour un référendum sur la souveraineté reste imprégnée dans l’esprit des électeurs.
En même temps, les derniers sondages indiquent que ni Bernard Drainville ni Christine Fréchette ne feraient bouger substantiellement les intentions de vote pour la CAQ, qui se dirige vers une campagne électorale très difficile.
Résumé
Dans son histoire, le PQ a déjà réussi à briser ce lien. À son congrès de 1974 – après de douloureux débats internes –, le PQ avait accepté ce qu’on a appelé « l’étapisme ». Il était clair à ce moment-là qu’on y allait une chose à la fois, et que voter pour le PQ aux élections ne signifiait pas un chèque en blanc jusqu’à l’indépendance.
Mais ce découplage n’était pas arrivé tout seul. Le PQ de René Lévesque avait un vaste programme progressiste à présenter aux électeurs lors des élections de 1976 : loi 101, réforme de l’assurance automobile, Loi sur le financement des partis politiques, Loi sur la protection de la jeunesse, protection du territoire agricole, aide juridique et j’en passe.
Le tout avait donné lieu à un joli truc électoral de la part du PQ. À cette époque, beaucoup des petits restaurants du coin utilisaient des napperons – rien à voir avec ceux de la SAAQ ! – où les garagistes et d’autres commerçants affichaient leurs services.
Le PQ avait acheté de la publicité sur ces napperons pour y montrer son programme électoral. Bref, tout le monde savait ce que ferait le PQ s’il était élu.
Ce n’est pas que le PQ n’a pas fait de propositions intéressantes depuis l’arrivée à sa tête de PSPP. Mais il reste qu’on parle le plus souvent d’initiatives qu’on peut associer au référendum, à l’identité et à l’immigration. Le napperon péquiste de cette année serait assez éloigné des préoccupations plus immédiates des électeurs.
Il n’y a que peu de promesses du PQ qui sont vues dans l’électorat comme assurant une meilleure qualité de vie ou des finances publiques plus saines. Pour la plupart des Québécois, la première chose qui vient à l’esprit quand on parle du PQ, c’est encore le référendum.
Cet acharnement a un coût surtout en ces temps où Donald Trump fait régner l’incertitude tant économique que sécuritaire. Il reste encore trois ans à son mandat et l’ouragan Trump ne donne toujours pas de signes d’apaisement.
Résultat : les libéraux de Charles Milliard chauffent maintenant le PQ dans les intentions de vote, même si c’est loin d’être le cas dans l’électorat francophone. Le chef libéral reste encore relativement peu connu. Mais avec lui, les Québécois savent qu’il n’y aurait pas de référendum.
Évidemment, rien n’est joué, mais il est assez clair que la course se joue désormais entre le PQ et le PLQ. Le PQ jouit toujours d’une avance confortable auprès des francophones, mais les dernières projections de sièges placent le PQ dangereusement proche d’un gouvernement minoritaire. Ce qui changerait tous les scénarios, à commencer par l’adoption d’une question référendaire à l’Assemblée nationale.
En même temps, les derniers sondages indiquent que ni Bernard Drainville ni Christine Fréchette ne feraient bouger substantiellement les intentions de vote pour la CAQ, qui se dirige vers une campagne électorale très difficile.
Tout peut encore changer, mais on sait déjà que la perspective d’un troisième référendum sur la souveraineté sera déterminante dans une campagne électorale qui aura lieu dans seulement sept mois.