Les premiers ministres canadiens se rencontraient jeudi à Ottawa.
Résumé
Mark Carney a semblé suivre le conseil de M. Legault, disant que l’élection provinciale est dans neuf mois et que « ce sera la décision des Québécois et des Québécoises ».
Mais c’est surtout le premier ministre de la Colombie-Britannique, David Eby, qui a sévèrement dénoncé la démarche d’indépendantistes albertains qui se rapprochent de l’administration Trump.
Le Financial Times, citant des sources confidentielles, rapporte que des dirigeants de l’Alberta Prosperity Project, un groupe de droite qui milite pour la séparation de l’Alberta, ont rencontré des représentants du département d’État américain à Washington à trois reprises depuis avril 2025.
Ces derniers tenteraient de rencontrer le mois prochain des responsables du département d’État et du Trésor afin d’obtenir une ligne de crédit de 500 milliards de dollars pour financer la province dans l’éventualité où le « Oui » remporterait un futur référendum sur l’indépendance.
En entrevue à La Presse, le leader séparatiste albertain Mitch Sylvestre confie que l’Alberta Prosperity Project s’est effectivement rendue à Washington pour avoir « des conversations », mais affirme n’avoir « rien demandé » aux Américains. Selon lui, « les conversations au sujet du 500 milliards étaient des conversations » et qu’il s’agit d’une préparation en prévision d’une éventuelle victoire référendaire.
« Nous nous sommes présentés aux personnes susceptibles de nous aider à concrétiser le projet si nécessaire. Nous avons spécifiquement demandé aux États-Unis de rester à l’écart et de laisser faire nos affaires. Nous leur avons demandé de ne pas nous apporter un soutien financier pour l’instant », a dit M. Sylvestre.

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Le premier ministre de la Colombie-Britannique David Eby
À Ottawa, le premier ministre Eby ne pouvait concevoir que des Canadiens se rendent à l’étranger « demander de l’aide pour briser le Canada ».
« À mon avis, il s’agit d’un acte de trahison, et il faut le dénoncer. Il faut y mettre un terme », a-t-il dit.
Pendant ce temps, le premier ministre Mark Carney n’a pas réagi directement à cette affaire, évitant aussi de parler d’ingérence étrangère de la part des États-Unis.
Je m’attends à ce que l’administration américaine respecte la souveraineté du Canada en tout temps, sans exception.
Mark Carney, premier ministre du Canada
« Quand j’ai eu des discussions avec le président des États-Unis, j’ai fait ce point », a-t-il dit.

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Bloyce Thompson, Mark Carney, Doug Ford et Tim Houston
M. Carney a également affirmé que le président Trump n’a jamais évoqué l’indépendance de l’Alberta ou du Québec dans leur conversation.
Dans les derniers jours, le secrétaire américain au Trésor Scott Bessent a légitimé la démarche indépendantiste albertaine en disant que la province canadienne devrait « se joindre aux États-Unis ».
« Ils ont d’importantes ressources. Les Albertains sont très indépendants. Ils pourraient tenir un référendum pour décider s’ils veulent rester au sein du Canada ou non », a-t-il dit en entrevue à un balado conservateur.
Selon le directeur des politiques internationales de l’École de politiques publiques de l’Université de Calgary Carlo Dade, il s’agit néanmoins d’un « mouvement marginal de séparatistes purs et durs » qui existe dans cette province de l’Ouest.
« Même en Alberta, nous levons les yeux au ciel », dit-il en entrevue. Il estime que ce mouvement permet aux Américains de diviser les Canadiens à l’aube des négociations de l’ACEUM et qu’il faudrait cesser de tomber dans le panneau.
La première ministre albertaine Danielle Smith a dit s’attendre à ce que l’administration américaine « respecte la souveraineté canadienne et qu’elle limite ses discussions sur le processus démocratique de l’Alberta aux Albertains et aux Canadiens ».
Pour sa part, le premier ministre François Legault a évité d’aborder l’enjeu albertain, disant qu’il n’avait pas à se prononcer.
En marge de son caucus à Saint-Georges, en Beauce, le chef du Parti québécois n’a pas voulu commenter les actions posées par le Alberta Prosperity Project, mais il a confirmé que sa formation politique « n’a pas de lien [avec les États-Unis] à part les canaux diplomatiques qu’on a avec tous les pays dans le monde ».
Carney promet de rencontrer chaque mois les premiers ministres provinciaux pendant la révision de l’ACEUM
Le premier ministre Mark Carney s’est engagé jeudi à rencontrer ses vis-à-vis des provinces et des territoires chaque mois, lorsque la révision de l’accord de libre-échange avec les États-Unis et le Mexique aura formellement commencé.
L’examen de cette entente commerciale, connue sous son acronyme ACEUM, doit commencer dans les prochaines semaines, a précisé M. Carney, plus tôt cette semaine.
« Quel est le message d’aujourd’hui ? C’est le message d’une équipe. Le premier ministre du Québec, le premier ministre de l’Ontario, tous les premiers ministres et le premier ministre du Canada, nous travaillons ensemble afin de bâtir […] un pays plus fort, plus résilient, plus indépendant, plus prospère, plus durable », a-t-il dit.
Le premier ministre fédéral, de même que ses homologues, a insisté sur l’importance de diversifier les partenaires commerciaux afin de réduire la dépendance envers les États-Unis.
L’administration américaine de Donald Trump mène une guerre tarifaire avec de nombreux pays, dont le Canada, depuis environ un an.
La Presse Canadienne