Chroniques

PHOTO CATHERINE LEFEBVRE, ARCHIVES COLLABORATION SPÉCIALE
Le belvédère Kondiaronk, surplombant le centre-ville de Montréal, a été nommé en l’honneur d’un chef wendat, personnage phare de la Grande Paix de 1701
À l’occasion du 325ᵉ anniversaire de la Grande Paix de Montréal, notre collaboratrice Isabelle Picard revient sur le coup de maître diplomatique de 1701 pour mettre en lumière ses enjeux méconnus.
À l’été 1701, 39 nations autochtones, 1300 personnes, se réunissent dans un Montréal qui ne compte à l’époque qu’au plus 1500 âmes. L’enjeu est important : il ne vise rien de moins que la signature d’un traité de paix. De Grande Paix.
Comme dans tout territoire que l’on colonise, les choses ne se passent pas sans heurts. Encore moins quand plusieurs pays colonisent un continent en même temps et qu’ils sont parallèlement en guerre en Europe.
C’est ce qui s’est passé ici et qui a mené à la signature du traité de la Grande Paix de Montréal, le 4 août 1701.
Mais revenons d’abord en arrière, puisque toute histoire mérite nuances.
Plus de détails
C’est connu, le commerce des fourrures a été l’activité économique qui a mené à la fondation de la Nouvelle-France. Après avoir cherché en vain de l’or et des diamants, c’est finalement la fourrure de castor qui est devenue la ressource convoitée dans le nord-est de ce Nouveau Monde, du moins au XVIIe siècle. C’est avec le drap de castor, le feutre, la fourrure rase que l’on confectionne en Europe les très populaires chapeaux, symbole ultime de prestige et de richesse.
Or, dès les fondements de la colonie, les Français ont créé des alliances commerciales avec les Wendat et les Anishinaabeg, puis plus tard avec les Outaouais, entre autres.
Communément appelés les Iroquois, les Haudenosaunee, eux, se situent plus au sud dans l’actuel État de New York. Ils créent conséquemment des alliances avec les Hollandais d’abord, puis avec les Britanniques.
Depuis les débuts de la traite des fourrures, les Haudenosaunee, les Français et leurs nations alliées s’affrontent pour le contrôle des voies de navigation, des territoires de chasse au castor, et donc, pour la précieuse ressource.
Ainsi, en Nouvelle-France, de nombreux raids sont menés par les Haudenosaunee, tout comme par les Français et leurs nations alliées, faisant des milliers de morts.
Évidemment, un tel climat est invivable et freine le développement de la colonie française.
En 1697, un évènement viendra créer une brèche dans les affrontements qui durent depuis plus d’un siècle. En effet, le traité de Ryswick est signé en Europe, mettant fin à la guerre de la Ligue d’Augsbourg entre la Grande Alliance (incluant les Anglais) et les Français.
Cette signature ne sera pas sans conséquence pour les Iroquois, qui seront privés des armes et du soutien militaire de leurs alliés anglais, forcés de cesser toute forme d’hostilité avec les Français.
Cet affaiblissement des Haudenosaunee se veut la porte d’entrée idéale vers des pourparlers de paix en Nouvelle-France, qui s’étaleront sur plus de quatre années, jusqu’à leur point culminant à l’été 1701 à Montréal.
C’est Kondiaronk, un diplomate et orateur wendat hors pair, qui viendra, malgré la maladie qui sévissait à Montréal et dont il était atteint (on parle le plus souvent d’influenza), sceller la paix entre les nations autochtones présentes et les Français dans un discours de deux heures qui saura convaincre les uns et les autres de l’importance et des avantages d’une paix durable. Kondiaronk mourra quelques heures plus tard.
Résultat : 39 nations autochtones viendront apposer leurs signatures sous forme de pictogrammes à côté de celle du gouverneur Louis-Hector de Callière, non sans conditions.

PHOTO WIKIPEDIA COMMONS
Numérisation d’une copie de la Grande de Paix de Montréal de 1701 extraite du livre La Grande Paix, Chronique d’une saga diplomatique, Alain Beaulieu, Montréal, éditions Libre Expression, 2001
La confédération Haudenosaunee doit libérer les captifs et s’engager à demeurer neutre en cas de guerre entre l’Angleterre et la France. En échange, ils auront un plus grand accès au commerce établi et à certains territoires de chasse.
Mais là où la Nouvelle-France fait des gains, outre la paix promise, c’est qu’en cas de différends entre les nations autochtones, la France assumera un rôle de médiateur, une position qui lui permettra de renforcer sa position coloniale. La paix n’est jamais totalement gratuite.
La Grande Paix de Montréal est longtemps restée dans l’oubli. Kondiaronk aussi. Avec plus de trois siècles de recul, peut-être faut-il tout de même y voir un évènement duquel s’inspirer : une leçon, un rappel que malgré les différences, la distance, les aspirations, les langues, les cultures, les visions, les alliances et les échecs, un terrain d’entente est toujours possible si on le veut bien, si on sait écouter et se parler.
Les négociations entourant cette entente seront effectuées dans une douzaine de langues différentes, avec des mœurs tantôt autochtones – on pense aux colliers wampums, au partage du tabac ainsi qu’aux danses –, tantôt françaises. Un exemple de diplomatie.
Quoi qu’il en soit, l’histoire de la Grande Paix de Montréal est un des témoins de notre histoire commune, dont la connaissance permet de mieux s’ouvrir à l’autre et de se comprendre.
Opinions

ILLUSTRATION FRANCIS BACK, ARCHIVES LA PRESSE
Le chef Kondarionk fut l’instigateur de la Grande Paix de Montréal signée le 4 août 1701, deux jours après sa mort.
Marie-Christine Pioffet relate le dernier discours du chef Kondiaronk, artisan essentiel de la Grande Paix de Montréal de 1701.
Il y a 325 ans jour pour jour mourait, le 2 août 1701, le Tionontati Kondiaronk (ou Kandiaronk, selon la graphie préconisée par le spécialiste du wendat John Steckley). Le chef de Michilimakinac, brillamment mis en scène par l’historien Claude-Charles Le Roy Bacqueville de La Potherie, fut non seulement un redoutable guerrier, mais aussi le principal artisan de la Grande Paix de Montréal signée le 4 août 1701.
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