
PHOTO FOURNIE PAR L’ASSOCIATION NATIONALE DES ÉDITEURS DE LIVRES
(Bruxelles, Belgique) Tour et Taxis, l’ancien site industriel érigé au bord du canal de Bruxelles, à deux pas du centre-ville, est né d’un rêve de grandeur. Celui du roi Léopold II qui voulait faire de sa capitale le carrefour douanier et ferroviaire du nord de l’Europe. Le site deviendra le poumon économique du royaume.
Nous sommes au début du XXe siècle. La Belgique vit un âge d’or commercial. Les marchandises arrivent par bateau et par train des quatre coins du monde. La Gare maritime de Tour et Taxis est la plus importante gare de marchandises du continent. Les épices, le thé, le tabac et les alcools précieux affluent. Ils sont dédouanés puis stockés dans les vastes entrepôts.
Mais le monde change. Après la fin des activités douanières, le site est abandonné dans les années 1980. Le vent patine chaque jour un peu plus les vieux bâtiments de brique rouge, de pierres bleues et d’acier et on se demande quoi faire de cet éléphant blanc en plein centre-ville.
Au début des années 2000, le site est restauré. Il accueille depuis des bureaux et des évènements, comme la Foire du livre de Bruxelles.
En ce samedi venteux et au ciel incertain, des milliers d’ouvrages sont empilés sur des étagères. Une foule nombreuse et animée défile dans les allées. Du 26 au 29 mars derniers, la fête du livre aura attiré 92 000 visiteurs et plus de 1000 autrices et auteurs. Un record d’affluence.
« L’ambiance était extraordinaire », se réjouit Charles-Olivier Tchoungang, chargé de programmation et évènements littéraires de la Foire. « On a réussi à joindre tous les types de lecteurs. L’enthousiasme était également fort dans le public et chez les écrivains. »
Le Québec était représenté par une délégation de 26 autrices et auteurs. Parmi eux, de grands noms, comme Marie-Christine Chartier, l’une des autrices chouchous du Québec, qui se fait peu à peu une place en Europe.
Le Québec est depuis longtemps en territoire ami à Bruxelles. En 2015, il était invité d’honneur officiel. En 2017, c’était au tour de la ville de Montréal. Aujourd’hui, la Belgique représente le deuxième marché d’exportation en importance pour le milieu du livre québécois. Et la directrice générale de l’Association nationale des éditeurs de livres, Karine Vachon, qualifie de franc succès l’édition 2026, grâce, dit-elle « à une hausse des ventes de livres, à la grande fréquentation du stand et à la grande présence des auteurs d’ici dans la programmation de l’évènement ».
« Il y a 104 langues parlées ici », ajoute Hélène Drainville, la déléguée générale du Québec à Bruxelles.
La foire est une porte d’entrée extraordinaire. Elle permet à la culture québécoise de rayonner et à notre industrie du livre de faire des affaires et de se développer. C’est un point d’ancrage pour le Québec.
Hélène Drainville, la déléguée générale du Québec à Bruxelles
La bédéiste Sev, qui en était à sa première sur le sol européen, se disait touchée par l’accueil du public.
« Les Belges qui venaient nous voir le faisaient par intérêt pour le Québec et sa littérature, mentionne-t-elle. Plusieurs avaient des repères, ils connaissent le Québec et souhaitent s’immerger dans notre univers. »
Cette amitié entre le Québec et la Belgique tient peut-être à ce combat commun, qu’il faut depuis longtemps mener des deux côtés de l’Atlantique pour protéger une culture et une langue dans un environnement minoritaire. L’anglais pour le Québec. Le néerlandais pour les Belges. Un combat mené avec le livre et la littérature en blason.
D'autres détails
Mais aussi plusieurs jeunes plumes. Sophie Lalonde-Roux défendait, au stand de Québec Édition, son premier roman, Poudreuse, publié chez L’instant même, dans lequel elle aborde la détresse et la toxicomanie. Le roman a été couronné du Prix littéraire des collégiens et collégiennes au Québec, l’automne dernier. À Bruxelles, l’autrice a eu l’occasion de participer à une rencontre sur scène. La discussion devant public avec une écrivaine locale a donné lieu à un échange apprécié.
Paul Tom présentait lui aussi son premier livre, Seuls, un très beau roman graphique racontant l’histoire de trois jeunes réfugiés qui arrivent au Canada non accompagnés. Ils sont 400 mineurs dans cette situation chaque année au pays. Né dans un camp de réfugiés en Thaïlande de parents cambodgiens, l’auteur a lui-même émigré au Québec avec sa famille à l’enfance. Son livre, illustré par Mélanie Baillairgé, est une adaptation du film documentaire qu’il a réalisé.
« Si les gens savaient ce que ces jeunes vivent, il y aurait plus d’ouverture », explique-t-il. « Les gens ne soupçonnent pas ce que des bras ouverts peuvent représenter pour celui qui arrive seul les mains vides. »
L’essayiste Mathieu Bélisle, qui a fait paraître l’automne dernier chez Lux Éditeur le remarqué Une brève histoire de l’espoir, a débattu avec les Françaises Tania de Montaigne et Sarah Chiche du climat politique et social négatif dans lequel nous baignons.

PHOTO ALAIN ROBERGE, ARCHIVES LA PRESSE
Mathieu Bélisle
Un sujet aussi brûlant d’actualité. Car nous sommes sans doute nombreux à nous demander en ce moment comment garder espoir en ces temps de nuages sombres au-dessus de nos têtes.
L’avocate Dania Suleman, qui est musulmane, a porté le voile, mais ne le porte plus. Elle présentait l’essai Les Malentendues, une réflexion sur le féminisme et la foi. Elle y défend l’idée qu’il est possible d’être féministe et en même temps de pratiquer sa religion, deux droits constitutionnels qui doivent être réconciliés.
Le Québec est depuis longtemps en territoire ami à Bruxelles. En 2015, il était invité d’honneur officiel. En 2017, c’était au tour de la ville de Montréal. Aujourd’hui, la Belgique représente le deuxième marché d’exportation en importance pour le milieu du livre québécois. Et la directrice générale de l’Association nationale des éditeurs de livres, Karine Vachon, qualifie de franc succès l’édition 2026, grâce, dit-elle « à une hausse des ventes de livres, à la grande fréquentation du stand et à la grande présence des auteurs d’ici dans la programmation de l’évènement ».
« Il y a 104 langues parlées ici », ajoute Hélène Drainville, la déléguée générale du Québec à Bruxelles.