3 articles
Étudiants étrangers Le rêve de la « Belle Province » s’assombrit
Les chiffres sont frappants : dans certaines universités québécoises, les inscriptions d’étudiants étrangers ont chuté de moitié en deux ans. Des étudiants qui ont tout misé sur le Québec déconseillent aujourd’hui à d’autres de faire la même chose. En France, les candidats ne se sentent plus bienvenus dans la « cabane universitaire » dont ils avaient tant rêvé. Un dossier de Suzanne Colpron, à Montréal, et Philippe Teisceira-Lessard, en France.
Une cabane au Canada verrouillée pour des milliers de Français
Résumé
(Lyon) « C’est très compliqué en ce moment, l’immigration au Québec », explique le recruteur devant une salle de conférence presque vide. « Je vous dresse un portrait très très sombre, j’en suis désolé, mais c’est la situation actuelle. »
Mathieu Rieg tente de dénicher de nouveaux étudiants étrangers pour des centres de formation professionnelle (CFP) du Québec, mais se refuse à vendre du rêve. Depuis 2024 et le début des resserrements sur l’immigration temporaire, les tournées françaises du recruteur ressemblent davantage à des séances collectives de deuil qu’à des cérémonies de réjouissance.
Dimanche dernier, dans un hôtel de Lyon, seules quatre personnes avaient fait le déplacement pour la séance à laquelle La Presse a assisté. Avant 2024, les salles étaient pleines, explique le directeur des opérations chez Accès Études Québec.

PHOTO PHILIPPE TEISCEIRA-LESSARD, COLLABORATION SPÉCIALE
Mathieu Rieg, directeur des opérations chez Accès Études Québec
« On est passés de 250 dossiers par an à 60 », explique-t-il, en faisant référence au nombre d’étudiants français qui se rendent au bout du processus et intègrent une formation professionnelle au Québec, avec l’aide de l’organisme.
Jusqu’à récemment, ce statut d’étudiant permettait souvent à l’étudiant et à son conjoint de travailler de deux à cinq ans au Québec, à l’issue de quoi le Programme de l’expérience québécoise (PEQ) offrait une « voie royale » vers la résidence permanente.
Mais la réduction des seuils d’immigration, le resserrement important sur les possibilités de travailler et la fin du PEQ ont mis un point final aux rêves de cabane au Canada entretenus par nombre de Français.
« La fin de l’auberge canadienne »
Ce n’est pas que la porte des formations professionnelles qui se referme au nez des Français. Ottawa a annoncé sa volonté de réduire de moitié le quota de nouveaux étudiants étrangers à qui il distribuera des visas d’études, des CFP jusqu’au doctorat.
C’est « la fin de l’auberge canadienne », titrait Le Monde il y a quelques semaines. Le quotidien évoquait l’impact de ces restrictions sur les Français, mais aussi sur les établissements québécois qui comptaient sur cette fréquentation supplémentaire. « On a resserré nos projets, avec un quasi-gel des embauches », expliquait Christian Blanchette, recteur de l’Université du Québec à Trois-Rivières, dans les pages du quotidien parisien. « Ça nous coupe les ailes, alors que nous sommes en pleine croissance. »
« Les parents des jeunes Français se demandent si le Québec désire encore accueillir des étudiants », ajoutait Michèle Glémaud, directrice des admissions à l’Université de Montréal. L’établissement a vu ses candidatures internationales chuter de 37 % en un an.
La Presse a déjà rapporté que le nombre total d’étudiants étrangers au Québec avait chuté d’environ 12 % en seulement un an, à la dernière rentrée. Des cas d’abus et d’établissements privés presque exclusivement fréquentés par des expatriés – souvent sans véritable volonté de conclure un diplôme – ont notamment été évoqués par les gouvernements pour justifier les resserrements.
Dans le monde du travail, aussi, les Français s’inquiètent. « Les candidats me contactent beaucoup pour trouver une solution », explique Nicolas Demarthe, expert en acquisition de talents chez Humanify, qui travaille avec beaucoup d’expatriés du Vieux Continent.
En plus de la diminution des seuils d’entrée sur le territoire canadien pour les travailleurs temporaires et des restrictions imposées par le gouvernement québécois, le rêve de résidence permanente qui s’éloigne en décourage bon nombre.
« Ne pas pouvoir rester de manière permanente, c’est une inquiétude aussi bien pour les candidats que pour les entreprises, indique M. Demarthe. Les candidats se disent qu’ils doivent tout quitter pour venir dans un pays, alors qu’ils devront peut-être rentrer dans deux ans parce qu’ils ne pourront peut-être pas demander leur résidence permanente. Et de l’autre côté, les entreprises se disent qu’elles ne vont pas faire venir quelqu’un, payer un avocat en immigration, pour qu’au bout de deux ans, cette personne doive rentrer chez elle. »
« On ne peut pas descendre plus bas »
Retour à Lyon. Dans la salle, David et Karine soupèsent leurs options : le camionneur et la secrétaire-comptable dans la quarantaine ne voient pas très bien comment ils pourraient s’insérer dans les critères du Québec tout en arrivant dans de bonnes conditions.
Leur fille amorce un programme artistique dans un cégep à la rentrée et David caresse depuis longtemps le rêve de s’établir au Québec. « Ça fait 15 ans que j’y pense », laisse-t-il tomber. Le couple s’est informé sur des groupes de Français en ligne, où le consensus est clair : oubliez vos rêves canadiens.
« L’avantage pour vous, c’est qu’on ne peut pas descendre plus bas. À un moment, ça va forcément remonter », tente Mathieu Rieg. Mince consolation.
Charlotte Bossard, 26 ans, aura peut-être plus de facilité à s’expatrier. Après un début de carrière insatisfaisant en marketing, elle voudrait se reconvertir dans l’enseignement. « De ce que j’ai entendu, il y a tellement de personnes qui veulent venir s’installer au Québec que, du coup, ils ont été obligés de restreindre et, du coup, ça devient compliqué », dit-elle en s’étonnant de la faible affluence à la séance d’information.
« Ça me rassure, ça veut peut-être dire que j’aurai plus de chances », ajoute-t-elle en riant.
« Notre amie, c’est la France »
La ministre québécoise de l’Enseignement supérieur, pour sa part, tente de convaincre les jeunes Français qu’ils devraient toujours tenter leur chance au Québec.
« Les Français qui souhaitent venir étudier au Canada, et en particulier au Québec, sont les bienvenus », a assuré Martine Biron, en entrevue avec Le Figaro Étudiant, plus tôt ce printemps. La ministre était en déplacement en France et en Belgique pour tenter de faire la promotion d’une expérience d’études au Québec.
« Nous voulons des étudiants qui obtiennent leur diplôme, pas des étudiants qui abandonnent au bout de trois mois une fois arrivés au Canada ou qui viennent pour demander l’asile, a-t-elle continué. Notre amie, c’est la France. »
Et certains chiffres semblent démontrer que les Français continuent à rêver de la fameuse « Belle Province ». Une mission conjointe des organismes économiques de Montréal, de Québec et de Drummondville a suscité plus de 3000 candidatures l’automne dernier à Paris, débouchant sur une trentaine d’embauches et une quarantaine d’admissions scolaires.
Christine Fréchette est devenue première ministre du Québec quelques jours à peine après le retour de sa ministre Martine Biron au Québec. La nouvelle cheffe de gouvernement a promis de rouvrir temporairement le Programme de l’expérience québécoise, mais les modalités restent à être définies.
Peu importe la suite des choses, les changements incessants aux politiques migratoires laisseront des traces, de l’avis de la Fédération des chambres de commerce du Québec (FCCQ).
« On l’entend beaucoup des entreprises qui font du recrutement encore à l’international : c’est plus difficile qu’avant parce que la réputation du Québec a été entachée, ça, c’est très clair », rapporte la PDG Véronique Proulx, en entrevue téléphonique avec La Presse.
« On se doit de démontrer qu’on est un territoire accueillant pour les gens qui viennent avec leur famille, qu’on va faciliter leur intégration, qu’ils seront bien accueillis et qu’ils auront de la prévisibilité », continue-t-elle.
La FCCQ plaide pour que les gouvernements facilitent l’arrivée de davantage d’étrangers afin de pourvoir les centaines de milliers de postes qui seront vacants d’ici 2033.
« On nous met trop de bâtons dans les roues »
Résumé
Ils sont venus de France pour étudier au Québec. Certains vivent ici depuis cinq, huit, dix ans. Ils aiment ce qu’ils ont trouvé : les universités, la culture, les amis. Et pourtant, si on leur demande aujourd’hui s’ils recommanderaient cette expérience à d’autres étudiants français, ils répondent tous la même chose : n’y allez pas.
Julian Ballester a mis dix ans à construire sa vie au Québec. Dix ans de séjours, d’études, de travail, d’intégration.
En 2019, il s’est inscrit à la maîtrise en études littéraires à l’Université du Québec à Montréal (UQAM), puis il a enchaîné avec le doctorat. Le plan était simple : obtenir la résidence permanente par l’entremise du Programme de l’expérience québécoise (PEQ) à la fin de sa maîtrise, puis faire son doctorat tranquille.
« Il y avait des perspectives assez claires », rappelle-t-il.
Le PEQ a été mis sur pause quelques semaines avant qu’il reçoive son diplôme, puis aboli en novembre 2025. Aujourd’hui, Julian Ballester, 36 ans, poursuit ses études et est secrétaire de rédaction d’une revue spécialisée en littérature québécoise à l’UQAM.
Le mois dernier, il a reçu trois bourses auxquelles il avait postulé : une du Conseil de recherches en sciences humaines du Canada de 120 000 $, et deux du Fonds de recherche du Québec, une de 91 000 $ et une autre de 66 000 $, réservée aux étudiants étrangers. Les trois ne sont pas cumulables.
« À la fois, je suis super honoré, super reconnaissant, extrêmement heureux de recevoir des bourses comme ça. Mais en même temps, je vois que les gens qui me subventionnent sont ceux qui, par ailleurs, m’empêcheront de rester et de travailler ici », dit-il.
Ce qu’il retient de son expérience ? « C’est un sentiment de gâchis, d’angoisse, d’absurdité, parce que je sens bien qu’à la fin de ce parcours-là, il n’y a rien », dit-il.
Selon lui, ce sentiment dépasse largement son propre cas. Dans les communautés étudiantes internationales, il dit voir « un sentiment d’avoir été trahis », des parcours « brisés » et des projets de vie remis en question.
Retourner en France ? Il n’y a plus de réseau. « Je suis inséré socialement dans ce pays-là. » Un doctorat en littérature québécoise ne se valorise pas facilement ailleurs.
À la question de savoir ce qu’il dirait à un étudiant français qui songe à venir, sa réponse est directe : « De ne surtout pas faire cette erreur-là. » Ou alors, d’attendre. De voir si un prochain gouvernement sera « moins hostile aux immigrants ». « Mais je leur dirais de ne surtout pas le faire aujourd’hui, en 2026. Tout quitter pour le Québec dans ces conditions, c’est foncer dans un mur. »
Se retrouver « le bec dans l’eau »
Théo Raffin dit aussi aux Français qui veulent venir étudier au Québec : réfléchissez-y à deux fois. « On nous met trop de bâtons dans les roues pour que ce soit facile. Il faut que tu aies la tête accrochée et que tu le veuilles vraiment. Sinon, tu n’y arriveras pas. »

PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, LA PRESSE
Théo Raffin, originaire de France, enseigne la musique dans une école primaire.
Lui, il l’a voulu vraiment. Arrivé en 2021, il a fait une maîtrise en chant classique à l’Université de Montréal, puis un diplôme de troisième cycle d’un an. Il a obtenu son diplôme en juillet 2025. Le gouvernement a fermé le PEQ le même mois.
« J’ai eu mon diplôme en juillet. Quand j’ai voulu faire ma demande, ils avaient fermé le programme. Je me suis retrouvé le bec dans l’eau », dit-il.
Il détient aujourd’hui un permis de travail postdiplôme valable trois ans.
Dans son entourage, des étudiants français sont déjà repartis. Pas parce qu’ils ne voulaient pas rester, mais parce qu’ils ne voyaient pas l’intérêt de s’établir, de construire quelque chose, pour devoir tout quitter trois ans plus tard.
Théo Raffin, lui, s’en sort. Il est artiste lyrique, et enseigne la musique au primaire à Saint-Bruno-de-Montarville. Un parcours du combattant : évaluation comparative des diplômes, démarches avec le consulat de France, refus du centre de services scolaire de Montréal avant que celui des Patriotes accepte de l’engager.
« On s’en sort, mais difficilement », dit-il.
Ça vaut le coup quand même ? Il dit oui, sans hésiter. « Ce que j’ai vécu au Québec depuis cinq ans, je n’aurais jamais vécu ça en France. » Mais il nuance aussitôt : « C’est fou ce qu’on nous demande et les délais que ça prend, alors qu’on parle la même langue et que nos pays ont de grosses ententes ensemble. »
Un sentiment généralisé
Loïc Bizeul tient le même discours que Julian et Théo. Postdoctorant français de 32 ans, spécialisé en études du religieux contemporain, il a passé presque neuf ans au Québec avant de soutenir sa thèse à l’Université de Sherbrooke en janvier 2025, pile durant la mise sur pause du PEQ. Il a depuis obtenu un poste de chercheur postdoctoral à la faculté de droit.

PHOTO DAVID BOILY, LA PRESSE
Loïc Bizeul est venu au Québec pour faire un doctorat à l’Université de Sherbrooke.
Sur le papier, il s’en sort. Il a même reçu une invitation dans le Programme de sélection des travailleurs qualifiés (PSTQ). Mais il n’arrive pas vraiment à s’en réjouir. Il ne sera serein, dit-il, que le jour où il recevra son certificat de sélection du Québec (CSQ), première étape vers la résidence permanente.
Après presque neuf ans au Québec, il résume ce qu’il ressent aujourd’hui en deux mots : « déception » et « colère ». Sa thèse portait sur un sujet de la vie québécoise qui n’avait pas été documenté : le parcours des prêtres catholiques gais.
« Qu’est-ce qu’il faudrait faire pour montrer qu’on a une place ici ? », lance-t-il.
À ses yeux, le conseil est simple : ne pas tout quitter pour le Québec.
« J’ai le sentiment qu’on nous vole en partie une intégration qui est somme toute réussie. Et je suis sûr qu’il y a plein d’autres étudiants qui pourraient dire la même chose que moi. C’est un sentiment généralisé. »
« Malgré ces temps d’incertitude, il y a encore du bon »
Résumé
Oscar Castillo les voit arriver dans son bureau. Des étudiants étrangers, qui viennent de lire un article sur les quotas, le Programme de l’expérience québécoise (PEQ), une nouvelle règle. Ils veulent savoir s’ils pourront finir leurs études, rester, travailler.
M. Castillo est chef de l’équipe immigration d’UdeM international. Son travail, c’est de les rassurer. Leur dire qu’il y a encore le permis de travail post-diplôme. Que ce n’est pas tout fermé. Que le Programme de sélection des travailleurs qualifiés (PSTQ) existe.
« Il faut leur dire que malgré ces temps d’incertitude, il y a encore du bon », dit-il.
Ce que les universités québécoises vivent depuis deux ans ressemble à ça : elles tentent de retenir des étudiants étrangers que les politiques gouvernementales, elles, font fuir.
Les chiffres baissent
À l’Université de Montréal (UdeM), les demandes d’admission d’étudiants internationaux ont reculé de 30 % depuis 2023. À l’automne 2025, la baisse a été de 37 % par rapport à l’année précédente.
À l’Université Laval, les nouvelles inscriptions d’étudiants étrangers ont chuté d’environ 25 % deux années de suite. « Avec le cumul, à l’automne 2025, c’est à peu près 50 % de 2023 », rapporte François Gélineau, vice-recteur aux affaires internationales de l’Université Laval.
Le gouvernement cite souvent des baisses d’inscriptions de 5 % ou 6 % pour minimiser la situation. M. Gélineau explique toutefois pourquoi ce chiffre est trompeur : les étudiants s’inscrivent dans des programmes de deux à cinq ans. Une cohorte qui n’est pas arrivée en 2025 manquera aussi en 2026, 2027 et 2028.
« Notre baisse de l’année un se répercute sur l’année deux, l’année trois, des fois l’année quatre », dit-il. Si la tendance se maintient, l’Université Laval se retrouvera à terme avec 50 % moins d’étudiants étrangers.
À l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR), les demandes d’admission sont en baisse de 40 % cette année, après une chute de 50 % l’an dernier.
Deux vitesses
La baisse n’est pas uniforme. À l’UdeM, les données internes montrent que le recul des étudiants français est réel, mais atténué. Entre 2023 et 2025, le nombre de nouveaux étudiants français inscrits au premier cycle a reculé de 21 %. Sur l’ensemble des étudiants internationaux, toutes origines confondues, la baisse dépasse 30 %.
La différence tient à un seul facteur : les taux de refus de permis d’études délivrés par Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC). Dans des marchés comme le Maghreb et l’Afrique subsaharienne, ces taux dépassent parfois 80 %.
« On nage à l’aveugle », explique M. Gélineau. Une université sélectionne des dossiers solides, émet des offres d’admission, obtient les certificats d’acceptation du Québec (CAQ). Puis IRCC refuse les permis d’études.
« Nos taux de conversion sont tributaires de variables dont on n’a aucun contrôle », dénonce-t-il.
Ces bassins africain et maghrébin qu’IRCC traite avec le plus de sévérité sont précisément les bassins sur lesquels s’appuient plusieurs universités francophones québécoises.
« Quand IRCC a des taux d’acceptation anémiques pour les candidats venant d’Afrique, c’est le recrutement francophone par le Canada à l’international qui est touché », résume le recteur Christian Blanchette, de l’UQTR.
« Dans le même panier »
Ce qui irrite les universités, c’est le sentiment d’avoir été punies pour des fautes qu’elles n’ont pas commises.
Les restrictions imposées depuis 2024 visaient en partie des collèges privés qui recrutaient des étudiants étrangers en masse, sans sélection sérieuse. « Le problème, c’est qu’on nous a tous mis dans le même panier », dit Michèle Glémaud, directrice du Service de l’admission et du recrutement à l’UdeM.
Sur le terrain, la complexité administrative a explosé. À chaque semestre, dit Frédéric Mérand, professeur et directeur du département de science politique de l’UdeM, les directeurs de département apprennent l’existence de nouvelles règles, québécoises ou fédérales, qui s’ajoutent aux anciennes ou les modifient.
Des étudiants se font désinscrire de leur programme, non pas par négligence, mais parce que les règles sont devenues trop complexes à suivre. « Ça demande des connaissances administratives assez approfondies », dit-il.
Les universités ont répondu en construisant des équipes d’immigration, en accompagnant les étudiants dans leurs démarches, en organisant des séances d’information.
L’UdeM a réussi à terminer l’automne 2025 avec 2 % de plus de nouveaux inscrits qu’en 2024. « On a travaillé davantage à convertir les étudiants internationaux qu’on avait recrutés », explique Mme Glémaud.
La ruée vers la France
Face à la chute d’admissions d’étudiants d’Afrique, toutes les universités québécoises ont fait le même calcul : les Français obtiennent leurs permis d’études plus facilement. On va en France.
« Jamais les universités québécoises n’ont été aussi présentes sur le territoire français », souligne François Gélineau, de l’Université Laval, qui a participé à la mission de la ministre de l’Enseignement supérieur, Martine Biron, en France, en mars.
Ce qui était autrefois un marché des universités francophones est devenu un terrain de recrutement pour tout le monde. Les universités anglophones québécoises, qui ne s’intéressaient pas au marché français, y recrutent maintenant activement.
Elles ont leurs raisons : depuis l’automne 2025, Québec impose de nouvelles exigences de maîtrise du français aux étudiants des universités anglophones pour obtenir ou renouveler leur CAQ. Recruter en France, c’est recruter des étudiants qui parlent déjà français.
M. Gélineau décrit leur argument de vente : « Viens étudier en anglais et vivre en français. » « C’est vendeur », lance-t-il. Et ça met les universités francophones en concurrence directe avec leurs homologues anglophones sur leur propre terrain.
La recherche en péril
L’impact financier est réel. À l’Université Laval, le manque à gagner lié à la baisse des étudiants internationaux est estimé à environ 20 millions. L’Université Laval a jusqu’ici été protégée par un boom démographique qui a compensé la perte sur le plan des revenus.
Mais M. Gélineau est clair : ce n’est pas une question d’argent. « On ne l’a jamais fait pour l’argent », dit-il.
Le recrutement international, c’est d’abord une question de recherche. Dans certains laboratoires de doctorat à l’Université Laval, de 70 % à 80 % des étudiants sont de l’international. Ces places ne se remplissent pas avec des étudiants québécois.
Nos étudiants québécois sont peu intéressés à aller jusqu’au doctorat. Si on veut aller plus loin dans la recherche, il nous faut attirer ces gens-là.
Michèle Glémaud, directrice du Service de l’admission et du recrutement à l’UdeM
M. Blanchette, de l’UQTR, formule l’enjeu sans détour : le Québec est une petite société qui ne produit pas suffisamment d’étudiants de deuxième et troisième cycles pour combler les besoins de ses laboratoires. « On n’arrive pas à combler ces places-là. Et ça, c’est une tragédie qui a des répercussions beaucoup plus grandes que le simple nombre d’étudiants internationaux », insiste-t-il.
Les universités ont dit tout ça en commission parlementaire à l’automne dernier. « On n’a pas été écoutés », déplore M. Gélineau.
En savoir plus
50 515
Nombre d’étudiants internationaux inscrits dans les universités québécoises à l’automne 2025, une baisse de 12 % par rapport à l’automne 2024.
Bureau de coopération interuniversitaire
15,7 %
Part des étudiants étrangers dans l’ensemble de la population étudiante, comparativement à 18 % l’an dernier.
Bureau de coopération interuniversitaire