Logements sociaux et communautaires - Actualités

Le financement était aussi un sujet à l’émission Le 15-18

Logement social, des projets menacés par manque de financement : René Saint-Louis

Des projets de logement social menacés en raison d’une règle administrative


Le projet de logement social piloté par la Maison des aînés de Saint-Amable, en Montérégie, risque de ne jamais voir le jour.PHOTO : Groupe Leclerc/Maison des aînés de Saint-Amable

Le 15-18
Publié le 21 juin 2022

Une dizaine de projets d’habitation visant à offrir aux gens des loyers abordables pourraient ne jamais voir le jour à Montréal et en Montérégie. Tout est prêt pour la construction, mais les organismes n’arrivent pas à boucler leur budget, notamment en raison de la hausse des taux d’intérêt et des coûts de construction. Plusieurs montrent aussi du doigt la règle du gouvernement du Québec qui limite à 80 % la part de financement public dans ce type de projets, comme l’explique le journaliste René Saint-Louis.

1 Like

La construction et la rénovation de 6000 logements sociaux en péril à Montréal


Une mésentente fédérale-provinciale retarde la construction et la rénovation de près de 6000 logements sociaux à Montréal. | PHOTO : RADIO-CANADA / IVANOH DEMERS

Radio-Canada | 27 juin 2022, Publié à 4 h 00 | Olivier Bachand

Une mésentente entre Québec et Ottawa concernant les paramètres d’un programme de financement retarde la construction et la rénovation de près de 6000 logements sociaux à Montréal. La mairesse Valérie Plante sonne l’alarme dans une lettre envoyée au gouvernement Legault, dont Radio-Canada a obtenu copie.

La missive, envoyée le 24 mai dernier à la présidente du Conseil du Trésor et ministre des Relations canadiennes, Sonia LeBel, presse Québec de s’entendre avec Ottawa au sujet des paramètres du Fonds national de co-investissement pour le logement (FNCIL), créé en 2018.

Quatre ans plus tard, les deux gouvernements négocient toujours au sujet des « gabarits de base » qui vont régir l’octroi des fonds, qui proviennent des coffres du gouvernement fédéral, mais qui sont dépensés en habitation, une compétence provinciale. De nombreux projets de logements sociaux pour lesquels du financement a déjà été promis sont touchés.

« Ces délais pèsent lourd et leurs impacts menacent malheureusement la viabilité ainsi que la réalisation de certains projets à brève échéance. »

Extrait de la lettre de Valérie Plante, mairesse de Montréal

Selon l’administration Plante, des projets visant la construction de 1207 logements sociaux et la rénovation de 4700 unités dans la métropole n’ont pas encore reçu le financement annoncé dans le cadre du FNCIL et ne peuvent voir le jour en raison des discussions qui s’éternisent entre Québec et Ottawa.

Ainsi, sans l’adoption prochaine de ces gabarits, les projets, qui doivent desservir une première cohorte de 383 ménages montréalais à faible revenu, ne pourront recevoir le versement du financement du FNCIL, déplore la mairesse.

Lettre de la mairesse Valérie Plante par Radio-Canada dans Scribd

Valérie Plante affirme que la situation pourrait avoir une incidence marquée sur les finances de certains projets de logements sociaux. Hélas, les délais encourus ont déjà des conséquences sur le niveau d’abordabilité des projets et entraînent, par exemple, des loyers et des coûts de financement plus élevés.

Montréal réclame une entente rapide entre les deux gouvernements ainsi qu’un mécanisme de traitement accéléré pour certains projets qui doivent actuellement obtenir le feu vert de Québec, à la pièce, afin d’accéder aux fonds fédéraux.

« À l’aube du 1er juillet et dans le contexte de crise du logement, il importe de régler rapidement la situation. »

Extrait de la lettre de Valérie Plante, mairesse de Montréal

Appelé à commenter la lettre obtenue par Radio-Canada, le vice-président du comité exécutif de la Ville, Benoit Dorais, ne cache pas son exaspération, et qualifie la situation de surréaliste et de révoltante. Il ne comprend pas pourquoi Québec et Ottawa sont incapables de s’entendre sur un processus qui accélérerait l’octroi du financement.

Qu’on libère l’argent. Il faut trouver un mécanisme avec lequel l’argent va rapidement arriver dans les organismes, et puis que ça débloque. Après ça, ils s’entendront sur les virgules, lance-t-il. Les gens ne veulent pas savoir qui a tort et qui a raison. Ils veulent savoir que l’argent s’en vient.

Benoit Dorais fait valoir que les délais font grimper les coûts de construction, surtout dans le contexte inflationniste actuel, et que les locataires finiront par éponger la facture. Si l’argent n’atterrit pas, les organismes n’auront pas le choix, les logements vont être plus chers.

Exaspération généralisée

Le Fonds national de co-investissement pour le logement est doté d’un budget de 13,2 milliards de dollars sur 10 ans en prêts et en subventions visant la construction de 60 000 logements et la rénovation de 240 000 unités au pays.

À l’extérieur du Québec, les fonds sont administrés par la Société canadienne d’hypothèques et de logement. Mais dans la province, les organismes publics et les projets financés à plus de 50 % par Québec doivent obtenir l’approbation du gouvernement provincial pour recevoir le financement du FNCIL.


Le projet de logements sociaux pour aînés dans la Maison des Soeurs de Sainte-Anne, dans l’arrondissement de Lachine, pourrait voir ses coûts grimper s’il n’obtient pas de financement fédéral. | PHOTO : RADIO-CANADA

L’Association des groupes de ressources techniques du Québec a déterminé 12 projets de logements sociaux dans la province pour lesquels il est « urgent » que le Conseil des ministres adopte un décret permettant de mettre la main sur les deniers fédéraux. Elle craint que ces décrets ne soient pas adoptés avant les élections provinciales du 3 octobre prochain.

L’organisme Bâtir son quartier, qui aide des organismes et des coopératives à mener à bien leurs projets de logement, déplore aussi la mésentente entre les gouvernements fédéral et provincial.

« Ce qu’on souhaite, c’est que le Québec ne règle plus à la pièce et qu’on ait un règlement global. »

Edith Cyr, directrice générale de Bâtir son quartier

L’entreprise d’économie sociale gère plusieurs projets qui comptent sur le financement du FNCIL, dont celui de la conversion de la Maison des Soeurs de Sainte-Anne, dans l’arrondissement de Lachine. Le projet de 270 logements sociaux destinés aux aînés pourrait voir ses coûts grimper s’il n’obtient pas de financement fédéral.

Le groupe qui pilote le projet devrait aller trouver d’autres subventions ou encore contracter un prêt. Ou on augmente une fois de plus les subventions, puis là on commence à être à court de subventions, ou après ça c’est vers les loyers qu’on se tourne, et on ne veut surtout pas ça, dit Edith Cyr.

1 Like

La politique n’est jamais très loin dans les ententes fédérales-provinciales et cause très souvent des délais, parce que chaque parti cherche à gagner des points auprès de la population. Avec comme résultat que personne n’y gagne :rage:

Un projet de 170 logements sociaux menacé par manque de fonds dans Centre-Sud

Marie-France Coallier Archives Le Devoir Trois bâtiments de logements sociaux étaient prévus sur le site de l’ancienne maison de Radio-Canada. Mais la réalisation de l’un d’entre eux a été stoppée nette par manque de financements.

Zacharie Goudreault

2 juillet 2022

Le terrain où un bâtiment de 170 logements sociaux devait voir le jour, sur le site de l’ancienne tour de Radio-Canada , à l’est du centre-ville, sera cédé à la Ville de Montréal, cette dernière n’ayant pas accès à un financement suffisant pour permettre la concrétisation de ce projet, a appris Le Devoir.

En juin 2021, l’arrondissement annonçait en grande pompe avoir conclu une entente avec le Groupe Mach afin de prévoir l’inclusion de 482 logements sociaux et de 245 appartements abordables sur l’ancien site de Radio-Canada, destiné à accueillir un imposant développement immobilier mixte.

La réalisation de ces logements sociaux était prévue en trois phases, dans autant de bâtiments. La première prévoyait la construction d’un immeuble de 170 logements, qui devait voir le jour à l’intersection du boulevard René-Lévesque Est et de la rue Alexandre-DeSève, dans le quartier Centre-Sud. Ce projet dit « clé en main » était piloté par le Groupe Mach et l’organisme Interloge, qui se spécialise dans la construction et la gestion de logements sociaux.

Selon nos informations, la facture d’ensemble pour la réalisation du projet s’élevait à 58 millions de dollars.

Pas assez de financement

Un écart de plusieurs millions de dollars s’est toutefois creusé entre la somme prévue par les promoteurs de ce bâtiment de logements sociaux, aux prises avec la hausse des coûts de construction, et la somme que la Ville était en mesure d’obtenir du programme AccèsLogis afin de financer ces logements. Résultat : ce projet est tombé à l’eau pour des raisons financières, a-t-on appris.

« On n’a jamais été capables de s’entendre avec la Ville pour finalement lui vendre un bâtiment une fois construit, selon ses normes pour le logement social. On a donc annoncé à la Ville qu’on ne pouvait pas construire de logements sociaux pour elle — ce bâtiment-là, du moins — et on a enclenché le processus pour lui céder le terrain. Donc c’est la Ville qui va construire elle-même des logements sociaux à cet endroit », confirme au Devoir le vice-président au développement immobilier du Groupe Mach, Cédric Constantin.

Ce dernier précise que les plans de ce bâtiment étaient prêts. Le projet était donc bien avancé. Le communiqué formulé par la Ville l’été dernier concernant l’inclusion de logements sociaux sur le site de l’ancienne tour de Radio-Canada affirmait que la construction de certains d’entre eux pourrait commencer dès l’automne 2022. « Le projet se développait vraiment rapidement », affirme d’ailleurs par courriel le directeur général d’Interloge, Louis-Philippe Myre.

Or, il faudra maintenant attendre jusqu’à la fin de 2023, simplement pour terminer le processus de cession du terrain qui devait accueillir 170 logements sociaux. Le cabinet de la mairesse de Montréal, Valérie Plante, assure d’ailleurs qu’il entend ensuite réaliser le « projet de logement social prévu » sur ce site, mais encore devra-t-elle avoir la capacité de le financer.

« C’est difficile pour nous et c’est difficile pour la Ville. […] Malheureusement, on en est tous victimes », du manque de financement consacré au logement social, soupire M. Constantin. Par écrit, le cabinet de la mairesse Plante a d’ailleurs lui aussi parlé des « balises » du programme AccèsLogis et du manque de « sommes actuellement disponibles » dans ce programme pour justifier cette situation.

« Nous continuons nos démarches auprès des gouvernements du Canada et du Québec afin d’accélérer et de réussir le développement mixte de ce secteur », ajoute le cabinet, qui souligne que les projets de logements sociaux prévus sur ce site sont « essentiels ».

Entre-temps, le coordonnateur du Comité logement Ville-Marie, Éric Michaud, rappelle que les besoins en matière de logements sociaux sont particulièrement importants dans le quartier Centre-Sud, où les locataires à faible revenu pâtissent d’un embourgeoisement « accéléré ». « De nombreux ménages vont devoir se magasiner un logement on ne sait pas où dans la grande région de Montréal », déplore-t-il.

Cédric Constantin a pour sa part bon espoir que les deux autres bâtiments de logements sociaux prévus sur le site pourront se réaliser. « C’est encore possible pour les autres », assure-t-il. Mais pour M. Michaud, l’espoir est mince. « Tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir. Mais si l’on en juge les actions du gouvernement actuel, c’est assez désespérant », laisse-t-il tomber.

En attente d’une entente

Au cours des consultations prébudgétaires, la Ville avait réclamé 265 millions de dollars pour réaliser d’ici 2025 les quelque 2000 logements d’AccèsLogis promis dans les dernières années pour Montréal, mais qui n’ont toujours pas été livrés. Elle a finalement récolté 30 millions dans le budget 2022 du gouvernement Legault, qui a concentré ses investissements dans un nouveau programme visant à accélérer la construction de logements abordables au Québec.

« Pendant que Québec et Ottawa discutent de virgules sur des formulaires, les familles [des quartiers] Sainte-Marie et Saint-Jacques qui cherchent un logement respectueux de leur capacité de payer en paie le prix », se désole Louis-Philippe Myre. Ce dernier presse ainsi Québec et Ottawa de s’entendre en matière de financement du logement social afin que les fonds promis « descendent dans les municipalités au plus vite ».

La ministre des Affaires municipales et de l’Habitation, Andrée Laforest, n’était pas disponible pour commenter ce dossier vendredi.