L'industrie du condo

Dans mon immeuble, fumer le cannabis est interdit dans les espaces communs, mais aussi les balcons, car l’odeur se propage très rapidement chez les voisins.

Dans cet article, c’est interdit à l’intérieur même des unités de condo

Un homme condamné à payer plus de 100 000$ pour avoir fumé du cannabis chez lui


Darryl Dyck ,Archives La Presse canadienne
La consommation personnelle de cannabis à des fins récréatives a été légalisée en 2018. Mais en fumer peut encore entraîner des conséquences, même si elles ne sont pas criminelles. Photo d’illustration.

Stéphanie Marin
28 décembre 2023
Justice

Le cannabis récréatif est désormais légal au Canada, ce qui ne veut pas dire qu’on a le droit d’en fumer partout, y compris dans le confort de son propre salon. Un propriétaire de condominium vient d’être condamné à payer plus de 100 000 $ au syndicat des copropriétaires qui l’a traîné devant la Cour pour qu’il cesse.

La consommation personnelle de cannabis à des fins récréatives a été légalisée en 2018. Mais en fumer peut encore entraîner des conséquences, même si elles ne sont pas criminelles. Car un syndicat de copropriété peut tout à fait interdire une activité qui est autrement légale, explique Me Marjolaine Condrain-Morel, avocate et vulgarisatrice sénior chez Éducaloi.

Bref, la pensée : « Je suis chez moi, je fais ce que je veux », a ses limites dans une tour de condos.

Un an avant la légalisation, un chic immeuble de condominiums de l’Île-des-Soeurs, à Montréal, a adopté trois règlements pour y interdire toute consommation et culture de cannabis. L’interdiction vise les espaces communs, mais aussi les « parties privatives », c’est-à-dire l’intérieur des unités de condominium.

En 2019, Mohammed Mehdi Mokaddem devient propriétaire d’un appartement. Il a été avisé de l’existence des règlements avant son achat.

Mais dès qu’il emménage, des voisins commencent à se plaindre des odeurs de cannabis qui émanent de son unité. Un premier avis d’infraction lui est transmis en octobre 2019. Mais rien ne change et les plaintes se succèdent — une voisine en a transmis 80 ! — et un second avis d’infraction lui est donné en janvier.

L’homme reconnaît être un consommateur de cannabis, mais nie avoir fumé dans son unité. Il affirme que l’odeur provient soit de ses vêtements lorsqu’il fume dehors ou d’une autre unité.

Las, le syndicat de copropriété dépose une demande d’injonction. Une juge ordonne alors à M. Mokaddem de cesser de fumer du cannabis dans son unité et sur son balcon. L’homme persiste et il est condamné pour outrage au tribunal. Il continue, selon le syndicat, qui modifie sa demande pour exiger la vente de son unité et réclamer des dommages.

Des règlements limpides

Pour le juge Martin Sheehan de la Cour supérieure, les règlements sur le cannabis du condominium « ne souffrent d’aucune ambiguïté ». C’est interdit, point final.

« Des règlements interdisant aux copropriétaires de fumer dans leur partie privative ont déjà été considérés comme étant valides par les tribunaux. En effet, ceux-ci se justifient par les risques pour la santé que représente la fumée secondaire et les désagréments qui peuvent être causés par les odeurs », écrit-il dans sa décision rendue à la fin de l’automne.

La preuve au dossier démontre « sans équivoque » que M. Mokaddem a contrevenu à plusieurs reprises aux règlements, tranche-t-il. Plusieurs voisins ont témoigné. Une dame a décrit de la fumée et des odeurs fortes qu’elle sentait même chez elle, lui causant maux de tête et troubles de sommeil. Des représentants du syndicat sont allés cogner chez lui à plus d’une reprise après des plaintes : lorsqu’il a ouvert sa porte, l’odeur était encore plus prenante, ne laissant aucun doute sur son origine, ont-ils témoigné. Et lorsque M. Mokaddem va quelques mois au Maroc, les émanations cessent — tout comme les plaintes — mais tout reprend dès son retour.

Dans ce condominium, les règlements prévoient la possibilité pour le syndicat de copropriété de réclamer ses frais d’avocats engagés pour les démarches devant les tribunaux — jusqu’à concurrence de 15 % de la valeur de l’unité. Pour les multiples procédures et demandes à divers juges — dont en appel — le juge Sheehan condamne l’homme à rembourser 103 000 $ au syndicat.

Le règlement fait loi

Fumer du cannabis, c’est un peu comme posséder un animal, illustre Me Condrain-Morel d’Éducaloi. « C’est tout à fait légal de posséder un chien. La police ne va pas débarquer chez nous parce que l’on a un chien. Mais dans notre unité de condominium, si le règlement de condo l’interdit, je dois me conformer à ce règlement et ne pas posséder de chien. »

En condominium, on accepte que l’on vit dans une communauté, qui a ses règles, poursuit l’avocate. Les règlements qui ont été adoptés par les copropriétaires, c’est un contrat. « Et ce qui est écrit dans ce contrat, c’est notre loi. »

Elle donne d’autres exemples de ce qui a été interdit par des condominiums : la cigarette, les BBQ, et certaines décorations de Noël.

Le Code civil du Québec prévoit qu’un syndicat de copropriété peut demander la vente en justice de l’unité du propriétaire qui refuse de se conformer à une injonction. Ici, le syndicat l’a tenté, mais le juge Sheehan ne l’a pas permis : la vente est un « remède de cheval », qui doit être réservé aux circonstances exceptionnelles, dit-il. Un fait qui a pesé dans la balance est que M. Mokaddem avait quitté le pays et mis son condominium en vente : il ne pourra plus importuner ses voisins, conclut le magistrat.

Me Condrain-Morel rappelle qu’il y a d’autres endroits, outre les condominiums, où les citoyens ne peuvent pas fumer le cannabis : dans les parcs et sur les trottoirs, par exemple. Le bail d’un locataire peut aussi l’interdire. Bref, des restrictions existent, même si le cannabis est légal.

Ajout : je viens de vérifier notre règlement, c’est interdit dans les parties privatves aussi! Notre règlement a été adopté en mars 2018 avant la légalisation du cannabis qui est entrée en vigueur en octobre 2018!

J’imagine que la compagnie de gestion applique ce même règlement à tous les immeubles dont elle est responsable. C’est souvent ainsi, mais les propriétaires peuvent tjs voter contre les propositions, mais rares sont les personnes qui lisent tous les documents avant les assemblées

ATTENDU QUE : L’utilisation et la consommation de cannabis causent de la fumée et des odeurs qui peuvent migrer vers d’autres unités de copropriété et dans les parties communes ;

ATTENDU QUE : Qu’une telle migration de fumée et d’odeurs nuirait aux droits des autres copropriétaires et résidents de l’immeuble en copropriété, y compris leur droit à la jouissance de leur partie privative ;

IL EST RÉSOLU : D’ajouter à la DEUXIÈME PARTIE de la déclaration de copropriété du Syndicat de copropriété LSV 1 à savoir le RÈGLEMENT DE L’IMMEUBLE, aux articles 114.24°, 115.14°, 117.6° la limitation additionnelle suivante d’ajouter le règlement comme suit :

Il est strictement interdit de consommer du cannabis ou ses produits dérivés par tout mode de consommation qui provoque de la fumée ou des odeurs. Cette interdiction vaut tant à l’intérieur de toute partie privative et partie commune de l’immeuble, que sur les balcons et sur tout terrain de l’immeuble.

1 « J'aime »

C’est interdit dans les parties privatives de mon immeuble aussi, mais il faut vraiment fumer comme une cheminée pour déranger les voisins! J’en fume un peu de temps à autre sous la hotte du four et ça ne sent jamais le cannabis chez moi.

bonjour
cette question s’adresse aux gens qui ont acquis un condo via le programme accès condo de la shdm à montréal

êtes vous satisfaits de vos condos? des coûts d’entretien etc?
ya til eu des défauts,vices?
je demande car c’est un projet accès condo et que je suis intéressée
si il ya d’autres projets de ce type.toutefois, il faut faire attention
ex. le projet acces condo ‘’ sqaure cartier’’
Inondations à répétition, citoyens à bout | La Presse
9 inondations en 14 ans!! oO
il semble que le constructeur a omis d’étudier la localisation géographique de l’endroit

J’ai vécu dans le Phoenix à St-Laurent, et ce fut un bon investissement. Par contre dans ces projets à bas prix ils tournent les coins ronds sur certains aspects. Par exemple, le climatiseur est en option ($), et dans mon cas c’était une unité placé dans le bas d’une fenêtre de type PTAC donc bruyant et peu performant. Les fenêtres étaient de piètre qualité, si bien qu’il y avait de la glace dans le bas tout l’hiver. Et la finition laisse beaucoup à désirer (plafond pop-corn, planchers croches , comptoirs en stratifié, armoires bon-marché, robinets les plus simples et moins chers possibles, etc)

Et bien entendu, beaucoup de vices dans les espaces communs comme dans probablement plusieurs constructions neuves. Dans notre cas, égoûts bouchés à cause d’une pente inversée dans un des tuyaux, infiltrations d’eau de la nappe phréatique au 2e sous-sol, bouchage des drains par l’ocre ferreuse, etc.

Il ne faut jamais se fier à l’estimation des frais de condo de la première année du budget, ils vont devoir augmenter assurément.

Mais Square-Cartier c’est dûr à battre comme citron…

1 « J'aime »

Bonjour.
Quand vous dites que ‘’ ce fut un bon investissement’', est ce que cela veut dire que vous avez pu revendre le condo et faire du profit dessus?

merci

Je suis tombé sur la vidéo de ce reportage, c’est vraiment incroyable!

5 « J'aime »

Reportage de l’émission La Facture

Un peu comme dans un village, la vie de condo est faite de règles pour faciliter le vivre-ensemble. Mais quand des règlements n’ont pas été adoptés en bonne et due forme ou ne respectent pas la loi, la cohabitation peut devenir plus difficile. Plusieurs copropriétaires d’un grand immeuble de Montréal dénoncent les façons de faire de leur conseil d’administration.

Quand on vit en copropriété, on vit en communauté. Il faut s’adapter aux règles adoptées par le C.A. et l’assemblée des copropriétaires, qui veillent au bon fonctionnement de l’immeuble. Mais que se passe-t-il si elles n’ont pas été adoptées en bonne et due forme ou ne respectent pas la loi?

4 « J'aime »

Un des commentaires dans l’article me porte à croire que les journalistes ont faillis à leur tâche. Ils auraient vraiment dû approfondir cet aspect; c’est-à-dire qu’arrive-t-il à l’assurance dans le cas ou plus de 50% des unités sont louées (long terme) et comment prévenir si c’est ce que l’on souhaite?

1 « J'aime »
2 « J'aime »

Le sourire des copropriétaires qui se sont trouvés chanceux pendant des années de verser très peu d’argent dans le fonds de prévoyance de leur immeuble risque de disparaître dans les prochains mois. La valeur de leur investissement pourrait fondre et les cotisations extraordinaires salées seront sans aucun doute nombreuses.

La loi 16 forcera tous les immeubles de condos à se doter d’un rapport d’experts établissant les sommes nécessaires dans le fonds de prévoyance pour couvrir les coûts de tous les travaux nécessaires sur un horizon de 25 ans. Les charges communes, les fameux « frais de condo », devront être ajustées en conséquence.

Autre nouveauté, toutes ces informations devront obligatoirement être transmises à ceux qui désirent déposer une offre d’achat. Aujourd’hui, le partage des chiffres – quand ils existent – est volontaire. On peut donc présumer qu’ils demeurent secrets lorsqu’ils désavantagent les vendeurs.

La taille du fonds de prévoyance devrait pourtant être au cœur de toute transaction puisqu’elle influe directement sur la valeur du condo. « Ça doit faire partie de l’équation, de la négociation », plaide Jeanne Desbiens, chargée de cours à l’ETS et fondatrice de Toolbox, une entreprise qui crée des rapports pour les syndicats de copropriété incluant un carnet d’entretien et des scénarios financiers.

Près de 40 % des quelque 40 000 immeubles en copropriété n’ont pas un fonds de prévoyance suffisant pour les réparations majeures, selon le Regroupement des gestionnaires et copropriétaires du Québec (RGCQ).

Les charges de copropriété servent presque entièrement à couvrir les frais d’exploitation, constate aussi Jeanne Desbiens. Ainsi, la majorité de ses clients n’a pas de fonds de prévoyance, « sinon il est insuffisant, voire insignifiant ».

PHOTO PATRICK SANFAÇON, LA PRESSE

Jeanne Desbiens, ing., professeure à l’ETS et PDG de Gestion Toolbox

Malheureusement, il n’existe pas de règle pour déterminer en gros la proportion idéale des charges de copropriété qui devrait être dirigée vers le fonds de prévoyance, car il y a trop de variables comme l’état général des lieux, l’année de construction, la diversité des services (piscine, terrasse, ascenseur, paysagement, déneigement) et le nombre de logements. La seule chose qu’on sait avec certitude, c’est que l’idée répandue selon laquelle de 5 à 10 % suffisent est tout simplement fausse, tranche Jeanne Desbiens.

La fin des iniquités

Au fil du temps, cette négligence à capitaliser suffisamment le fonds provoque une grande iniquité, notamment lorsque des copropriétaires qui ont longtemps profité des espaces communs vendent sans avoir payé leur juste part de l’usure.

Mais la récréation achève avec l’entrée en vigueur de la loi 16 prévue cette année.

Les immeubles qui ne se seront pas dotés d’un plan de gestion « seront déclassés dans le marché », prédit Yves Joli-Cœur, avocat spécialisé en droit immobilier, président du RGCQ et fondateur du site condolegal. com. En d’autres mots, leur valeur va diminuer en raison de l’incertitude qu’ils représentent pour de futurs acheteurs. Qui veut emménager dans son logis et se retrouver ensuite avec une facture surprise de 25 000 $ pour la réfection du toit et une hausse de 100 % des charges de copropriété ? …suite

https://www.lapresse.ca/affaires/chroniques/2025-01-11/fonds-de-prevoyance/la-transparence-devrait-bousculer-le-prix-des-condos.php

2 « J'aime »

Montréal Les condos neufs en arrachent

Des condos neufs trop chers qui ne se vendent pas et un marché de la location qui finira par se détendre. Voilà à quoi ressemblera le marché du logement à Montréal en 2025, selon le portrait dressé par la Société canadienne d’hypothèques et de logement.

Il ne s’est jamais construit aussi peu de condos en 30 ans, au Québec. Trop chers, trop petits : les appartements d’immeubles en copropriété neufs sont bien moins attrayants pour les premiers acheteurs. Et c’est pire au centre-ville de Montréal.

Montréal Le marché sourira enfin aux locataires

PHOTO DAVID BOILY, ARCHIVES LA PRESSE

Le taux d’inoccupation du marché immobilier montréalais se situait à 2,1 % en 2024. Cette année, il devrait connaître une légère augmentation, à hauteur de 2,5 %, d’après les prévisions de la Société.

Le nombre de mises en chantier de logements locatifs continue d’augmenter, en 2025. Offre augmentée, meilleur accès à la propriété : enfin, le marché de la location devrait se détendre à Montréal, prévoit la SCHL.

Différent à Québec

En savoir plus

1176 $
    Loyer moyen d’un logement de deux chambres à Montréal en 2024

Source : SCHL

1230 $
    Prévision du loyer moyen d’un logement de deux chambres à Montréal en 2025

Source : SCHL

https://www.lapresse.ca/affaires/marche-immobilier/montreal/les-condos-neufs-en-arrachent/2025-02-20/centre-ville-de-montreal/trop-chers-trop-petits.php

2 « J'aime »

Toiture cuite, maçonnerie pourrie, ventilation défectueuse… L’achat d’un condo de rêve peut virer au cauchemar quand son propriétaire découvre avec effroi – et souvent trop tard – les coûts de rénovations cruciales des parties communes… et un fonds de prévoyance à sec. C’est pour éviter ce genre de mauvaise surprise que Québec s’apprête à mettre en vigueur la loi 16 sur les copropriétés divises. Quelles seront les nouvelles responsabilités des syndicats de copropriétés ? Yves Joli-Cœur, avocat spécialisé et président du Regroupement des gestionnaires et copropriétaires du Québec, a répondu à nos questions.

1 « J'aime »

The condo board for my unit has already started applying Bill 18. It has been really expensive (double the regular fees, plus regular extraordinary fees).

https://www.lapresse.ca/affaires/chroniques/2025-03-09/le-sos-d-un-parc-de-condos-en-detresse.php

Résumé

Le SOS d’un parc de condos en détresse

ILLUSTRATION LA PRESSE

[


Marie-Eve Fournier La Presse

](https://www.lapresse.ca/auteurs/marie-eve-fournier)

Dans le monde du condo, la question des fonds de prévoyance soulève les passions et peut devenir très problématique… surtout lorsque les copropriétaires manquent d’argent pour réaliser des travaux d’envergure. Dans les cas extrêmes, on peut en arriver à devoir raser des immeubles.

Publié à 6 h 30

Partager

Sur le Plateau Mont-Royal, un immeuble se trouve actuellement dans un état de négligence si avancé qu’il sera probablement démoli, m’a raconté Me Yves Joli-Coeur, avocat spécialisé en droit immobilier. Des copropriétaires devront déclarer faillite, incapables de rembourser leur prêt hypothécaire avec le petit montant qui leur sera versé après la vente du terrain.

« Ils ne peuvent pas remettre les clés de leur condo à la banque. Elles ne reprennent pas les bâtiments pourris », tient à préciser celui qui a fondé le site condolegal.com et qui préside le Regroupement des gestionnaires et copropriétaires du Québec (RGCQ). Dans ce cas précis, un enjeu particulier se pose : l’un des copropriétaires est comptable et, en cas de faillite, il perdra son droit de pratique en vertu des règles qui régissent sa profession. C’est sans compter les drames humains et financiers que la perte des économies d’une vie représentera pour ses voisins.

Tout ça parce que le fonds de prévoyance et l’entretien d’un bâtiment possiblement mal construit au départ ont été négligés au fil des ans.

La situation est à peine plus favorable à L’Île-des-Sœurs, où, là aussi, un immeuble d’une quinzaine de condos a besoin de travaux d’envergure. La moisissure et les insectes ont envahi les lieux, certains copropriétaires gèlent. Or, tous les voisins n’ont pas les moyens de verser la cotisation spéciale de plusieurs dizaines de milliers de dollars qui leur est demandée pour effectuer les correctifs.

Pour les membres bénévoles du conseil d’administration, c’est « l’horreur », raconte Me Yves Joli-Coeur.

PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, LA PRESSE

Me Yves Joli-Coeur, président du Regroupement des gestionnaires et copropriétaires du Québec (RGCQ)

Les gens sont enragés, survoltés. Ils accusent le conseil d’administration d’être pourri, la présidente reçoit des menaces, certains veulent juste patcher, d’autres accusent l’architecte de vouloir faire des profits.

Me Yves Joli-Coeur, président du RGCQ

C’est très intense, mais rien de tout cela n’étonne l’avocat, qui voit toujours les mêmes étapes se reproduire partout. Les copropriétaires commencent par être dans le déni, ensuite, ils montent le ton.

Devenir prisonnier d’un logis invendable, on s’en doute, est hautement anxiogène. Personne ne veut en arriver là. Mais on ne connaît pas la situation financière de ses voisins.

À L’Île-des-Sœurs, certains copropriétaires peuvent réhypothéquer leur propriété ou piger dans leurs économies pour financer leur part des travaux, mais pas tous. Le syndicat devra vraisemblablement convaincre les plus riches de payer pour les autres afin de régler les factures, tout en déposant des hypothèques légales sur les condos qui ne versent pas leur part. Ces condos devront ensuite être vendus en justice et leur propriétaire perdra tout ou presque.

Si je vous relate ces cas extrêmes, c’est qu’au début de janvier, j’ai publié une chronique⁠ sur la loi 16, qui forcera tous les immeubles de condos (copropriété divise) à se doter d’un rapport d’experts prévoyant la liste des travaux à faire sur un horizon de 25 ans. Ce document devra aussi indiquer les sommes à verser chaque année dans le fonds de prévoyance pour couvrir les factures à venir. L’entrée en vigueur, attendue depuis environ cinq ans, doit se faire cette année.

Lisez la chronique « Fonds de prévoyance : la transparence devrait bousculer le prix des condos »

L’idée de remplir un fonds de prévoyance ne plaît pas à tout le monde, ai-je vite compris en lisant les nombreux messages que vous m’avez transmis.

« Quels propriétaires de maisons ont un fonds de prévoyance pour 25 ans ? », m’a demandé une lectrice jugeant qu’il était injuste et « infantilisant » d’imposer des exigences plus élevées aux propriétaires de condo. Me Yves Joli-Coeur a entendu ce disque tellement de fois, dit-il, qu’il est usé à la corde. Chaque fois, il explique que le propriétaire de maison gère son propre risque, alors qu’en condo, on gère un risque collectif.

Le propriétaire d’une maison qui néglige sa toiture n’aura que lui à blâmer le jour où il pleuvra dans sa cuisine. Dans un immeuble de 12 condos, quand le toit coule, le malheureux est celui qui a acheté au dernier niveau qui voit l’eau tomber sur sa télé.

On ne peut pas vivre avec la malchance du lieu physique où se trouve le condo. C’est pour ça que ce raisonnement-là ne tient pas la route.

Me Yves Joli-Coeur, président du RGCQ

Une autre lectrice, Hélène, s’est demandé pourquoi l’acheteur d’un condo ne rembourserait pas la quote-part du fonds de prévoyance payée par le vendeur, « puisque c’est lui qui va en profiter ». À son avis, les propriétaires de condo « seraient plus enclins à augmenter leur cotisation au fonds de prévoyance s’ils savent qu’ils pourront récupérer leur mise en cas de vente ».

L’idée peut sembler séduisante, mais elle perpétuerait les iniquités qu’on tente justement de corriger en ne permettant plus à un copropriétaire de profiter des fenêtres pendant 20 ans sans jamais payer un sou pour leur remplacement. Après quelques échanges de courriels avec Hélène, elle a fini par me proposer que le fonds de prévoyance soit rebaptisé « contribution à l’usure du bâtiment », ce qui explique mieux son rôle, à son avis. Pas fou !

La France, l’exemple à ne pas suivre

Quel que soit leur nom, les fonds créés pour servir dans 20 ou 40 ans ne sont pas prioritaires pour tout le monde. C’est vrai ici comme ailleurs, avec moult conséquences faciles à prévoir.

« L’histoire est déjà toute écrite en Europe. Pas besoin d’être un visionnaire… Pas besoin d’avoir une intelligence supérieure pour comprendre que sans entretien, un immeuble se détériore et que ça va mal se terminer », lâche Me Yves Joli-Coeur. Il cite l’exemple du Maroc, qui arrive dans cette période critique où son parc de condos vieillissant demande des investissements majeurs, et celui de la France, où les problèmes s’accumulent depuis longtemps.

Après deux effondrements meurtriers à Marseille, en 2018, le gouvernement français a lancé un plan de sauvetage des copropriétés pour éviter d’autres drames ainsi que des démolitions préventives.

Dans un texte intitulé « État d’urgence dans les copropriétés », le journal Les Echos ⁠ avait alors écrit que 15 % des condos de la France étaient menacés de vétusté et potentiellement dangereux. Conséquemment, l’État prévoyait mobiliser 3 milliards d’euros (4,46 milliards de dollars canadiens au taux actuel) sur 10 ans pour voler au secours de 56 000 logis dans un pays où déjà plusieurs tours ont été démolies.

Lisez l’article « État d’urgence dans les copropriétés »

Dans l’état actuel des finances publiques du Québec, il ne faudrait pas en arriver là nous aussi.

Six ans plus tard, la France a adopté un projet de loi⁠ qui améliore l’accès au financement des travaux et facilite l’expropriation des propriétaires de logements dangereux ou insalubres. L’Hexagone a même élaboré il y a une dizaine d’années des procédures pour encadrer la faillite de copropriétés⁠.

Lisez l’article « Le gouvernement veut agir sur la réhabilitation des copropriétés dégradées » Lisez l’article « L’émergence d’un droit de la faillite des copropriétés »

Le gouvernement a aussi resserré les règles en Floride, où l’effondrement d’une tour a fait 98 morts en 2021, près de Miami. On a exigé que toutes les associations de copropriétaires ayant des immeubles de trois étages ou plus déposent avant le 31 décembre dernier un rapport d’inspection incluant le coût prévu des travaux d’entretien et de rénovation⁠. La loi impose également aux copropriétaires de contribuer au fonds de réserve.

Lisez l’article « Living in a Florida high-rise ? Here’s how to meet new deadlines for condo reserves » (en anglais)

Les journaux du « Sunshine State » ont rapporté des histoires de retraités forcés de verser 224 000 $ US en cotisation spéciale pour renflouer les coffres.

Lisez l’article « “Going to go broke” : Condo owner hit with $224K assessment » (en anglais)

Me Yves Joli-Coeur tient à préciser qu’il ne veut pas être alarmiste et décourager l’achat de condos. Mais après avoir assisté à de nombreuses assemblées houleuses de copropriétaires, il se doit d’insister sur l’importance de capitaliser un fonds de prévoyance. « Ça devient une plus-value lors de la revente. Ce n’est pas une dépense, c’est un investissement. »

Au tour des courtiers immobiliers, maintenant, d’intégrer cet argument à leurs publicités au même titre que le grand îlot de cuisine en quartz.

1 « J'aime »

En pleine crise du logement, de nombreux immeubles en copropriété vont restreindre la location de condos parce que les coûts d’assurance explosent.

Le problème vient du fait que s’il survient un sinistre, le cadre juridique québécois fait en sorte qu’il est compliqué de récupérer la franchise auprès du copropriétaire ou du locataire de l’unité. Résultat: dans de nombreux cas, ce sont tous les copropriétaires qui paient. Et la facture est souvent salée!

Dans certaines copropriétés de grande taille, la franchise peut aller de 2 à 5 millions $. C’est la somme qui ne sera pas couverte par l’assureur. Si un tuyau éclate au 21e étage, attachez votre portefeuille avec de la broche.

Lorsque survient un sinistre, l’assureur paie pour les travaux, tant pour les aires communes que pour les aires privées, mais le syndicat doit assumer la franchise. Cette dernière est couverte par le fonds d’autoassurance de l’immeuble, qui est alimenté par les frais de copropriété.

Mais si l’assureur refuse de payer intégralement, c’est le syndicat de copropriété qui assume tous les coûts, pour des travaux habituellement réalisés en urgence, dont la presque totalité sont des dégâts d’eau.

Mais deux décisions récentes des tribunaux empêchent le syndicat de poursuivre un copropriétaire, même si la faute revient à son locataire. Le syndicat doit alors poursuivre directement le locataire pour récupérer l’argent.

Via TVA Nouvelles : Des milliers de condos ne pourront plus être loués à cause des assurances

3 « J'aime »
Résumé

Loi sur la copropriété: ça y est, le Règlement final enfin publié

Par Daniel Germain, Les Coops de l’information

30 juillet 2025 à 04h00

Tout s’articulera autour du carnet d’entretien où devront être consignés les travaux à réaliser, y compris les travaux majeurs, et ceux qui ont été exécutés. (123RF)

CHRONIQUE / Québec fait connaître aujourd’hui le Règlement final qui complète la Loi 16 sur la copropriété. Attendu depuis 2019, il vient d’être publié dans la Gazette officielle. Les copropriétaires du Québec sauront maintenant à quoi s’en tenir.


À compter du 14 août, toutes les copropriétés divises auront trois ans pour se doter d’une étude de fonds de prévoyance et d’un carnet d’entretien. Les syndicats auront aussi l’obligation de produire une attestation sur l’état de la copropriété lorsqu’une unité fera l’objet d’une transaction.

Je vous rassure tout de suite, je ne suis pas sorti de mes vacances pour vous porter la bonne nouvelle. La Société de l’habitation du Québec a communiqué vendredi dernier l’information sous embargo en exclusivité aux Coops de l’information, la nouvelle sera diffusée officiellement aujourd’hui.




À lire aussi


Pénible, l’accouchement des règlements sur la copropriété

La version finale des règlements ne s’écarte pas radicalement de la mouture publiée en septembre 2024.

Tout s’articulera autour du carnet d’entretien où devront être consignés les travaux à réaliser, y compris les travaux majeurs, et ceux qui ont été exécutés.

Il devra contenir l’inventaire détaillé des matériaux, des appareils et des équipements des parties communes, ainsi que ceux des parties privatives qui sont sous la responsabilité du syndicat de la copropriété.

La durée de vie restante de tous ces éléments devra être indiquée dans une section du carnet, sur une période minimale de 25 ans.

Le document devra être mis à jour tous les ans par le conseil d’administration. Il devra être révisé tous les cinq ans par les mêmes professionnels qui sont habiletés à l’établir au départ, soit un ingénieur, un évaluateur agréé, un architecte, un technologue, ou toute autre personne compétente qui agit sous la supervision d’un de ces professionnels mentionnés.

Les petites copropriétés sont soumises à la même obligation, mais seulement tous les dix ans. Le bassin des copropriétés admissibles à cet allègement a été élargi par rapport à la version préliminaire du règlement.

Entrent dans la définition tous les immeubles de huit unités ou moins. Se qualifient aussi ceux qui ne comptent pas plus de trois étages entièrement hors terre. S’ajoutent enfin les copropriétés dont les parties communes sont toutes à l’extérieur des bâtiments, comme un terrain et une piscine, par exemple.



L’étude du fonds de prévoyance

Ce document devra être révisé tous les cinq ans, peu importe la taille de la copropriété. Il peut être établi par les mêmes professionnels énumérés plus haut, auxquels s’ajoutent les comptables.

L’analyse du fonds de prévoyance devra inclure le solde initial et une estimation du coût de tous les travaux majeurs à effectuer au cours de l’année où ils seront exécutés. Il doit aussi comporter une recommandation sur les montants à garder dans la cagnotte chaque année et les sommes à y verser tous les ans.

Le fonds devra être provisionné en fonction du coût des travaux à venir inscrit au carnet d’entretien.

Si l’étude fait état de fonds insuffisants, le conseil d’administration a dix ans pour le renflouer.



Contenu minimal de l’attestation du syndicat

Un acheteur qui lorgne une unité a droit à des informations sur l’état de la copropriété, les syndicats seront désormais tenus de les fournir dans un délai de 15 jours après une requête du copropriétaire vendeur.

L’attestation doit inclure les montants du fonds de prévoyance ainsi que les recommandations des sommes qui doivent y être au début de l’année.

Elle comprendra les montants des contributions aux charges communes exigées et payées au cours des trois dernières années, les liquidités dont dispose le syndicat, les sommes déposées au fonds d’auto-assurance et le montant de la plus haute franchise inscrite au contrat d’assurance.

Il indiquera aussi, entre autres, la description des sinistres, des inspections et des travaux majeurs réalisés, ainsi que des litiges. Toutes les modifications apportées à la déclaration de copropriété au cours des trois dernières années devront aussi y être inscrites.

Le Règlement prévoit aussi des modalités pour les dépôts d’un acompte à l’achat d’une copropriété sur plan.

Québec n’entend pas surveiller l’application de la loi, c’est le marché et l’industrie de l’assurance qui y veillera. Les unités des copropriétés non conformes seront plus difficiles à vendre, et leurs immeubles plus chers à assurer.

Voilà donc l’aboutissement d’un long processus, mais ce n’est qu’une étape de franchie pour améliorer la gouvernance en copropriété.

Il reste à s’attaquer au dossier des compétences des administrateurs de copropriété, souvent dépourvus. La question du règlement des litiges, nombreux dans cet univers, mérite aussi de l’attention.

Ce n’est donc pas terminé.


3 « J'aime »

Les condos neufs à l’Ile des Soeurs débutaient à 91,900$ en 1989 :slightly_smiling_face:

J’ai visité un condo dans la dernière phase de Evolo et la courtière qui travaille pour le promoteur nous a partagé le fun fact que le promoteur avait acheté une grande portion de l’île pour le même montant que le prix de certains condos qu’ils vendent aujourd’hui :melting_face:

3 « J'aime »

Une excellente anecdote qui démontre toute la puissance de l’inflation reliée aux placements immobiliers. En effet, le grand-père du président actuel de Proment Ilan Gewurz, M. Judah Leib Gewurz a acheté l’Ile des Soeurs pour 1,3M$ avec un groupe d’investisseurs en 1956. Un bon placement, somme toute, qui permis à la famille Gewurz de développer l’Ile des Soeurs jusqu’à ce jour :slightly_smiling_face:

3 « J'aime »

Pendant que le marché du condo à Toronto et à Vancouver subit une sérieuse correction, la situation demeure maîtrisée à Montréal. Un ingrédient essentiel de la recette montréalaise pour éviter la spéculation à outrance serait d’ailleurs plutôt simple : ici, les gens habitent les condos qu’ils achètent.

« Montréal, c’est un marché beaucoup plus rationnel que Toronto, relève Victor Couture, professeur à l’École de gestion Rotman de l’Université de Toronto. On n’a pas le même genre de bulle spéculative. »

Selon le spécialiste en immobilier, « Montréal, c’est un marché assez unique en Amérique du Nord ». Cette spécificité, on la doit notamment aux plex, ces immeubles comptant une poignée de logements aux tailles raisonnables, qui permettent à des familles et à des couples d’y vivre confortablement. « Les condos sont surtout faits pour les gens qui veulent y vivre, ou pour les investisseurs à plus long terme, note M. Couture. On a moins de problèmes de petites unités dirigées vers les petits investisseurs. »

C’est aussi ce qu’observe Francis Cortellino, économiste à la Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL). « À Toronto et à Vancouver, le marché [des condos détenus par] des investisseurs est beaucoup plus important qu’à Montréal. »

[…]

6 « J'aime »