Intelligence artificielle (IA)

Le Mila mise sur les applications de l’intelligence artificielle qui influencent la vie de tous les jours. 13 novembre 2020 6h59 Mis à jour à 7h00 https://www.lesoleil.com/affaires/techno/google-reinvestit-quatre-millions--sur-trois-ans-au-mila-pour-la-recherche-sur-lia-eff1f4d716ab2b26f214777630de73bf

Google réinvestit quatre millions $ sur trois ans au Mila, pour la recherche sur l’IAJessica Beauplat La Presse Canadienne MONTRÉAL — Google renouvelle son engagement envers l’Institut québécois d’intelligence artificielle, le Mila, avec un investissement de quatre millions $ sur trois ans. Dirigé par Yoshua Bengio, l’un des pionniers de l’intelligence artificielle (IA) dans le monde, le Mila poursuivra ses recherches sur les différentes applications de l’IA, notamment dans le secteur de la santé et de la lutte contre la COVID 19.

Selon M. Bengio, «l’investissement de Google nous permettra de faire des recherches pour repousser les limites de l’intelligence artificielle».

Google avait déjà versé 4,5 millions $ sur trois ans en 2016, ce qui a permis au Mila de croître et de passer de 25 à 519 chercheurs.

Le directeur de Google IA à Montréal, Hugo Larochelle, résume en deux mots la raison de cet appui au Mila : Yoshua Bengio. Partout au monde, de grandes avancées dans le domaine de l’IA découlent directement des travaux du professeur de l’Université de Montréal et directeur du MILA, explique-t-il.

«Il s’est lancé dans la production d’un écosystème, pour créer un environnement de première classe, pour soutenir la formation de la prochaine génération de chercheurs et ses efforts portent fruit», selon M. Larochelle.

L’IA pour combattre la COVID-19

Le Mila mise sur les applications de l’IA qui influencent la vie de tous les jours. L’équipe du Mila travaille actuellement sur LambdaZéro, un algorithme qui aidera les scientifiques à trouver les molécules les plus efficaces pour fabriquer de nouveaux médicaments. Ce système permettra de prédire quelles combinaisons auront le plus de chances de fonctionner.

Pour le moment, le processus pour trouver un bon remède prend en moyenne dix ans, puisqu’il existe une si grande quantité de molécules que les combinaisons possibles sont quasi infinies. Les scientifiques sous la gouverne de M. Bengio veulent développer un outil qui prédira la bonne combinaison beaucoup plus rapidement.

En janvier, grâce au projet LambdaZéro, ils entameront d’ailleurs des tests pour identifier un nouveau médicament capable de combattre la COVID-19.

Investir pour l’avenir

Montréal poursuit son marathon pour conserver sa place dans le peloton de tête de l’écosystème mondial de l’intelligence artificielle (IA) grâce à différents investissements du secteur privé, mais également grâce au soutien financier des gouvernements provincial et fédéral.

Dans le cadre de la Stratégie pancanadienne en matière d’intelligence artificielle lancée en 2017 par le gouvernement fédéral, 125 millions $ ont été octroyés à différents groupes de recherche. La directrice de la Stratégie, Elissa Strome, estime que 30 % de cette somme a été versée au Mila.

Ces investissements sont nécessaires, non seulement pour attirer des étudiants et chercheurs de talents, mais également les garder au pays. La compétition dans ce secteur est très forte, rappelle-t-elle, d’où le besoin de créer un environnement favorable au développement de l’IA pour encourager la relève.

En trois ans à peine, Mme Strome a vu le visage de l’industrie se transformer. Elle a noté une augmentation de 50 % de l’investissement étranger en IA au Canada.

C’est un secteur novateur qui met au point une variété d’applications intelligentes qui peuvent permettre de réduire les coûts du système de santé avec des outils qui gèrent l’horaire des patients, des employés ou des salles d’opération, donne-t-elle en exemple.

Ce reportage a été préparé dans le cadre du programme de Bourses Facebook et La Presse Canadienne pour les nouvelles.

Element AI acquise par une firme californienne


PHOTO FRANÇOIS ROY, ARCHIVES LA PRESSE | Depuis 2019, Element AI offre à ses clients différentes applications qui peuvent être combinées, à la manière de blocs Lego. On a annoncé ce lundi son acquisition par une firme californienne de logiciels, ServiceNow.

Un des fleurons montréalais de l’intelligence artificielle, Element AI, cofondée en 2016 par Yoshua Bengio, a été acquis par une firme californienne de logiciels, ServiceNow.

Publié le 30 novembre 2020 à 9h31 | KARIM BENESSAIEH | LA PRESSE

La transaction, d’un montant qui n’a pas été confirmé, devrait être bouclée « au début de 2021 », selon un communiqué publié ce lundi matin. En 2019, Element AI avait réussi à recueillir plus de 200 millions de dollars avec l’appui de nouveaux investisseurs, dont la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ) et le gouvernement du Québec. Selon une estimation du site spécialisé TechCrunch, cette collecte de fonds donnait une valeur entre 800 et 930 millions à la firme montréalaise.

À l’époque, cette annonce survenait alors que plusieurs reportages dans les médias avaient soulevé des doutes sur la gestion de l’entreprise, qui compte un demi-millier d’employés, mais n’aurait eu que des revenus de 10 millions en 2018, selon le Globe and Mail.

Depuis 2019, Element AI offre à ses clients différentes applications qui peuvent être combinées, à la manière de blocs Lego. On vise dans un premier temps les entreprises de taille moyenne, entre 500 et 5000 employés, surtout dans les secteurs de la cybersécurité, de l’assurance et de l’analyse d’entreprises. Conçues à partir de la quarantaine de projets auxquels a participé Element AI, notamment en Corée du Sud, ces applications utilisent l’apprentissage profond pour automatiser des tâches.

ServiceNow a annoncé dans le communiqué que l’acquisition d’Element AI lui permettra d’établir « un nouveau carrefour de l’IA au Canada afin d’accélérer le développement d’innovations axées sur le client destinées à la plateforme Now ».

Selon TechCrunch, cette acquisition, la quatrième de ServiceNow en 2020, serait la plus importante jamais effectuée par l’entreprise dont la valeur boursière est de 103 milliards US. Une porte-parole a confirmé au site spécialisé qu’on retiendrait les services de la quasi-totalité des employés actuels d’Element AI, incluant le PDG Jean-François Gagné et Yoshua Bengio, qui deviendrait conseiller technique.

Paradoxalement, M. Gagné est intervenu à plusieurs reprises sur la place publique pour dénoncer le fait que l’arrivée de nombreuses entreprises américaines à Montréal dans le secteur de l’intelligence artificielle, notamment Google et Facebook, menait à l’exportation de de la propriété intellectuelle locale.

Fondée en 2004, l’entreprise californienne a fait sa marque dans la «transformation numérique» qu’elle propose à ses clientes, «notamment ses solutions de gestion des technologies de l’information, du service à la clientèle et des ressources humaines», explique-t-on dans le communiqué.

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Selon la Caisse de dépôt, c’est une bonne nouvelle

Une bonne nouvelle, selon la Caisse de dépôt

Bien que le fait de voir passer une étoile montante de la technologie québécoise à des intérêts étrangers peut faire sourciller, la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ), qui détient une participation évaluée entre 30 et 50 millions de dollars dans Element AI, estime qu’il s’agit plutôt d’une bonne nouvelle pour le pôle technologique de Montréal en intelligence artificielle.

On a agi dans l’intérêt de nos déposants. On a accompagné Element AI de façon intensive ces dernières années, a expliqué Maxime Chagnon, porte-parole de la CDPQ au micro de Radio-Canada.

La seule issue [pour Element AI] était de trouver un partenaire stratégique qui allait lui permettre de poursuivre ses activités. Ça va renforcer Element AI dans sa croissance, a poursuivi M. Chagnon, qui assure qu’il y a eu un rendement pour les actionnaires dans cette transaction.

Rappelons qu’Element AI a récolté par le passé près de 340 millions de dollars lors de deux rondes de financement (en 2017 et 2019) à laquelle ont contribué la CDPQ, le gouvernement du Québec, BDC Capital, RealVentures et McKinsey & Company, pour n’en nommer que quelques-uns.

L’IA toujours en croissance à Montréal

PHOTO ALAIN ROBERGE

Valérie Pisano, PDG du Mila

L’annonce de la vente, la semaine dernière, d’Element AI à la firme américaine ServiceNow et la décision qu’a prise à l’été le gouvernement fédéral de ne pas utiliser l’application de traçage de la COVID-19 conçue par le Mila, l’Institut québécois de l’intelligence artificielle, ont jeté de l’ombre sur l’expertise mondiale de pointe que Montréal a développée dans le domaine de l’intelligence artificielle. Valérie Pisano, PDG du Mila, fait le point sur l’état de la situation et défend les avancées faites par l’IA à Montréal au cours des deux dernières années.

Publié le 9 décembre 2020 à 6h23

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Jean-Philippe Décarie Jean-Philippe Décarie
La Presse

Element AI n’était peut-être pas un fleuron québécois, mais elle était quand même une entreprise phare de l’intelligence artificielle montréalaise avec son cofondateur Yoshua Bengio, qui est également fondateur et directeur scientifique du Mila. Est-ce que la vente de cette entreprise va entacher la crédibilité de la grappe de l’IA à Montréal ?

Je ne pense pas. Cette transaction avec une grande entreprise opérante comme SerivceNow vient plutôt valider la pertinence d’avoir créé un hub de l’intelligence artificielle à Montréal. Cette transaction confirme l’importance de l’écosystème montréalais et des talents qui y travaillent.

Mais l’échec commercial d’Element AI qui a entraîné sa vente ne vient-il pas porter ombrage à notre capacité de développer nous-mêmes des entreprises rentables dans le domaine de l’intelligence artificielle ?

C’est certain qu’Element AI a pu connaître des enjeux de commercialisation, mais l’entreprise a aussi réussi à développer des solutions innovantes dans le domaine de l’IA, et c’est pourquoi une entreprise du secteur s’y est intéressée. L’entreprise va poursuivre son développement à Montréal avec du nouveau capital et un nouveau partenaire, ce n’est pas la première start-up à qui cela arrive.

Mais cette transaction ne doit pas nous faire oublier qu’on a plusieurs autres entreprises en IA qui continuent de se développer fort bien à Montréal et au Québec, comme Coveo, Imagia, StradigiAI, Lightspeed, Upper…

Le Mila a développé au printemps dernier une application pour lutter contre la COVID-19 qui n’a pas été retenue par le gouvernement fédéral. Est-ce que vous avez considéré ce refus comme un échec ?

Pas du tout. Les chercheurs du Mila ont développé un outil de prédiction du risque dont les algorithmes permettaient de prévenir l’exposition à la maladie. On a conçu un modèle épidémiologique unique qui a donné lieu à la publication de deux études scientifiques. On va bientôt publier les deux codes de simulation qu’on a développés.

Le problème, c’est qu’on devait envoyer toutes les données recueillies sur un serveur central, et certains ont émis des craintes au sujet de la protection des données personnelles des utilisateurs même si on ne prélevait aucune donnée du type nom ou adresse IP. Bref, le gouvernement a préféré l’application de Shopify qui n’utilise pas l’intelligence artificielle.

Cela dit, l’Institut québécois de l’intelligence artificielle, le Mila, a été créé pour attirer et garder à Montréal le plus de compétences possible en matière d’IA, et vous êtes opérationnels depuis deux ans maintenant. Quel bilan faites-vous de ces deux dernières années ?

On a débuté avec une vingtaine de professeurs associés à HEC Montréal, à l’Université de Montréal, à McGill et à Polytechnique et quelque 200 étudiants. On compte maintenant plus de 50 professeurs-chercheurs et plus de 600 chercheurs-étudiants.

Nos quatre universités recrutent des professeurs-chercheurs en IA et le Mila finance des chaires de recherche dans leurs domaines respectifs. On a entrepris nos activités avec des chercheurs-étudiants – maîtrise, doctorat et postdoctorat – qui venaient principalement d’ici, mais maintenant, la moitié de nos étudiants proviennent de partout dans le monde, dont principalement de l’Inde, de la Chine, de la France et des États-Unis.

Est-ce qu’il y a des secteurs d’activité où l’expertise du Mila est plus sollicitée que d’autres ?

Nos chercheurs sont actifs dans tous les secteurs d’activité. Dans le domaine de la santé, par exemple, on a des équipes qui développent des algorithmes pour accélérer la production de molécules. Plusieurs grandes sociétés se sont aussi associées au Mila pour avoir accès à nos talents, comme la société Novartis ou Roche, qui a récemment ouvert un laboratoire de recherche en IA à Montréal et qui collabore avec nous. On est un épicentre de la recherche scientifique et nos travaux se font en mode ouvert.

Est-ce que vous croyez que le Mila a permis de renforcer la position de Montréal comme pôle important de l’IA dans le monde ?

Le gouvernement fédéral a commandé une étude à Accenture pour mesurer l’impact de la création des trois laboratoires canadiens en IA, et ce rapport nous a appris il y a trois semaines que l’Université de Montréal se classait aujourd’hui au premier rang mondial pour la recherche en IA.

Un autre rapport de Montréal International a démontré que Montréal se classait au premier rang des villes nord-américaines pour investir en IA et que les investissements directs en technologies ont augmenté de 50 % entre 2017 et 2019.

Vous avez aussi le mandat de rendre plus accessible l’intelligence artificielle aux entreprises d’ici. Comment gérez-vous ce volet de votre mission ?

C’est une part importante de nos activités. Il y a beaucoup d’appétit chez nos entreprises pour l’IA, mais il y a aussi un déficit numérique à combler dans de nombreuses sociétés.

On a tout de même plus de 50 entreprises partenaires comme Hydro-Québec, avec qui on développe des algorithmes qui vont permettre de prédire la radiance solaire afin de mieux gérer l’ensemble du réseau.

Ces grandes entreprises, comme le CN, font affaire avec notre équipe de chercheurs appliqués qui ont une dizaine de projets en cours.

On a aussi un partenariat avec la Caisse de dépôt, qui a accès à nos ressources technologiques et qui est installée sur place avec une vingtaine de start-up dans lesquelles elle a investi. On a aussi une équipe de chercheurs qui encadrent nos propres start-up, celles qu’ont mises sur pied nos chercheurs-étudiants.

Comment entrevoyez-vous l’avenir du Mila et de l’IA à Montréal ?

On est nous-mêmes une start-up. On s’est installés rapidement, il y a deux ans, on est dans l’opérationnalisation, et là, on veut accélérer notre rayonnement. On a la responsabilité de participer à la discussion publique pour mieux faire comprendre comment l’intelligence artificielle s’intègre à la vie et on doit aussi rendre plus fluides les avancées de l’IA pour nos entreprises.https://www.lapresse.ca/affaires/2020-12-09/grande-entrevue-valerie-pisano-pdg-du-mila/l-ia-toujours-en-croissance-a-montreal.php

Texte sur le 6600, rue Saint-Urbain de Canderel

Technologies numériques Boulons, neurones et électrons

PHOTO SÉBASTIEN ARBOUR, FOURNIE PAR INFASCO

Le traitement thermique des boulons, après leur usinage

L’intelligence artificielle catalyse le potentiel de la fabrication manufacturière avancée. Mais qu’elle soit artificielle ou humaine, l’intelligence doit être ordonnée. Témoignages.

Publié le 11 janvier 2021 à 6h00

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Marc Tison Marc Tison
La Presse

L’humble boulon. Le rivet excepté, il est difficile d’imaginer dans la civilisation industrielle une pièce plus élémentaire. À l’heure de la mondialisation, c’est pourtant ce que fabrique Infasco à Marieville, en Montérégie.

« On dit qu’on fait des boulons à valeur ajoutée, mais c’est un produit de nécessité », indique Luc Lessard, vice-président et directeur général d’Ifastgroupe, pour souligner l’exploit d’une production locale plutôt qu’asiatique. « On est super fiers. »

PHOTO FOURNIE PAR INFASCO

Luc Lessard est vice-président et directeur général d’Ifastgroupe, dont fait partie Infasco.

Cette fabrication montérégienne se poursuit depuis plus de 60 ans. L’entreprise, qui emploie quelque 400 personnes, est la propriété du groupe américain Heico, mais les décisions sont prises à Marieville, assure le vice-président.

Infasco fabrique 65 000 produits différents.

Ils sont distribués par l’entremise de sept entrepôts répartis en Amérique du Nord, et sont souvent destinés à la fabrication de véhicules lourds ou de machinerie agricole.

Dans la vaste usine de 75 000 m2, les bassins et les machines-outils automatiques s’alignent pour traiter le fil d’acier en rouleau, le redresser, le couper, le matricer et le fileter afin de former des vis et des écrous à un rythme de mitrailleuse lourde.

PHOTO FOURNIE PAR INFASCO

Une des chaînes de production automatisée de l’usine Infasco, à Marieville.

Une cinquantaine de presses peuvent chacune frapper jusqu’à 300 vis à la minute.

« On a une capacité de 1 million de livres de boulons par jour », informe Luc Lessard. Ou 500 tonnes, si on préfère.

À la suite de la crise de 2008, toutes les presses ont été connectées à l’informatique, souligne-t-il. « Avec Hugues, on est dans la prochaine vague. »

L’intervention

Il parle d’Hugues Foltz, copropriétaire et vice-président de Vooban, firme de Québec spécialisée dans le développement de logiciels sur mesure qui s’appuient sur l’intelligence artificielle et l’internet des objets.

« C’est moi qui ai approché Vooban, explique Luc Lessard. Hugues faisait une prestation à laquelle je m’étais inscrit, et je suis allé lui parler. »

Il avait de bonnes raisons d’entamer la conversation : l’automatisation de son usine atteignait ses limites.

« On ne peut pas continuer à investir dans de nouveaux équipements sans passer par l’optimisation de notre équipement actuel », fait-il valoir.

La multiplication des produits, la complexité croissante des boulons et les exigences du juste-à-temps imposaient l’ajout d’un cerveau numérique aux procédés déjà automatisés.

L’objectif, dit-il, est de « prendre des décisions sur l’information plutôt que sur le feeling ».

Le problème n’est pas tant l’émotivité des boulons que leur variété.

Les 65 000 produits d’Infasco ont des caractéristiques de marché, une saisonnalité et un rythme de production qui divergent largement.

De surcroît, ils se déclinent en 350 000 unités de gestion des stocks (ou SKU).

PHOTO FOURNIE PAR INFASCO

Le rouleau de fil d’acier est plongé dans plusieurs bassins pour le nettoyer et le protéger.

L’entreprise ne peut maintenir un stock complet et chaque fois qu’un de ses innombrables produits est mis en production pour répondre à une commande, aussi petite la série soit-elle, il faut interrompre la chaîne, nettoyer la machinerie, voire réajuster les appareils. Bref, une coûteuse perte de temps.

Avec une meilleure planification, l’entreprise pourrait optimiser les séries et minimiser ces mises en route.

Les décisions de production seront mieux étayées « si on comprend bien le comportement de nos produits », commente Luc Lessard.

Vooban a commencé son intervention en mai 2020.

« Dans 10 mois, on va avoir terminé le développement de la première couche, qui va couvrir l’ensemble des activités de l’entreprise », précise Hugues Foltz.

« C’est une couche qui ressemble à un MES, mais intelligent », ajoute-t-il.

Ah, les acronymes spécialisés !

Un manufacturing execution system (MES), ou système d’exécution de la fabrication, est un système informatisé qui assure le pilotage et le suivi, en temps réel, des diverses étapes de la production, ainsi que nous l’apprend l’Office québécois de la langue française.

Dans une de ses premières interventions, Vooban a installé un entrepôt de données – (data warehouse, dans le jargon), c’est-à-dire un système de stockage de l’information stratégique, organisé et facile d’accès.

L’entrepôt de données devient la pierre angulaire de l’intelligence artificielle pour optimiser les décisions de l’entreprise.

Hugues Foltz

Parcourant cet entrepôt soigneusement structuré, des algorithmes recueillent et analysent les données pertinentes, envoient des signaux et prennent des décisions.

Mieux, ils apprennent.

« C’est à force de réentraîner l’algorithme et d’ajouter des variables qu’on va atteindre le niveau de productivité voulu », ajoute-t-il.

À terme, Infasco veut réduire les délais de livraison, atteindre une efficacité de 96 % dans la gestion du juste-à-temps et obtenir dans l’ensemble des gains de productivité de l’ordre de 20 %.

Investir dans l’éducation

L’investissement est important, mais c’est sa nature qui le rend particulièrement délicat. « On est habitués à investir dans le dur, dans des presses, explique Luc Lessard. Mais l’intelligence artificielle, l’entraînement des algorithmes, c’est beaucoup d’inconnus. C’est cet inconnu qui est plutôt malaisant. »

Il a fait ce pas, malgré tout. Pourquoi ?

« Je crois que l’intelligence artificielle peut nous amener beaucoup plus loin, répond-il. Je suis convaincu qu’on va vouloir investir plus à mesure qu’on va voir les gains que ça va nous apporter. »

À l’appui des algorithmes qui apprennent, on pourrait citer le populaire adage : si vous trouvez que l’éducation coûte cher, essayez l’ignorance.

« C’est un bel exemple : une entreprise aussi traditionnelle qui a compris l’importance de prendre le virage de l’intelligence artificielle, commente Hugues Foltz. Je lui lève mon chapeau ! »

Transformation numérique

Intelligence artificielle : l’automatisation qui apprend

Il en va de l’intelligence artificielle (IA) comme des petites cellules grises d’Hercule Poirot : il faut de l’ordre et de la méthode.

« C’est malheureux, mais on a vu ça dans plein d’entreprises, s’exclame Hugues Foltz, copropriétaire et vice-président de la firme Vooban. Il fallait acheter un robot, mais finalement, à l’endroit où il a été mis, il a créé un goulot supplémentaire, parce que le reste de l’usine n’était pas prêt à fournir le robot en question. »

PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, LA PRESSE

Hugues Foltz est copropriétaire et vice-président de la firme Vooban, située à Québec.

« C’est pour ça que dans un plan de transformation numérique, il y a une grande importance à faire les choses dans le bon ordre, à ne pas tomber dans ce trip technologique, qui inclut l’intelligence artificielle. »

Située à Québec, Vooban se spécialise dans le développement de logiciels sur mesure, « et par la force des choses, dans l’intégration des technologies, telle que l’intelligence artificielle et tout ce qui s’y associe ».

L’entreprise compte une soixantaine de spécialistes.

« Souvent, on se fait appeler et on se fait dire : on veut faire de l’AI. D’accord, mais pourquoi ?

« Les principes d’affaires et surtout la façon dont on déploie la transformation numérique dans une organisation sont quelque chose de très méthodique, qui doit être bien campé. On doit asseoir une série de données, d’informations et de décisions pour pouvoir dire qu’on a un roulement solide. »

La séduction d’une belle machine

Les entrepreneurs sont souvent séduits par le charme technologique d’une belle machine. Mais loin de se taire, la belle doit communiquer.

« Ce que nos entreprises n’ont pas toujours réalisé, je pense, c’est que cette machine doit fonctionner avec des données de qualité, en dessous, pour atteindre son plein potentiel. Il faut qu’elle soit connectée avec les autres machines, il faut qu’elle soit interfacée. »

C’est alors que l’entreprise peut récolter les pleins bénéfices de l’automatisation.

Il donne en exemple le cas de Patates Dolbec, où Vooban a contribué à améliorer la détection des défauts rédhibitoires sur les pommes de terre.

Les trieurs optiques avec intervention humaine avaient un taux de fiabilité de 30 %. « Aujourd’hui, avec un algorithme qu’on a entraîné, on a dépassé les 85 % et on devrait franchir les 90 % sous peu. On a battu l’humain ! », s’exclame-t-il.

Quand on fait les choses dans le bon ordre et qu’on déploie les technologies au bon moment, ce sont des résultats qui sont souvent surprenants pour beaucoup d’organisations.

Hugues Foltz

Les mots-clés sont prononcés : bon ordre et bon moment.

Ordre et méthode

« Il y a plusieurs étapes dans la transformation numérique d’une entreprise, et la première est toujours la même : c’est de bien maîtriser les données de son organisation. »

Au Québec, cette première étape est souvent négligée par les organisations, déplore M. Foltz.

« C’est vraiment une compréhension de l’ensemble de l’organisation qui est nécessaire pour dire qu’on a un plan de transformation numérique qui est adéquat et adapté à l’entreprise. Il n’y a pas de copier-coller possible. »

Une couche d’intelligence

Sur ces solides fondations sera appliquée ce qu’il appelle une couche d’intelligence artificielle, sous la forme d’un système d’exécution de la fabrication dopé aux algorithmes.

« C’est une couche qu’on vient asseoir sur les autres systèmes de l’organisation et qui, littéralement, remplace des gens qui, aujourd’hui, avec leur expérience et leur bagage, prennent toutes ces décisions, font ces interprétations des données. On leur dit : vous avez assez couru, partagez avec nous pourquoi vous prenez telle décision dans telle situation, et on entraîne un algorithme à prendre ces décisions-là à leur place. »

Résultat : « Ça devient des entreprises qui gagnent en productivité de façon assez incroyable. »

En continu

Les technologies évoluent à une telle vitesse que l’entreprise ne peut demeurer statique : l’innovation et la transformation numérique doivent être perpétuellement en mouvement.

« Peu importe à quelle hauteur les entreprises sont prêtes à investir, il faut investir en continu, recommande Hugues Foltz. Il ne faut pas voir la transformation numérique comme un one shot*.* Exactement comme on investit 1 % de notre masse salariale en formation, on devra investir un montant, un pourcentage fixe, année après année. »

Il lance un dernier message : les entreprises doivent se lancer dès maintenant. « Il faut arrêter d’attendre, conclut-il. Nos entreprises n’ont plus le luxe de dire : on va le faire l’année prochaine. »

Transformation numérique

Prophètes à l’étranger

PHOTO FOURNIE PAR PCI AUTOMATISATION INDUSTRIELLE

Une chaîne automatisée d’embouteillage d’eau de source sur laquelle est intervenue la firme de consultants PCI Automatisation industrielle en Floride.

C’est presque automatique : les spécialistes québécois en automatisation doivent garnir leur carnet de commandes à l’étranger.

« C’est peut-être une information mal partagée au Québec, mais l’offre d’automatisation au Québec est exceptionnelle, si bien que souvent, la majorité de nos volumes d’affaires sont exportés », constate Christian Perrier, président du conseil du Regroupement des entreprises en automatisation industrielle (REAI). « Ça donne une idée comment on est méconnus ici. »

Le REAI réunit une centaine d’acteurs de l’industrie de la fabrication avancée – équipements et outils, logiciels et services spécialisés.

L’organisme a pour objectif de promouvoir l’automatisation québécoise et de « stimuler la collaboration entre les différents joueurs de l’automatisation ».

Christian Perrier est par ailleurs président de la firme de consultants PCI Automatisation industrielle, qui réalise elle aussi une part importante de son chiffre d’affaires à l’étranger.

« On vend de l’intégration, de la programmation, de la conception, décrit-il. Notre croissance à l’international s’est faite beaucoup avec des partenaires qu’on avait ici, qui étaient satisfaits de notre travail et qui préfèrent continuer de travailler avec nous. »

On est là !

Selon une étude réalisée en 2019 pour le REAI, 79 % des 680 entreprises québécoises qui offrent des machines, des logiciels et des services pour la fabrication de pointe exportent leurs équipements ou leur expertise.

« Chez bien des intégrateurs, des boîtes d’automatisation ou des équipementiers, la majorité du chiffre d’affaires est à l’international », insiste Christian Perrier.

« Ce n’est pas nécessairement mauvais en soi, mais lorsqu’un manufacturier québécois recherche de l’équipement, sa première réaction est d’aller voir à l’étranger. Il fait peut-être fausse route. On a vraiment de très grandes qualités au Québec. »

Il explique ce réflexe par un manque de communication entre les manufacturiers et les fournisseurs et consultants en automatisation.

PHOTO ROBERT SKINNER, LA PRESSE

Christian Perrier est président de la firme de consultants PCI Automatisation industrielle et président du conseil du Regroupement des entreprises en automatisation industrielle (REAI).

On veut que les gens sachent que l’offre locale est présente, qu’elle est forte, bonne, disponible, et qu’on préfère travailler au Québec plutôt qu’aller à l’international.

Christian Perrier, président de la firme de consultants PCI Automatisation industrielle

En d’autres mots, l’offre et la demande locales ne se satisfont pas.

« C’est comme si les robots étrangers et les robots québécois se croisaient à la frontière », évoque Pascal Monette, président-directeur général de l’Association pour le développement de la recherche et de l’innovation du Québec (ADRIQ).

« Dans toutes les initiatives pour aider nos transformateurs, là où ça devient intéressant, c’est de faire valoir qu’il y a des équipementiers québécois qui offrent des solutions, des intégrateurs qui peuvent aider les entreprises. Oui, il y a des fois où tu es obligé de prendre un robot de l’étranger parce qu’il n’est pas fabriqué ici pour un besoin précis, mais je pense qu’il faut vraiment miser sur ce secteur-là pour l’aider à se développer. »

La transformation numérique – expression qu’il préfère à industrie 4.0 « parce que c’est trop difficile à expliquer » – peut bénéficier aux manufacturiers.

« Mais si en plus ça se fait avec un écosystème d’entreprises québécoises, on est doublement gagnants. »

La fabrication avancée en chiffres au Québec

Plus de 680 entreprises
Plus de 44 000 emplois 5,2 milliards en PIB
43 % sont des MGE (moyennes et grandes entreprises, plus de 100 employés)
46 % sont des PE (petites entreprises, de 11 à 100 employés)
11 % sont des TPE (très petites entreprises, de 1 à 10 employés)
80 % des entreprises sont en mode croissance
Source : Portrait 2019, La fabrication de pointe au Québec, REAI

La fabrication de pointe québécoise s’exporte

79 % des entreprises du secteur exportent

  • 100 % des MGE
  • 83 % des PE
  • 54 % des TPE

30 % se concentrent davantage sur l’exportation que sur le marché local

Source : Portrait 2019, La fabrication de pointe au Québec, REAI
https://www.lapresse.ca/affaires/2021-01-11/technologies-numeriques/boulons-neurones-et-electrons.php

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