Innovations en construction

Innovation Construction : petite révolution laser sur les chantiers

PHOTO FOURNIE PAR MECHASYS

Développé par l’entreprise Mechasys, le système de projection FramR permet d’accélérer le processus de la pose des murs sur les grands chantiers de construction en projetant des lignes laser directement sur le sol.

Une PME montréalaise veut chambouler le milieu de la construction avec son projecteur laser qui permet de visualiser le plan de construction directement sur le sol d’un chantier.

Publié le 9 novembre 2021 à 14h00

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Antoine Trussart

Antoine Trussart Collaboration spéciale

Développé par l’entreprise Mechasys, le système de projection FramR permet d’accélérer le processus de la pose des murs sur les grands chantiers de construction en projetant des lignes laser directement sur le sol. Les charpentiers n’ont plus qu’à tracer leurs lignes le long des lasers et n’ont plus besoin dès lors de traduire un plan papier ou en version PDF.

« Ça permet de créer un “super-charpentier”, explique Christophe Roy, directeur du marketing de Mechasys. Ça ne remplace pas la personne, mais ça l’aide à faire beaucoup plus et simplifier son travail. »

Décupler la productivité

Dans des conditions contrôlées, les tests menés par l’entreprise montrent une productivité multipliée par 10 lors du traçage, l’étape cruciale qui précède la pose des murs, de la plomberie, de l’électricité et la ventilation.

« C’est toujours la personne la plus expérimentée qui fait ça, et donc quelqu’un qui est payé très cher, poursuit M. Roy. Nous, on veut que cette personne-là puisse faire le plus de travail possible. »

PHOTO FOURNIE PAR MECHASYS

Le projecteur a été utilisé entre autres dans la construction de projets de condos à Mirabel et à Mascouche, ainsi que sur le chantier du nouveau pavillon de HEC Montréal au centre-ville.

L’entrepreneur doit avoir des plans de son chantier en format AutoCAD pour les importer dans le système de projection. Le positionnement de la machine prend environ cinq minutes et peut projeter ses lasers à 360 degrés dans un rayon de 10 m.

Mechasys a été fondée à Montréal en 2018 par trois anciens étudiants en génie de l’École de technologie supérieure, William St-Pierre, Jonathan Lefebvre et Charles Ha. Après avoir été incubée au Centech, elle s’est établie depuis un an dans de nouveaux bureaux dans le secteur Chabanel.

« La R&D est faite ici, la majorité des pièces est faite ici et l’assemblage est fait ici, c’est vraiment un produit local », dit M. Roy.

Les trois ingénieurs avaient d’abord en tête de produire des murs préfabriqués avant de se faire rabrouer par des clients potentiels qui leur ont dit qu’ils avaient davantage besoin d’un système plus précis de mesure au sol.

Si le prototype du projecteur est apparu rapidement, son développement se raffine encore, en collaboration avec des clients fidèles, près de trois ans plus tard. Le projecteur a été utilisé entre autres dans la construction de projets de condos à Mirabel et à Mascouche, ainsi que sur le chantier du nouveau pavillon de HEC Montréal au centre-ville.

Croissance en vue

PHOTO FOURNIE PAR MECHASYS

Pour le moment, le projecteur intéresse surtout de grandes entreprises qui utilisent déjà des plans numériques pour leurs chantiers.

Le système FramR n’en est qu’à ses débuts et l’entreprise montréalaise de 18 employés cherche toujours à élargir son champ d’action.

On peut projeter n’importe quoi. Les systèmes intérieurs, c’est une première étape et un marché qu’on peut servir assez rapidement. Après ça, on peut projeter au plafond, on peut projeter la ventilation, l’électricité ou le carrelage au plancher. C’est illimité, les possibilités qu’on a avec ça.

Christophe Roy, directeur du marketing de Mechasys

Pour le moment, le projecteur intéresse surtout de grandes entreprises qui utilisent déjà des plans numériques pour leurs chantiers. Les quatre machines FramR sont offertes à l’achat ou en location, avec ou sans employé de Mechasys pour les opérer.

Si la majorité des clients de Mechasys sont québécois, l’entreprise est déjà présente sur le marché des États-Unis et du Japon, où la numérisation des plans de construction est plus avancée qu’ici.
https://www.lapresse.ca/affaires/portfolio/2021-11-09/innovation/construction-petite-revolution-laser-sur-les-chantiers.php

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Toitures bleues et vertes : une solution novatrice

Portail Constructo | 4 novembre 2021 | Par Benoit Poirier


Une toiture bleue va souvent de pair avec une toiture végétalisée, c’est le cas du pavillon des sciences de l’éducation de l’université McGill. Crédit : DMA architectes

La nécessité de densification des quartiers habités alliée aux dérèglements climatiques induit une pression de plus en plus problématique sur les infrastructures urbaines, notamment en ce qui a trait à la gestion des eaux de ruissellement lors de pluies abondantes. Une solution novatrice vient d’être mise en place pour l’Université McGill, à Montréal : une « ligne bleue ».

Le système a été développé par l’entreprise Hydrotech, située à Anjou. Celle-ci propose diverses solutions pour l’étanchéisation à l’aide de membranes et le drainage des toitures. Trois d’entre elles sont liées à l’installation d’une toiture bleue, permettant de retenir temporairement les eaux de pluie au toit pour les libérer progressivement à l’égout municipal, dans les 24 à 48 heures suivant une surverse, au moyen de drains à débit contrôlé.

« Le tout débute par l’installation d’un système à membrane protégée et d’isolation, selon les cas, appliqué directement sur la dalle de béton afin d’assurer l’étanchéité du système », indique le chargé de mandat, Bastien Gagné, de la firme DMA architectes. « Les différents revêtements ou bassins végétalisés pourront par la suite contribuer à la détention temporaire de l’eau.

« Que l’on pense aux interstices d’une couche de gravier pour y loger l’eau pluviale, à l’espace créé sous des dalles de béton ou sous une terrasse sur toit déposés sur des plots ajustables, à la détention de l’eau par l’entremise d’unités de stockage sous les espaces végétalisés, tous ces dispositifs sont des options pour l’emmagasinage d’eau temporaire servant à contrôler le débit des eaux pluviales. »

Dans le cadre du projet de réfection du pavillon des sciences de l’éducation de l’Université McGill, la solution de la toiture bleue s’avérait la plus judicieuse. Les diverses méthodes de détention d’eau mentionnées précédemment ont pu être utilisées pour répondre au besoin de la terrasse avec bassins végétalisés accessible aux usagers.

Comment choisir ? « Les discussions sur le sujet débutent en amont du projet selon les normes de la Ville quant aux besoins de rétention sur les toitures constatés par les services et règlementations de la gestion des eaux, dans le cas qui nous concerne le Service des eaux de la Ville de Montréal », précise Bastien Gagné, pour qui ce type de projet était l’une des premières toitures bleues. « Il y a une rétention qui se fait naturellement avec une toiture verte. Mais on atteint un niveau supplémentaire, par le principe de détention avec le système de toiture bleue. Il permet un emmagasinage temporaire et une plus grande capacité de détention des eaux. »

Le béton, un préalable

« Quand on parle d’un système de toiture bleue, on envisage majoritairement une structure de béton pour le supporter. Il est difficile d’imaginer et de concevoir une structure d’acier pour un tel système, souligne Bastien Gagné. Étant donné qu’il s’agit d’un bâtiment existant, il a d’abord fallu vérifier que la dalle pouvait recevoir l’ensemble du poids et des charges des différents systèmes. C’est un préalable. »


Les toitures bleues permettent de retenir temporairement les eaux de pluie au toit pour les libérer progressivement à l’égout municipal au moyen de drains à débit contrôlé. Image : Hydrotech

Comme il faut tenir compte de la charge de l’eau à pleine capacité tout comme de celles du substrat, des plantations et des dalles, ce type de toiture est habituellement tout indiqué pour des bâtiments commerciaux et institutionnels. Le défi et les considérations peuvent s’apparenter à une toiture verte conventionnelle, constate le chargé de mandat, qui est rompu à l’aménagement de toitures végétalisées pour divers projets.

À la base, la réfection d’un bâtiment s’avère toujours un défi, indique-t-il. Dans le cas d’une toiture bleue, il importe de connaitre les conditions existantes. Il faut connaitre la dalle, comprendre les superficies, les besoins de la Ville et du client.

« Il s’agit en quelque sorte d’une suite logique d’un concept de toiture verte. En format amélioré. Une fois les différents principes établis, les contraintes déterminées et résolues lors de la période d’exécution, l’installation se fait assez simplement lors de la réalisation au chantier. »

Toutefois, un tel chantier requiert une excellente coordination des équipes, particulièrement en début de projet. Avec les représentants municipaux, les ingénieurs en structure, pour vérifier la capacité portante des lieux, et les ingénieurs en mécanique, qui doivent effectuer des calculs précis quant aux volumes des eaux pouvant être momentanément retenus et au débit avec lequel elles peuvent être libérées vers les égouts.

Pallier les paliers

Dans le cas du pavillon des sciences de l’éducation de l’Université McGill, « la dalle de surface en béton existante d’origine, accessible aux usagers, montrait par sa configuration des accumulations d’eau. Les drains désuets notamment ne permettaient pas la bonne évacuation de l’eau pluviale. L’ensemble de la dalle de surface existante a pu être démoli afin de pouvoir nous rendre à la dalle structurale. Celle-ci étant d’une épaisseur considérable à l’origine, cela nous a permis d’envisager l’installation de dalles sur plots et ainsi de nous assurer que cela s’agence adéquatement avec les ouvertures et les accès du bâtiment conservés; élément important à considérer lors de travaux de réfection ». Les concepteurs ont toutefois eu à composer avec un toit à plusieurs sections dont certaines difficiles à atteindre, rapporte Bastien Gagné.

Des unités de stockage d’eaux de ruissellement ont été prévues sous les segments végétalisés ainsi que sous des espaces piétonniers conçus à l’aide de pattes ajustables sous le dallage et dans des murets. La capacité d’accumulation d’eau se trouve ainsi accrue et crée « une sorte de ligne bleue » uniforme et inapparente qui empêche tout débordement à la surface du toit. La durée de vie de celui-ci s’en trouve optimisée, car la structure de béton, ayant d’abord été imperméabilisée, ne peut entrer en contact avec l’eau.

Mis à part un gain environnemental plus qu’appréciable, ce système offre plusieurs avantages. Il permet aux propriétaires de respecter, voire de dépasser les exigences municipales en matière de gestion des eaux de ruissellement et d’aménager des bassins de rétention aériens plutôt que dans des espaces au sol souvent raréfiés en zone densifiée. Quant à la toiture elle-même, « l’effet d’une grosse piscine » découlant d’une surverse s’avère improbable et elle bénéficie d’une meilleure esthétique et d’une plus grande polyvalence d’aménagement, tous les drains étant inapparents.

LA TOITURE BLEUE DU PAVILLON DES SCIENCES DE L’ÉDUCATION DE L’UNIVERSITÉ MCGILL EN BREF

  • Client : Université McGill
  • Projet : Réfection du pavillon des sciences de l’éducation
  • Fabricant : Les Membranes Hydrotech
  • Architecture : DMA architectes
  • Ingénierie (mécanique) : Tetra Tech
  • Ingénierie (structure et génie civil) : LGT
  • Entrepreneur couvreur : Groupe Lefebvre
  • Aménagement paysager : Les Toits Vertige (système végétalisé toiture bleue) et Ceveco (système terrasse toiture bleue)
  • Entrepreneur général : Corporation de Construction Germano (CCG)
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Aluminium et innovation Objectif : un pont 100 % en aluminium

PHOTO FOURNIE PAR MARIO FAFARD

Test en laboratoire d’un platelage d’aluminium sur une poutre en acier

Plus de 70 ans après la construction du premier pont routier en aluminium au Québec, le métal gris peine encore à se tailler une place dans nos infrastructures. Un groupe de recherche s’attelle néanmoins à changer la donne.

Publié hier à 9h00

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Emilie Laperrière

Emilie Laperrière Collaboration spéciale

L’aluminium n’a plus de secrets pour Mario Fafard. Celui qui a été professeur au département de génie civil et de génie des eaux de l’Université Laval pendant plus de 30 ans l’a étudié sous toutes les coutures. Il s’est notamment penché durant de nombreuses années sur l’amélioration des procédés de production.

Depuis l’implantation de la Stratégie québécoise de l’aluminium en 2015, l’ingénieur civil est revenu à ses racines, la conception de ponts. Il a entre autres conçu un platelage d’aluminium pour le ministère des Transports du Québec (MTQ). Pour les moins calés en génie civil, Mario Fafard explique : « Sur un pont, il y a des dalles de béton soutenues par des poutres d’acier. Dans ce cas-ci, le platelage d’aluminium remplace les dalles de béton. »

Lorsqu’on lui demande pourquoi il s’intéresse tant à ce matériau, le spécialiste mentionne d’emblée le pont d’Arvida, au Saguenay. « C’est le premier pont routier en aluminium au monde et il ne nécessite presque pas d’entretien. En 72 ans, on n’a jamais sablé la surface parce que l’aluminium résiste à la corrosion atmosphérique. Ça en fait un matériau de choix pour les ponts et les passerelles », souligne ce passionné.

« Jusqu’à trois fois moins cher »

Le chercheur a aussi participé à une analyse du cycle de vie et des coûts totaux des ponts en béton et en aluminium, basée sur les données du MTQ. « L’aluminium étant plus cher que le béton, le pont coûte plus cher au départ, admet Mario Fafard. Mais sur 75 ans, à part le revêtement antidérapant qui doit être renouvelé tous les 25 ans, il n’a pas besoin d’entretien. Le pont de béton, lui, doit être réparé après 15 et 25 ans. On doit aussi détruire et refaire la dalle de béton après 50 ans. »

PHOTO ÉTIENNE BOUCHER, FOURNIE PAR L’UNIVERSITÉ LAVAL

Avec son équipe, Mario Fafard, professeur invité au département de génie civil et de génie des eaux à l’Université Laval, essaie de développer le premier pont 100 % en aluminium.

En cumulant tous les coûts et en les actualisant en dollars d’aujourd’hui, un pont avec une dalle de béton coûtera jusqu’à trois fois plus cher qu’un pont en platelage d’aluminium.

Mario Fafard, professeur invité au département de génie civil et de génie des eaux de l’Université Laval

Une première mondiale

Les recherches de Mario Fafard ne s’arrêtent pas là. Le responsable du chantier Infrastructures et ouvrages d’art d’AluQuébec a maintenant uni ses forces avec des professeurs de l’Université Laval et de l’Université du Québec à Chicoutimi, de même qu’avec des membres de l’industrie.

Ensemble, ils essaient de développer un pont 100 % en aluminium, y compris les poutres et le platelage. Une première. « Il n’y en a nulle part ailleurs sur la planète », souligne Mario Fafard.

Plutôt que de souder les éléments à l’arc, comme c’est habituellement le cas, l’équipe veut se servir de la soudure à froid. « Cette technologie est utilisée en aéronautique, dans les voitures et les navires. Ça nous permettrait d’avoir de meilleures propriétés d’aluminium et d’optimiser l’assemblage. Ça réduirait aussi les coûts. » Mario Fafard remarque que la construction serait en outre beaucoup plus rapide. « Le pont en aluminium serait fait en usine et installé en cinq jours sur le chantier. »

La phase de financement du projet de recherche est en cours. « On espère avoir un concept qui tient la route en 2025 pour éventuellement réaliser un prototype », précise Mario Fafard. Au moins 300 ponts ont besoin d’être remplacés dans la province, selon le MTQ. Les chercheurs auront donc l’embarras du choix quand viendra le temps de mettre leur idée à l’épreuve.
https://www.lapresse.ca/affaires/portfolio/2022-03-22/aluminium-et-innovation/objectif-un-pont-100-en-aluminium.php

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Une chaire institutionnelle sur les matériaux composites innovants pour les infrastructures en béton durables

Portail Constructo | 12 août 2022


Crédit : Université de Sherbrooke

L’Université de Sherbrooke et 14 autres organisations s’associent pour rendre encore plus performants les matériaux composites qui renforcent le béton armé.

Sous la direction du professeur Brahim Benmokrane, les partenaires ont scellé une nouvelle union de cinq ans avec la création de la Chaire de recherche industrielle sur les matériaux innovants en composites de polymère renforcé de fibres (PRF) pour les infrastructures en béton durables. La Chaire s’intéresse plus spécifiquement aux matériaux qui proposent une solution de rechange plus efficace à l’acier traditionnellement utilisé dans le béton armé.

Ainsi, la technologie inventée à l’UdeS par le professeur Benmokrane vise à remplacer l’armature d’acier par une armature de polymère renforcée de fibres, venant régler les problèmes d’usure prématurée des infrastructures en béton. En plus d’offrir une empreinte environnementale moins grande que l’acier, elle permet des économies importantes, tant sur le cout de vie utile que celui de la réalisation des structures.

Cette technologie se retrouve maintenant dans plus d’une centaine d’infrastructures au Canada, dont l’usine de traitement d’eau potable de la ville de Thetford Mines, et ailleurs dans le monde. « Bien sûr, il s’agit d’un produit en constante amélioration. L’objectif est de le rendre encore plus performant et facile à utiliser. Par exemple, en ajoutant de la malléabilité au matériau afin de pouvoir le plier directement sur le chantier et non en usine, ou en utilisant d’autres types de fibres de renforcement plus performantes. L’adaptation, c’est la clé : l’industrie de la construction tend vers le préfabriqué, alors nous devons trouver une façon d’intégrer notre armature dans cette nouvelle réalité », explique le professeur Brahim Benmokrane.

Source : Université de Sherbrooke

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@Chuck_A Bravo pour cette trouvaille. Disons que sur le plan du développement durable c’est super gagnant :+1:

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Industrie de la construction « On jette de bons matériaux aux ordures »

PHOTO ROBERT SKINNER, LA PRESSE

L’industrie de la construction du Québec génère 1,3 million de tonnes de déchets par année.

L’industrie de la construction doit se moderniser en récupérant les matériaux, parfois encore bons, sur les chantiers et cesser de les jeter simplement parce que c’est moins cher et plus efficace, affirme la FTQ-Construction dans un plan de transition présenté à ses membres et accepté à l’unanimité. Des solutions appuyées par Équiterre, Greenpeace et Recyc-Québec.

Publié à 6h00

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Isabelle Dubé

Isabelle Dubé La Presse

Avec 1,3 million de tonnes de déchets par année, l’industrie de la construction du Québec est en train d’ériger des villes entières dans les sites d’enfouissement.

Que ce soit sur les grands chantiers ou quand vous rénovez votre cuisine, par souci d’efficacité et pour limiter des coûts, les entrepreneurs vont démolir, jeter et reconstruire avec des matériaux neufs, et même en gaspiller.

Les résidus de CRD (construction, rénovation, démolition) ont augmenté de 40 % de 2011 à 2020.

« Le plan répond à des malaises que les travailleurs vivent dans leur pratique de tous les jours », affirme en entrevue Philippe Lapointe, conseiller aux communications à la FTQ-Construction, qui représente 85 000 membres travailleurs de l’industrie. « Il y a beaucoup de craintes face au gaspillage de matériaux sur les chantiers et les membres ont été rassurés et soulagés de voir qu’il existe des solutions. »

Le plan du syndicat vise à changer l’industrie de la construction en prévoyant une façon de construire durable dès la conception des bâtiments. « Plutôt que d’opter pour du “prêt-à-démolir”, il faut former le patronat, les concepteurs, les ingénieurs, les architectes à intégrer une vision durable de la construction et former aussi les employés qui les bâtiront », explique-t-il.

Greenpeace, qui a eu des mésententes par le passé avec le syndicat, a été agréablement surpris de constater la profondeur de la réflexion de la FTQ-Construction.

PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, ARCHIVES LA PRESSE

Patrick Bonin, responsable de la campagne Climat-Énergie chez Greenpeace Canada

Historiquement, ce syndicat n’avait pas comme priorité les changements climatiques. Je vois qu’il y a un virage majeur qui s’est opéré. C’est une super bonne nouvelle. La FTQ-Construction a adopté les bases de ce qui pourrait accélérer le genre de révolution dont on a besoin dans le bâtiment.

Patrick Bonin, responsable de la campagne Climat-Énergie chez Greenpeace Canada

Équiterre appuie aussi ce genre d’initiative dans un contexte de pénurie de matériaux, où l’économie circulaire peut être une des solutions. « Ça démontre que les enjeux environnementaux ne restent plus dans le sillon de l’environnement », indique de son côté Marc-André Viau, directeur des relations gouvernementales.

La solution Brique Recyc

Réutiliser 100 % des briques sur un chantier est loin d’être une utopie. La solution existe. Elle a été inventée au Québec en 2021 par Maçonnerie Gratton et fait épargner temps et argent.

« On jette de bons matériaux aux ordures, parce que c’est plus payant, ça n’a pas de bon sens », indique Tommy Bouillon, président de Maçonnerie Gratton et vice-président de l’Association des entrepreneurs en maçonnerie du Québec.

PHOTO ROBERT SKINNER, LA PRESSE

Machine Brique Recyc

La machine Brique Recyc fonctionne si bien que la France, avec une pénurie de briques et des règlements stricts, se l’arrache. Une entreprise américaine souhaite obtenir le contrat de distribution pour les États-Unis, tandis qu’ici, Maçonnerie Gratton et Atwill Morin l’utilisent pour des chantiers au Québec et en Ontario.

« Jour après jour, je voyais qu’on mettait de la brique de haute qualité et en bon état dans des conteneurs à déchets pour reposer de la brique neuve trouée qui n’a que 3 pouces ½ au lieu de 4 », explique Tommy Bouillon.

La machine peut être montée dans les échafaudages. Elle permet de déconstruire un mur, de récupérer les briques, de les nettoyer et de reconstruire le mur, et ce, même dans des rues exiguës, avec quatre employés plutôt que cinq.

PHOTO ROBERT SKINNER, LA PRESSE

Tommy Bouillon, président de Maçonnerie Gratton

Les villes de la planète entière sont constituées de briques. On a un entrepôt d’argile sur nos murs. Pourquoi aller faire des mines à ciel ouvert gigantesques ? Les villes doivent mettre des règles qui incitent à la décarbonation des bâtiments.

Tommy Bouillon, président de Maçonnerie Gratton

Selon les calculs de Maçonnerie Gratton, en utilisant 30 machines 200 jours par année, le Québec pourrait nettoyer 4,8 millions de briques par an. « Ce qui ferait baisser le bilan carbone pour le bâtiment de 185 000 tonnes de CO2 annuel. »

Solutions testées

Le laboratoire d’accélération en économie circulaire du secteur de la construction du Centre d’études et de recherches intersectorielles en économie circulaire (CERIEC) de l’École de technologie supérieure (ÉTS) est en train de tester des solutions avec 14 projets, dont la rénovation d’un duplex à Montréal, la récupération de portes et fenêtres changées dans le résidentiel et le commercial ainsi que la déconstruction d’un bâtiment en Gaspésie.

« C’est comme si les bâtiments étaient des produits jetables, dans le fond, constate Hortense Montoux, chargée de projet du lab construction. Les matériaux ne sont pas assemblés en fonction de pouvoir les désassembler pour les réemployer. »

PHOTO DOMINICK GRAVEL, LA PRESSE

Hortense Montoux, chargée de projet au CERIEC

Les bâtiments ne sont pas conçus pour être démontés à la fin de leur vie. On veut aller vite et on prévoit qu’ils seront démolis.

Hortense Montoux, chargée de projet au CERIEC

La chercheuse note plusieurs freins à la réutilisation des matériaux, notamment la réglementation. Elle salue le plan de la FTQ-Construction, car les acteurs de terrain sont un levier, dit-elle, « pour transférer les connaissances qu’on est en train de générer avec nos projets ».

Recyc-Québec soutient aussi toutes les initiatives de réutilisation et de revalorisation des matériaux. Les travaux de l’un de ses comités vérifient si les pratiques de tri à la source sur les chantiers, d’intégration de matières recyclées ou de développement de marchés potentiels de réemploi pourraient être améliorées. En avril 2021, de l’aide financière a été accordée pour l’adoption de meilleures pratiques de tri à la source du bois.

Les changements climatiques et leurs épisodes de chaleur extrême ont des effets sur les travailleurs de la construction. « On ne veut pas être à la remorque. On doit s’adapter et on veut être prêts », conclut Philippe Lapointe, de la FTQ-Construction.

Quelques solutions proposées dans le plan de transition de la FTQ-Construction

• Fin du règlement du plus bas soumissionnaire

• Inclusion de critères d’économie circulaire dans les contrats publics

• Incitatifs financiers pour encourager l’utilisation de matériaux recyclés

• Assujettissement de la rénovation à la loi R-20 (Loi sur les relations du travail, la formation professionnelle et la gestion de la main-d’œuvre dans l’industrie de la construction) pour assurer la compétence de la main-d’œuvre qui exécute les travaux

• Mesure fiscale sur la quantité de déchets produits durant le chantier de construction et envoyés au lieu d’enfouissement

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