Sous-financement chronique, détérioration rapide à venir : sous nos pieds, le réseau de distribution et de traitement des eaux est devenu un « goulot d’étranglement » de la crise du logement, conclut une étude commandée par le Groupe tactique sur l’eau, une alliance hétéroclite de promoteurs immobiliers, d’urbanistes, d’entrepreneurs en construction et de firmes de génie-conseil. Les experts recommandent des compteurs d’eau.
« C’est épeurant pour le Québec », lance Isabelle Demers, vice-présidente de l’Association des professionnels de la construction et de l’habitation du Québec. Et l’inaction du gouvernement en pleine « spirale inflationniste » coûtera cher : « plus on attend, pire sera la facture », dit-elle.
Pendant que les pouvoirs publics tardent à agir, des chantiers sont paralysés. Plus de 36 000 logements ne peuvent sortir de terre en raison de moratoires sur la construction dans une quarantaine de municipalités, car les infrastructures d’eau sont désuètes.
C’est l’un des constats d’un rapport commandé par le Groupe tactique sur l’eau et rédigé par la firme Aviseo. Mme Demers en a présenté les résultats à La Presse, en compagnie de Bernard Bigras, président de l’Association des firmes de génie-conseil, et de Xavier Turcotte-Savoie, directeur des affaires publiques et gouvernementales de l’Association des constructeurs de routes et grands travaux du Québec.
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Pour réduire les coûts de construction, des solutions émergent : après les architectes et les ingénieurs, des entrepreneurs proposent maintenant de réduire la paperasse et les normes toujours plus sévères, et d’entreprendre un tournant vers l’industrialisation de nos façons de bâtir.
Réduire la paperasse
L’Association de la construction du Québec (ACQ) a une solution simple à proposer au gouvernement du Québec pour réduire les coûts des projets : sabrer la paperasse. « C’est une première étape, mais ce qu’on propose, c’est le plus facile. De la pure paperasserie à couper », laisse tomber le directeur des affaires publiques et gouvernementales de l’organisme, Félix Rhéaume.
L’ACQ a fait chiffrer ses propositions d’allègement réglementaire par la firme d’analyse économique AppEco. Il serait possible d’épargner près de 170 millions de dollars par année en mettant notamment en place des formulaires préremplis, et en centralisant les communications entre les entreprises de construction et l’État avec un guichet unique, par exemple.
Dans son analyse, l’ACQ a une autre cible : le gouvernement Legault a créé il y a trois ans un nouveau rôle, celui de représentant santé et sécurité dans les plus gros chantiers. La mesure coûte 300 millions annuellement, et « depuis que cette mesure est en place, on ne constate pas de diminution des accidents et des décès », note M. Rhéaume. Dans ce cas, l’ACQ propose d’éliminer ce rôle, mais pas pour faire des économies. L’organisme demande des « mesures de prévention mieux ciblées ».
Éric Côté, PDG de la Corporation des entrepreneurs généraux du Québec (CEGQ), souligne pour sa part que le gouvernement Legault veut ajouter par règlement « l’inspection obligatoire de tous les bâtiments en construction », une initiative qui « coûtera très cher et prendra beaucoup de temps ».
Des écoles à la chaîne
Les entrepreneurs font face à des projets toujours plus complexes et difficiles à standardiser, déplore Éric Côté. Québec doit construire ou reconstruire des centaines d’écoles dans les prochaines années. « Si on continue comme on le fait présentement, on ne sera pas capables. On n’aura pas l’argent collectivement pour le faire. Et pour les entrepreneurs, ce n’est pas bon : ça veut dire moins d’heures travaillées », laisse-t-il tomber.
Selon M. Côté, une des solutions passe par la standardisation. Cette solution pourrait être appliquée dans le logement social ou dans les écoles, par exemple. « Si on dépolitise le processus, et qu’on indique directement ce qu’on souhaite construire dans les 10, 15 prochaines années, ça vient permettre à un entrepreneur de dire : moi, je vais m’ouvrir une usine pour produire tel type de préfabriqué pour les écoles, par exemple. » Il ajoute : « Si on pouvait travailler à partir d’un modèle optimisé, reproduit partout au Québec, ça pourrait réduire les coûts. Ça ne change rien pour les enfants si l’école à Baie-Comeau est identique à celle de Rimouski. »
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