COP30 L’abandon des énergies fossiles au cœur de la prolongation
La 30e conférence des Nations unies sur le climat (COP30) est entrée en prolongation, vendredi soir, au Brésil, face à l’impasse sur l’adoption d’une « feuille de route » pour l’abandon progressif des énergies fossiles, une proposition qui n’a pas reçu l’appui du Canada.
Mis à jour hier à 19 h 24
Jean-Thomas Léveillé La Presse
L’histoire jusqu’ici
En 2023, la COP28 tenue à Dubaï s’était conclue sur une première mention historique de la nécessité d’abandonner progressivement les énergies fossiles.
En 2024, la COP29 tenue à Bakou avait échoué à faire avancer cette idée.
Cette année, la COP30 tente de concrétiser cette volonté en adoptant une « feuille de route » qui amènerait les pays à devoir indiquer dans leurs plans climatiques comment ils réduiront leur consommation d’hydrocarbures.
L’ébauche d’accord-cadre dévoilée vendredi matin dans la ville amazonienne de Belém ne contenait aucune mention d’une telle feuille de route devant amener les pays du monde à s’engager sur une réduction de leur consommation de pétrole, gaz et charbon, ni même de ces énergies fossiles, responsables du réchauffement planétaire.
Près de 90 pays appellent pourtant à l’adoption d’une telle feuille de route, dont la France, l’Allemagne, le Royaume-Uni, l’Australie et le Mexique.
Mais le Canada n’est pas du nombre.
Occasion manquée
« Le Canada est en train de manquer une occasion cruciale de jouer un rôle constructif », déplore Andréanne Brazeau, chargée de cours en politiques climatiques à l’Université de Sherbrooke, jointe sur place par La Presse.
« Il reste tristement silencieux dans les négociations », ajoute-t-elle, un avis partagé par Julie Segal, gestionnaire principale en financement climatique de l’organisation non gouvernementale canadienne Environmental Defence.
Le gouvernement [canadien a] utilisé la période de la COP pour annoncer ses intentions de lancer de nouveaux projets pétroliers et gaziers, ce qui est exactement le contraire de ce dont le pays, la planète et l’économie ont besoin.
Julie Segal, Environmental Defence
Ottawa dit appuyer « en principe » l’élaboration d’une feuille de route, sans expliquer son refus d’appuyer celle dont il est question à Belém.
« Bien que le Canada ne soit pas signataire de la feuille de route de la COP30, notre gouvernement salue les initiatives visant à guider les nations vers la mise en œuvre d’une transition hors des combustibles fossiles vers la carboneutralité d’ici 2050 », a déclaré à La Presse Keean Nembhard, attaché de presse de la ministre de l’Environnement et du Changement climatique Julie Dabrusin.
Perspective humiliante
La perspective que la COP30 se termine sans accord, ce qui serait un échec humiliant pour le pays hôte, a même été évoquée par l’Union européenne.
Il faut toutefois relativiser cette hypothèse d’échec, estime Patrick Rondeau, directeur du service environnement et transition juste à la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ), joint sur place.
L’ébauche présentée vendredi matin « n’est qu’une première itération » visant à calmer et isoler les opposants, dit cet habitué des COP. « Le Brésil va revenir à la charge. »
La réussite de la COP30 dépendra plutôt de la capacité « de garder des portes ouvertes pour des mesures structurantes », indique M. Rondeau.
« Indépendamment du texte final de cette COP30, il y a déjà eu des progrès », ajoute Julie Segal, pour qui le fait que près de la moitié des pays présents réclament une feuille de route pour guider l’abandon progressif des hydrocarbures est « historique ».
Avancées sur la transition juste
Des progrès ont par ailleurs été observés sur la question de la transition juste, notamment de la part du Canada, qui était resté muet sur le sujet au début de la conférence1.
Ottawa « a brisé son silence et s’est déclaré “ouvert” à la création de “nouvelles institutions”, comme le Mécanisme de Belém pour la transition juste [BAM, pour Belém Action Mechanism, en anglais] », s’est réjouie Caroline Brouillette, directrice générale du Réseau Action Climat Canada.
Le texte manque encore d’ambition et n’est pas encore adopté, tempère-t-elle, mais cette avancée est à son avis « sans contredit le résultat des efforts sans relâche de la société civile ici à Belém ».
Entente sur la COP31
La Turquie et l’Australie ont finalisé vendredi leur partage des tâches pour l’organisation de la COP31, en 2026 ; l’Australie présidera les négociations qui se tiendront dans la station balnéaire turque d’Antalya. L’Australie organisera aussi la conférence pré-COP, traditionnellement plus technique que la COP, dans le Pacifique, afin de focaliser l’attention sur les États insulaires menacés par l’élévation de l’océan. La Turquie, qui n’a ratifié l’Accord de Paris qu’en 2021, est critiquée pour la faiblesse de ses engagements climatiques. Les conférences climatiques de l’ONU sont organisées à tour de rôle parmi cinq blocs régionaux qui doivent désigner le pays-hôte par consensus, ce qui a déjà donné lieu à des bras de fer, mais rarement aussi intenses que celui-ci. La COP32, elle, se tiendra en Éthiopie, en 2027. – Agence France-Presse
En savoir plus
32 000
Nombre de personnes ayant participé à la COP30, des délégations nationales aux observateurs, en passant par les médias et les entreprises privées, selon un décompte provisoire fait vendredi par les Nations unies
Source : Agence France-Presse
188
Nombre de pays ayant envoyé une délégation sur place, en plus de l’Union européenne, sur les 198 pays membres de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques
Source : Agence France-Presse
https://www.lapresse.ca/actualites/environnement/2025-11-21/cop30/l-abandon-des-energies-fossiles-au-coeur-de-la-prolongation.php