Un autre recul de la CAQ
Émissions de gaz à effet de serre Bernard Drainville plaide pour une « cible réaliste »
L’impact des politiques énergétiques américaines a influencé les discussions lors de la première journée des consultations sur la révision de la cible de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) du Québec, mardi matin.
Mis à jour hier à 15 h 37
Stéphane Blais La Presse Canadienne
Dans la foulée de l’Accord de Paris en 2015, le Québec s’est fixé l’objectif de réduire ses émissions de 37,5 % sous le niveau de 1990, d’ici 2030.
La Loi précise que cette cible doit être révisée au plus tard le 31 décembre 2025 et les consultations qui ont débuté mardi à l’Assemblée nationale doivent permettre de déterminer la nouvelle cible.
« Il faut prendre soin du climat, mais également de l’économie et des emplois », a lancé le ministre de l’Environnement, Bernard Drainville, en début de consultations, avant de faire porter le blâme du manque d’ambition climatique des différents gouvernements nord-américains au président des États-Unis.
« L’arrivée de Trump et de ses politiques a déclenché une réaction en chaîne. Il a mis pratiquement fin à l’ensemble de la politique climat du gouvernement américain. Il a sabordé la politique d’électrification des transports. Il a bousillé la transition énergétique. Et ce faisant, il a amené d’autres gouvernements en Amérique du Nord à reculer sur un certain nombre de choses », a lancé Bernard Drainville avant d’indiquer que la nouvelle cible du Québec devra « être réaliste » et tenir compte de « l’instabilité économique mondiale ».
Mais la lutte aux changements climatiques est « le plus grand défi de l’histoire de l’humanité », a pour sa part souligné le professeur en économie de l’environnement Alain Webster, en citant les récentes paroles du secrétaire général de l’ONU, António Guterres.
« Si le Québec ne fait pas adéquatement cette transition [vers les énergies renouvelables], on se fera demander par nos enfants, “qu’est-ce qu’on faisait pendant qu’on était prospère ?” », a indiqué le professeur Webster, qui est président du Comité consultatif sur les changements climatiques.
Ce groupe de scientifiques a pour mandat de conseiller le gouvernement sur la crise climatique et il recommande d’adopter une cible de réduction des GES de 85 % pour 2050, et de conserver, au minimum, celle de 37,5 % d’ici 2030 par rapport au niveau de 1990.
« On est convaincu que c’est réaliste 37,5 % et on est convaincu que c’est fondamental d’atteindre 37,5 %, parce qu’on est convaincu que les sociétés humaines vont réussir à faire cette transition » malgré « la période très conjoncturelle avec cette administration américaine qui nous dit que tout ça est un canular », a indiqué M. Webster.
Celui-ci a rappelé que l’atteinte des cibles est impossible sans une « sortie des énergies fossiles » et il a précisé que « dans le bilan énergétique du Québec, il y a encore 50 % d’énergies fossiles », surtout associées aux transports, mais également aux secteurs industriels et manufacturiers et aux bâtiments.
En s’adressant au ministre Drainville, M. Webster a indiqué que les projets du gouvernement et d’Hydro-Québec pour « accroître l’énergie renouvelable » sont « extraordinaires », mais qu’il faut que ces projets servent à remplacer l’utilisation d’énergie fossile bien plus qu’à répondre à des besoins supplémentaires.
Les scientifiques du Comité consultatif sur les changements climatiques suggèrent au gouvernement de mettre en place « des budgets carbone et des feuilles de route sectorielles pour mieux baliser la trajectoire de décarbonation et accroître la mobilisation des parties prenantes ».
En règle générale, un budget carbone définit le nombre d’émissions liées au carbone cumulé autorisées dans un certain laps de temps, par exemple sur cinq ans.
Donc, selon cette recommandation, le gouvernement offrirait une feuille de route ou une trajectoire, pour indiquer les limites d’émissions de carbone que chaque grand secteur de l’économie devrait respecter.
Hausser les cibles…
La directrice de Nature Québec a fait valoir que « c’est seulement que récemment » et « non il y a 30 ans » que l’on a commencé à agir réellement contre les changements climatiques en mettant, par exemple, en place le marché du carbone ou encore le Plan pour une économie verte en 2020.


