Campements urbains

Discussion sur les campements de personnes en situation d’itinérance dans les espaces publics

Campement Notre-Dame : « Ici, j’ai ma liberté, ma dignité »


Des organismes invitent les autorités à respecter le choix de certains itinérants à demeurer dans le campement.

PHOTO : RADIO-CANADA / IVANOH DEMERS

Delphine Jung (accéder à la page de l’auteur)

Delphine Jung

15 h 12 | Mis à jour à 15 h 30

Ils sont encore plusieurs dizaines à vivre dehors, le long de la rue Notre-Dame à Montréal. Ils se réchauffent autour d’un café chaud, arrangent leurs abris pour se protéger au mieux du froid, observent le ballet des autos le long de la route en contrebas… Si beaucoup se demandent si ce campement sera démantelé, les organismes et les itinérants estiment qu’il représente plutôt un petit coin de liberté.

Ici, j’ai ma liberté, ma dignité. C’est ce qu’on nous enlève quand on nous envoie dans un centre d’hébergement, lance Jean Borchu, emmitouflé dans une grosse doudoune bleue, une tuque enfoncée sur sa tête.

Le sexagénaire vit dans sa tente, le long de la rue Notre-Dame, depuis le 5 juillet. Comme beaucoup, il ne souhaite pas se retrouver dans l’un des hébergements d’urgence offerts par la Ville de Montréal.

[Là-bas], on est soumis à un tas de règlements parfois farfelus, sous prétexte qu’on est des drogués. On est juste des préjugés ambulants. On nous traite comme des enfants, lance-t-il, bien décidé à rester et à poursuivre l’isolation méthodique de sa tente.

Jacques Brochu a réussi à isoler au mieux sa tente pour l’hiver. Il ne compte pas quitter le campement de Notre-Dame.

PHOTO : THE CANADIAN PRESS / PAUL CHIASSON

Dans son plan d’urgence hivernal en lien avec l’itinérance, la Société de transport de Montréal (STM) a notamment fait le don d’un bus à la Mission Old Brewery. Baptisé Solidaribus, il sillonnera les rues de Montréal pour transporter des itinérants qui le souhaitent vers des refuges, et ce, dès le 30 novembre.

L’objectif est de mettre fin à l’itinérance chronique. Un jour, nous l’espérons, nous n’aurons plus besoin de navette. Mais, entre-temps, nous devons faire preuve de solidarité, a expliqué James Hugues, président et chef de la direction de la Mission Old Brewery, lors d’un point de presse mardi matin.

C’est ainsi que les campeurs de la rue Notre-Dame sont invités à quitter les lieux pour se rendre dans des hébergements tels que celui de l’Hôtel Place Dupuis. Interrogé par Radio-Canada, Michel Monette, directeur de l’organisme C.A.R.E, explique que des places pour les campeurs de la rue Notre-Dame leur sont réservées dans des structures d’appoint.

Il assure qu’aucun itinérant ne sera forcé de quitter le campement. À en croire les différents organismes qui leur viennent en aide, peu d’entre eux sont prêts à troquer leur liberté contre une place au chaud.

Avoir quelque chose qui ressemble à un chez-soi

Après avoir été expulsé de son logement 4 et demi, Serge Lévesque a déménagé ses effets personnels sur le terrain vague au début de l’été.

PHOTO : RADIO-CANADA / IVANOH DEMERS

Ils ont un sentiment d’appartenance dans le quartier désormais. Ils ont une réelle volonté d’avoir quelque chose qui ressemble à un chez-soi, un endroit stable où laisser leur stock, explique Laury Bacro, organisatrice communautaire au Réseau d’aide aux personnes seules et itinérantes de Montréal (RAPSIM).

Jean-François Mary, directeur général de l’organisme Cactus, rappelle le quotidien dans un centre d’hébergement qui rebute souvent les personnes en situation d’itinérance.

Les consommateurs sont exclus d’office, car il est interdit de consommer dans un hébergement. Ils doivent partir très tôt le matin. Ils n’ont pas d’intimité puisqu’on a retiré les portes des toilettes, il y a aussi des gens qui préfèrent dormir le jour…, énumère-t-il.

Il est suivi par Laury Bacro qui rappelle également que les femmes, même si elles bénéficient d’un étage qui leur est réservé, ne sont pas forcément à l’aise de côtoyer des hommes dans les couloirs. Certaines ont subi des agressions sexuelles et n’ont pas envie de croiser leur agresseur dans un hébergement, appuie-t-elle.

M. Monette, de C.A.R.E, souligne que, justement, dans les logements tenus par son organisme, les itinérants pourront rester toute la journée et auront accès à un lit dès 14 h. Ils bénéficieront même d’un endroit où stocker leurs affaires.

Plusieurs intervenants de la Ville de Montréal se sont présentés ce matin au campement d’itinérants sur la rue Notre-Dame à Montréal.

PHOTO : RADIO-CANADA / IVANOH DEMERS

La liberté au détriment de la chaleur

Mais si la plupart des itinérants du campement Notre-Dame ne souhaitent pas partir, c’est aussi parce qu’ils y trouvent un réseau d’entraide informel, un réseau social, croient de concert Mme Bacro et M. Mary. Ils ont accès à de la nourriture, peuvent prendre leur déjeuner à l’heure qu’ils le souhaitent, observent-ils.

Même s’ils soulignent la bonne volonté de la Ville et de la STM, les deux intervenants déplorent le fait que les autorités transposent leur vision à celle des itinérants. On projette en eux nos valeurs, alors qu’ils ne sont pas dans le même confort que nous. Ils ont développé des stratégies qui leur sont propres, insiste le directeur général de Cactus.

Leur approche est celle qui veut que le premier besoin de tous, ce soit d’être au chaud, dit Mme Bacro.

Ces gens-là sont les mieux placés pour savoir ce dont ils ont besoin. S’ils considèrent que vivre dans leur tente augmente leur qualité de vie, c’est leur choix et il faut le respecter. Il faut leur redonner droit à une certaine l’autodétermination, ajoute M. Mary.

Ces gens s’organisent collectivement, ils démontrent justement une capacité d’organisation. Il faut encourager ça, plutôt que de prendre pouvoir sur leur vie.

Jean-François Mary, directeur général de Cactus

Des dizaines de tentes longent la rue Notre-Dame depuis cet été.

PHOTO : RADIO-CANADA / JEAN-CLAUDE TALIANA

Le directeur général de Cactus plaide pour un revenu minimum garanti qui permettrait aux itinérants d’avoir un logement permanent, et pas se balader d’un hébergement à un autre. La tente répond à ce besoin précis.

Tous s’accordent à dire que le démantèlement d’un campement comme celui de Notre-Dame est contre-productif. M. Mary et Mme Bacro se souviennent de celui géré par des Autochtones, au parc Milton. On leur a pris toutes leurs affaires lors de ce démantèlement, raconte l’organisatrice communautaire.

Un campement ne doit jamais être une solution, ça veut dire que la société a failli à son devoir.

Laury Bacro, organisatrice communautaire au RAPSIM

Elle signe, avec plusieurs organismes, une lettre ouverte publiée dans La Presse listant différentes mesures : un arrêt des démantèlements des campements qui ne fait que repousser le problème, l’installation de haltes chaleur extérieures avec des parasols incandescents par exemple, ou encore l’accès à du matériel pour renforcer l’isolation des tentes et un accès à des toilettes, des douches.

De quoi permettre à tous ces gens de se sentir un peu plus maîtres de leur vie, selon Mme Bacro.

Près de sa tente, Jacques Brochu n’en démord pas : Dites qu’un itinérant de 60 ans est organisé, vous allez passer pour quelqu’un qui est complètement dans le champ. Et pourtant… je le suis.

Campement Notre-Dame : « Ici, j’ai ma liberté, ma dignité » | Radio-Canada.ca (radio-canada.ca)

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Malheureusement, on a tendance à infantiliser les personnes en situation d’itinérance. On se permet de leur imposer des règles strictes parce qu’ “après tout on leur offre gratuitement un abri” alors que c’est ce qui encourage plusieurs d’entre eux à bouder les refuges, sauf par temps de grand froid. En les maternant on ne les aide pas vraiment pour les inciter à s’en sortir non plus.

Par exemple, à la Place Dupuis, la ville voulait que le refuge temporaire soit ouvert 16 heures par jour, mais le gouvernement du Québec a limité ça à 12h (de 20h à 8h). Résultat: beaucoup le boudent parce que 8h c’est trop tôt pour quitter.

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Chronique de Mario Girard dans La Presse

La patate chaude

Olivier m’a écrit il y a quelques jours. Il vit en compagnie de sa conjointe, Marie-Ève, à un jet de pierre du campement de sans-abri de la rue Notre-Dame.

Publié le 28 novembre 2020 à 5h00
MARIO GIRARD
LA PRESSE

« Tout le monde s’est exprimé sur ça, m’a-t-il dit. Il serait peut-être temps qu’on donne la parole aux résidants qui vivent dans le quartier. »

Je suis allé rencontrer Olivier et Marie-Ève. Ils avaient tenté de rassembler d’autres résidants ulcérés par cette situation, mais sans succès. « Beaucoup de gens sont tannés de ce qui se passe ici, dit Marie-Ève. Malheureusement, personne n’ose le dire. »

Olivier et Marie-Ève ont demandé que je taise leur identité. Ils craignent des représailles.

Le jeune couple connaissait bien ce quartier d’Hochelaga-Maisonneuve avant d’y acheter un condo il y a quelques années. « On savait qu’il y avait des piqueries, racontent-ils. On nous avait parlé de la prostituée assassinée dans le square Dézéry juste avant notre arrivée. C’est d’ailleurs la fille de notre voisine qui a trouvé le corps. »

PHOTO BERNARD BRAULT, LA PRESSE

Certains sans-abri vont braver l’hiver en maintenant leur tente sur le campement de la rue Notre-Dame dans le quartier d’Hochelaga-Maisonneuve.

Quand Olivier a aperçu les premières tentes au début de l’été, il a naïvement cru que c’étaient des campeurs qui n’avaient pu trouver une place sur un terrain de camping. Puis les tentes se sont multipliées jusqu’à atteindre le nombre de 300.

« Tout à coup, on a vu apparaître un centre de distribution de nourriture, des bénévoles et toute une organisation, raconte Olivier. Personne ne nous a prévenus de cela. Des gens ont commencé à apporter des génératrices et toutes sortes d’objets. Ils ont maintenant le WiFi. »

Olivier et Marie-Ève m’ont raconté tout cela en me répétant qu’ils ne voulaient pas passer pour de gros méchants.

Nous sommes complètement déchirés. On comprend cette misère, on comprend la réalité de ces gens qui n’ont pas envie de vivre avec les règles imposées dans les refuges. Mais en même temps, on trouve cela difficile de vivre à côté de ça. Le quartier est devenu triste. Plus personne n’ose aller dans le parc.

Olivier, qui réside à proximité du campement de sans-abri de la rue Notre-Dame

Puis ces mots sont tombés. Olivier a dit : « On va être francs, le problème de l’itinérance à Montréal est une énorme patate chaude que tout le monde se refile. »

Olivier a écrit à son arrondissement. Il a reçu un courriel qui lui disait grosso modo de prendre son mal en patience et que s’il y avait des problèmes à régler, il devait communiquer avec la police.

C’est ce qu’Olivier et Marie-Ève ont fait un soir en désespoir de cause. Et devinez ce que la police a répondu ? Qu’ils devaient se tourner vers la Ville de Montréal.


J’ai rencontré Olivier et Marie-Ève lundi, tout juste avant qu’une opération « progressive » de démantèlement ne commence. Au cours d’un point de presse, mardi, la mairesse Valérie Plante a dit que le démantèlement du campement de la rue Notre-Dame serait accompagné « de discussions ».

Olivier a raison. La mairesse Plante est prise avec une patate chaude entre les mains. Elle peut difficilement ordonner une opération de démantèlement draconienne. Cela déplairait à une large part de son électorat.

Guylain Levasseur est une figure très connue du monde de l’itinérance. Il a installé sa roulotte au campement de la rue Notre-Dame afin d’aider les sans-abri. L’homme a un cœur grand comme un océan, c’est clair. « La Ville de Montréal ne règle pas le problème de l’itinérance. Elle fait semblant de le faire. Elle le cache. »

Il est devenu extrêmement difficile pour les gens de s’exprimer sur cette réalité. Il y a ceux qui voient cela de l’extérieur et ceux qui vivent cette réalité de l’intérieur.

Justement, parlons-en, de ceux qui appuient ce campement. Il est évident qu’ils ne vivent pas ici. Si la mairesse pense qu’il faut vivre avec les itinérants, qu’elle les invite dans sa cour.

Marie-Ève, qui réside à proximité du campement de sans-abri de la rue Notre-Dame

Pendant que les autorités se refilent la patate chaude, les responsables de l’itinérance à Montréal attendent que le froid fasse son œuvre. Guylain Levasseur croit que sur la centaine de personnes qui sont encore au campement, plusieurs récalcitrants vont y demeurer tout l’hiver.

Mais une visite du campement permet de voir qu’il est impossible de laisser des gens vivre dans de telles conditions. C’est leur sécurité qui est en jeu. Plusieurs personnes chauffent leur tente de nylon avec des bougies. Un bénévole m’a dit qu’il n’y avait aucun danger, car les gens mettent les chandelles au fond d’une casserole.

Cela ne m’a pas du tout rassuré.


Ce qui est certain, c’est que la situation de l’itinérance est devenue un problème majeur à Montréal en cette période de pandémie. Selon Guylain Levasseur, qui connaît tous les coins et recoins de l’itinérance dans la métropole, il y aurait une dizaine de campements en ce moment. « Ils sont cachés, vous ne les voyez pas tous », dit-il.

Il faut aller au coin d’Atwater et Sainte-Catherine où j’ai vu des hommes, debout sur une montagne de déchets, éventrer des sacs pour y trouver je ne sais quoi. À côté d’eux, une vingtaine de sans-abri étaient entassés dans un abri Tempo où l’on servait du café.

La crainte de commerçants du Village s’est avérée. La zone Saint-Hubert et Sainte-Catherine, lieu de misère à Montréal, atteint un niveau de désolation sans précédent.

Si des sans-abri préfèrent vivre dans une tente en plein hiver plutôt que de se tourner vers les services qui leur sont offerts, c’est que ceux-ci ne sont pas adaptés à leur réalité. La transformation de nombreuses chambres de l’Hôtel Place Dupuis en refuge de nuit est une formule souhaitable, mais qui ne va pas à tout le monde. Il faut s’y rendre tôt, faire la file et quitter les lieux rapidement le matin.

J’ai voulu m’entretenir avec un élu responsable de l’itinérance à Montréal. On m’a plutôt dirigé vers Serge Lareault, protecteur des personnes en situation d’itinérance, poste créé en 2016 sous l’administration Coderre.

L’itinérance n’a plus beaucoup de secrets pour Serge Lareault, l’un des fondateurs du journal L’Itinéraire, en 1993. Il explique l’augmentation du nombre de sans-abri depuis le début de la pandémie par trois facteurs :

– la visibilité soudaine de l’« itinérance cachée », composée de gens qui, en temps normal, se débrouillaient sans les refuges en passant leurs nuits dans des Tim Hortons et des McDonald’s ;

– la grande précarité de gens qui, en plus d’un maigre revenu, arrivaient à vivre grâce à la mendicité (mendier est devenu très difficile depuis le mois de mars) ;

– les nombreuses explosions de cellules familiales.

Serge Lareault croit que la mauvaise compréhension du public face à l’itinérance aggrave le problème.

Les gens ont peur des itinérants et de ceux qui souffrent de maladie mentale. Les gens du crime organisé sont nettement plus dangereux que ceux qui se parlent seuls.

Serge Lareault, protecteur des personnes itinérantes

J’ai dit à Serge Lareault que j’avais récemment écrit dans une chronique que nous ne faisions en ce moment que mettre des diachylons à gauche et à droite sur des problèmes.

« Il faut se rappeler qu’on est toujours en situation d’urgence, m’a-t-il dit. Cette pandémie nous a frappés de plein fouet. C’était difficile de prévoir qu’autant de gens allaient se retrouver en situation d’urgence sociale. Il faut créer des mesures tout en respectant les règles sanitaires. C’est très complexe. »

Les personnes en situation d’itinérance ont besoin d’un logement, le même, de préférence. Il leur faut un toit 24 heures sur 24. C’est ça, la clé. Après, c’est un travail rigoureux et acharné qui doit être fait.

La pandémie que nous connaissons fait craindre le pire. Elle nous empêche d’espérer des mesures solides et permanentes. Elle nous force à mettre dehors dans le froid des gens quand se pointe le jour.

La patate chaude que chacun se refile est en train de se transformer en grenade.

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Incendie au campement de la rue Notre-Dame

PHOTO ROBERT SKINNER, LA PRESSE

Les pompiers ont maitrisé rapidement les flammes qui ont détruit une tente.

Un incendie s’est déclaré quelques minutes avant 9 h samedi matin dans une tente du campement de sans-abris sur la rue Notre-Dame, dans l’arrondissement Mercier–Hochelaga-Maisonneuve. Une tente a été détruite, mais on ne rapporte pas de blessés.

Publié le 5 décembre 2020 à 11h07 Mis à jour à 12h51

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Antoine TrussartANTOINE TRUSSART
LA PRESSE

C’est une bougie mal installée qui serait responsable de l’incendie. « La fille s’est réveillée et la boule de feu était à côté de son visage », rapporte Louis Rouillard, qui habite au campement depuis trois mois.

Les campeurs auraient aussi accumulé trop d’objets dans leur tente, ce qui a contribué à alimenter le feu, selon M. Rouillard. Une bonbonne de propane située à proximité a aussi pris feu, mais n’a pas explosé.

Les pompiers se sont présentés sur les lieux peu après 9 h et ont maitrisé rapidement les flammes qui ont monté jusqu’à deux étages de haut, selon un autre résident qui n’a pas voulu être nommé.

PHOTO ROBERT SKINNER, LA PRESSE

Trois autres tentes ont été endommagées dans l’incendie.

« On est passés très proche d’une catastrophe humaine. On a été extrêmement chanceux ce matin », a déclaré Pierre-Lessard Blais, maire de l’arrondissement de Mercier–Hochelaga-Maisonneuve, en entrevue avec La Presse.

Il s’agit de la troisième intervention des pompiers depuis deux semaines pour maitriser des feux au campement de sans-abris.

« Il faudrait que le département d’incendie donne de l’encadrement technique » aux campeurs plus régulièrement sur les questions de sécurité en lien avec les incendies, selon M. Rouillard.

Sur cette question, des travailleurs sociaux et des pompiers du Service d’incendie de Montréal (SIM) viennent régulièrement sur place, notamment pour parler de prévention et de sécurité incendie, selon M. Lessard-Blais.

M. Lessard-Blais appelle Québec à en faire plus pour aider les sans-abris installés aux abords de la rue Notre-Dame. Il rappelle qu’un refuge a été mis sur pied dans son arrondissement et que des lits sont encore disponibles au refuge créé dans l’Hôtel Place Dupuis.

Vers 10 h, les employés de l’arrondissement étaient déjà l’œuvre pour ramasser les débris calcinés. Ils devraient tous être ramassés d’ici la fin de la journée.

Il n’y a pas d’enquête en cours au Service de police de la ville de Montréal qui considère l’incendie comme étant accidentel, selon son porte-parole Jean-Pierre Brabant.
Incendie au campement de la rue Notre-Dame | La Presse

C’était sûr que ça allait arriver… Ça va être quoi le prochain headline ? Des gens retrouvés sans vie à cause du froid ou du monoxyde de carbone ? Si le campement est pour resté, il va se ‘‘solidifier’’ et certaines tentes vont se transformer en shack, et un bidonville, c’est pas ce que l’on veut pour ces gens.

Je comprend l’urgence et la précarité dans laquelle vivent ces gens, mais imaginé si la tente aurait fait prendre en feu 15 autres tentes voisines…

J’espère que ça se passera bien malgré les circonstances

Le campement de la rue Notre-Dame en voie d’être démantelé

La Ville a choisi d’intervenir après un incendie qui a détruit une tente samedi. NOUVELLES PHOTOS RUE NOTRE DAME MONTREAL CAMPEMENT
PHOTO : RADIO-CANADA / JEAN-CLAUDE TALIANA
Valérie Boisclair
12 h 31 | Mis à jour à 15 h 47

Les dizaines d’itinérants qui ont installé leur campement depuis l’été sur la rue Notre-Dame, à l’est du centre-ville, se voient obligés de démanteler leurs tentes et de quitter les lieux.

Munis d’un avis d’éviction d’urgence, des représentants du ministère des Transports, à qui appartient le terrain, des membres du Service de sécurité incendie de Montréal (SIM), appuyés par des agents du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), et des intervenants sociaux se sont déplacés dimanche matin.

On est vraiment ici pour leur donner un avis d’éviction immédiat. Ils ont la journée pour ramasser leurs affaires, explique Sandra Lisi, chef de secteur à la prévention au SIM.

Les autorités ont opté pour une stratégie qui consiste à signaler verbalement aux occupants qu’il leur faut partir, plutôt que d’user de la force. Elles assurent vouloir prendre le temps nécessaire pour convaincre les campeurs de se diriger vers les refuges appropriés.

La décision émane du directeur par intérim du SIM et coordonnateur de la Sécurité civile de l’agglomération de Montréal, Richard Liebmann, qui évoque des raisons de sécurité.

L’incendie qui s’est déclaré samedi en raison de l’utilisation d’une chandelle dans une des tentes semble avoir été la goutte qui a fait déborder le vase.

Bien qu’aucun blessé n’ait été déploré, cet événement est non seulement très préoccupant, mais il aurait aussi pu être tragique et entraîner des décès, a réagi dimanche la mairesse Valérie Plante.

Devant la multiplication des incidents liés à des équipements de chauffage artisanaux, la présence de dispositifs inflammables sans supervision, posant des risques pour la santé et la vie des personnes présentes sur le site, nous concluons que la sécurité des personnes est menacée et nous ne pouvons plus tolérer ce niveau de risque, a déclaré M. Liebmann.

Avec l’arrivée du temps froid, les autorités et les intervenants s’inquiètent de voir les occupants du campement avoir recours à des équipements chauffants artisanaux et à du matériel inflammable.

Des agents du SPVM se tiennent prêts avant le début de l’opération.

PHOTO : RADIO-CANADA / MATHIEU WAGNER

Des logements, non pas des refuges, réclament des campeurs

La mairesse Plante affirme qu’il revient à son administration de veiller à la sécurité des citoyens. En ce sens, nous allons faire le nécessaire pour loger les campeuses et campeurs dans un endroit sécuritaire dès maintenant, a-t-elle indiqué par communiqué.

Les campeurs seront accompagnés vers des ressources d’hébergement d’urgence, comme le refuge CAP-CARE, dans l’ancien YMCA de l’arrondissement Mercier–Hochelaga-Maisonneuve, et celui que gère la Mission Bon Accueil, à l’hôtel Place Dupuis.

Des centaines de lits y sont disponibles, précise la Ville de Montréal, qui rappelle que des mesures seront mises en place cet hiver afin de bonifier les services en itinérance, comme l’ajout de 400 lits d’urgence et de 9 haltes-chaleur.

Si tout semblait se dérouler dans le calme en milieu d’après-midi, les autorités n’ont pas précisé ce qu’il adviendrait des occupants qui décident de faire la sourde oreille.

Certains campeurs interrogés par Radio-Canada étaient mécontents à l’idée d’être déplacés vers des refuges. La solution ne passe pas par des mesures temporaires, soutiennent-ils, mais bien par des logements.

Le maire de l’arrondissement Mercier–Hochelaga-Maisonneuve, Pierre Lessard-Blais, souligne qu’à Montréal seulement, 25 000 ménages attendent un logement social.

On est extrêmement préoccupés. Les gens ne vont pas disparaître même s’ils quittent le campement Notre-Dame; ils ne vont pas disparaître lorsqu’on va fermer les refuges d’hiver le 31 mars.

Pierre Lessard-Blais, maire de l’arrondissement Mercier–Hochelaga-Maisonneuve

L’administration Plante manque de ressources à long terme pour lutter contre l’itinérance, insiste M. Lessard-Blais.

On va avoir besoin de financement de Québec et d’Ottawa pour s’assurer qu’on s’attaque réellement, de façon pérenne à cet enjeu, ajoute-t-il.

Les autorités ont fait savoir que l’opération de démantèlement du campement pourrait durer plusieurs heures.

Avec des informations de Louis de Belleval

Itinérance à Montréal Les campements ne seront pas tolérés, dit la Ville

PHOTO CATHERINE LEFEBVRE, COLLABORATION SPÉCIALE

Campement rue Notre-Dame

La Ville de Montréal ne tolérera pas les campements « organisés » de personnes sans-abri sur son territoire, mais les organismes qui travaillent avec ces dernières préviennent qu’il y aura de plus en plus de tentes dans le paysage urbain au cours des prochaines semaines, conséquence de la crise du logement.

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Isabelle Ducas

Isabelle Ducas La Presse

« De petits campements sont apparus un peu partout en ville et seront de plus en plus nombreux et visibles avec le beau temps », souligne James Hughes, président et chef de la direction de la Mission Old Brewery.

C’est très difficile pour les personnes en situation de pauvreté d’accéder au marché du logement en ce moment.

James Hughes, président et chef de la direction de la Mission Old Brewery

Sébastien* en sait quelque chose : il s’est retrouvé à la rue pour la première fois le 1er avril dernier, après avoir cohabité avec trois autres personnes, à la suite de son divorce, dans un quatre et demie à 1200 $ par mois, dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve. « Il y avait trop de monde dans le logement, ça faisait de la chicane, j’étais tanné », raconte-t-il, découragé.

Comme il ne connaissait pas les services offerts aux sans-abri, il a installé sa tente sur un terrain de gravier le long de la très fréquentée rue Notre-Dame. À ce moment, sept ou huit personnes avaient élu domicile à cet endroit, explique-t-il. Quelques-unes sont parties dans les derniers jours.

PHOTO CATHERINE LEFEBVRE, COLLABORATION SPÉCIALE

De nombreux détritus jonchent le terrain du campement organisé.

Comble de malheur, le conducteur d’un camion municipal a écrasé sa tente il y a quelques jours. Il doit donc en trouver une autre, relate-t-il, lorsque nous le rencontrons sur le terrain jonché de carcasses de vélos, de lambeaux de tentes, de vieux matelas, de canettes de bière et d’autres détritus.

Éviter les évictions

D’autres campements ont fait leur apparition sous une autoroute, près de l’avenue Atwater, le long de la rue Viger, près de la station de métro Place-d’Armes et ailleurs en ville. « Nous ne voulons pas préciser où, parce qu’on veut éviter que la Ville vienne les évincer », dit Michel Monette, directeur général de l’organisme CARE Montréal.

On prévient aussi les gens de ne pas s’installer en trop grand nombre au même endroit, parce qu’il y a plus de risque qu’ils se fassent démanteler.

Michel Monette, directeur général de l’organisme CARE Montréal

PHOTO CATHERINE LEFEBVRE, COLLABORATION SPÉCIALE

Campement rue Notre-Dame

Parce qu’en effet, l’administration municipale « ne tolérera pas les campements organisés de plusieurs tentes », indique Marikym Gaudreault, attachée de presse de la mairesse Valérie Plante.

La conseillère responsable de l’itinérance au comité exécutif, Josefina Blanco, a refusé notre demande d’entrevue, mais dans une déclaration écrite, elle relève les risques pour la sécurité de ceux qui choisissent de planter leur tente en ville.

PHOTO CATHERINE LEFEBVRE, COLLABORATION SPÉCIALE

Campement près de l’avenue Atwater

« L’été dernier, nous avons évité le pire alors qu’un incendie aurait pu provoquer l’explosion d’une bonbonne de propane en plein quartier résidentiel. Si le Service de sécurité incendie de Montréal juge le site non sécuritaire ou s’il y a d’autres enjeux en lien avec la sécurité civile, il ordonnera son évacuation », explique Mme Blanco.

Elle assure cependant que « ces opérations réalisées par les intervenants sociaux sont faites avec une grande sensibilité. Ils agissent de façon graduelle et humaine dans le respect de la dignité des personnes vulnérables ».

Agir dès qu’une tente apparaît

Selon Benoit Langevin, porte-parole de l’opposition officielle à l’hôtel de ville en matière d’itinérance, il faudrait toutefois agir dès qu’une tente apparaît, et avoir des options à offrir aux personnes sans-abri.

PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, ARCHIVES LA PRESSE

Benoit Langevin, porte-parole de l’opposition officielle à l’hôtel de ville en matière d’itinérance

« C’est un film d’horreur qu’on a vu au cours des deux dernières années, s’insurge-t-il. On ne peut pas laisser des gens occuper l’espace public et enfreindre des règlements municipaux sans rien faire. »

Il blâme le manque de constance dans les services offerts aux personnes itinérantes.

On a vu des refuges qui ouvrent trois mois, puis ferment deux mois, qui ouvrent l’hiver et ferment l’été.

Benoit Langevin, porte-parole de l’opposition à l’hôtel de ville en matière d’itinérance

Selon Michel Monette, il y aura cet été à Montréal 300 places d’hébergement de moins que l’hiver dernier.

Le refuge administré par son organisme, qui offrait auparavant 120 places à l’hôtel Royal Versailles, a d’ailleurs dû réduire sa capacité à 70 places en déménageant au sous-sol de l’église Sainte-Jeanne-d’Arc au début du mois.

Ce manque de places poussera de plus en plus de gens vers l’espace public, ce qui leur donne aussi plus de liberté, puisque les refuges imposent à leur clientèle un grand nombre de règlements. « C’est plus agréable d’avoir le contrôle sur ta vie que d’avoir quelqu’un qui la contrôle pour toi », fait observer M. Monette.

Ces images misérables sont le résultat de l’administration municipale. Laissez passer le REM et logez les itinérants dans un lieu plus respectueux.

Déclenchement de mesures d’urgence Montréal considère le débordement des refuges comme un sinistre

PHOTO ROBERT SKINNER, ARCHIVES LA PRESSE

Le commissaire aux personnes en situation d’itinérance de la Ville de Montréal a souligné que le débordement des refuges pour les sans-abri avait récemment été ajouté aux critères officiels qui permettent à la Ville de déclencher des mesures d’urgence, comme pour les catastrophes naturelles.

Les refuges pour sans-abri débordent tellement par temps froid que la Ville de Montréal a dû déclencher des mesures d’urgence à deux reprises en février pour pallier le problème, comme elle le fait en cas d’inondation ou d’incendie majeur.

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Philippe Teisceira-Lessard
Philippe Teisceira-Lessard La Presse

C’est ce qu’a relevé mercredi le commissaire aux personnes en situation d’itinérance de la Ville, dans une rare sortie publique qui accompagne la publication d’un « signal d’alarme » sous forme de lettre ouverte1.

« C’est la première fois qu’on considérait l’itinérance et le froid comme un sinistre », a affirmé Serge Lareault, le commissaire, en entrevue avec La Presse. « C’est un mécanisme qui n’est pas ordinaire. On ne déclenche pas des mesures d’urgence à tout bout de champ et pour le fun. Mais ça démontre qu’on est rendus à une situation assez inquiétante. »

Pourquoi ? « Parce qu’il y a débordement dans les refuges, parce qu’il fait froid, parce qu’il y a danger de mort. »

PHOTO SARAH MONGEAU-BIRKETT, ARCHIVES LA PRESSE

Serge Lareault, commissaire aux personnes en situation d’itinérance de la Ville de Montréal

M. Lareault a souligné que le débordement des refuges pour personnes en situation d’itinérance avait récemment été ajouté aux critères officiels qui permettent à la Ville de Montréal de déclencher des mesures d’urgence, comme pour les catastrophes naturelles. Ce changement est « historique », a-t-il dit.

Ces déclarations permettent par exemple à la Ville de mobiliser les équipes de la sécurité civile et de libérer plus rapidement les fonds nécessaires. Il ne s’agit toutefois pas d’une déclaration d’état d’urgence, comme celle en vigueur à Montréal alors que la pandémie de COVID-19 faisait rage.

1600 places

Les deux déclarations de mesures d’urgence ont mené à l’ouverture de refuges temporaires pendant les dernières vagues de froid. Le YMCA centre-ville, près de l’intersection des rues Stanley et Sainte-Catherine, a servi chaque fois.

« Pouvant accueillir 80 personnes, ce lieu bénéficiera de la présence d’intervenants ainsi que d’agents de sécurité embauchés par l’agglomération, qui veilleront au bon fonctionnement, indiquait la Ville le 24 février. Un local sera aussi mis exclusivement à la disposition des femmes qui fréquenteront le site. »

Selon Serge Lareault, plusieurs dizaines de personnes ont utilisé ce refuge d’urgence.

« Ce n’est pas pour rien qu’on fait ça », a-t-il dit. « C’est parce qu’il manque de places dans le réseau habituel. » Lorsqu’une vague de froid est imminente, un comité se réunit et examine l’état d’occupation des refuges.

Montréal compte actuellement 1600 places d’urgence réparties dans 31 sites d’accueil. Outre le « simple » manque de places, les critères d’admission de certaines installations poussent aussi des sans-abri vers les refuges d’urgence.

« Les personnes qui se retrouvent la nuit dans le grand froid, ce sont des personnes qui vivent des enjeux de santé mentale, de dépendance. Qui sont en état d’intoxication. Qui ne sont pas acceptées ou ne sont pas capables de se rendre dans les refuges réguliers », a dit M. Lareault.

Ce qu’il manque à Montréal, ce sont des refuges capables d’accueillir cette clientèle-là, d’en prendre soin et de la stabiliser. Ce sont ces gens-là qu’on voit dans la rue la nuit.

Serge Lareault, commissaire aux personnes en situation d’itinérance de la Ville de Montréal

Découragement et solutions

En poste comme commissaire depuis sept ans, Serge Lareault s’exprime rarement dans l’espace public malgré l’importance qu’a prise l’enjeu de l’itinérance à Montréal depuis le début de la pandémie de COVID-19. Il pointe ses journées de travail de « 12 à 14 heures » pendant les dernières années.

« Quand le poste de commissaire a été créé, il y a eu beaucoup d’attentes. Les gens voudraient que je sois sur la place publique pour revendiquer », a-t-il dit. Mais il faut comprendre « que j’ai un travail qui est parfois beaucoup plus dans l’ombre », notamment en matière de conseils à l’administration et aux élus.

Mais cette fois, alors que le budget du Québec approche, M. Lareault jugeait important d’attirer l’attention sur la crise de l’itinérance que traverse la métropole.

« Ce qui m’a beaucoup frappé dans les derniers mois, c’est le nombre d’appels de Montréalais et de Montréalaises qui me disent combien ils sont découragés de la situation. Les gens en arrivent à la conclusion qu’il n’y en a pas de solution. Mais ce n’est pas vrai, il y a des solutions », a-t-il dit.

« Le cri d’alarme qu’on lance à la Ville de Montréal, c’est qu’il faut appuyer sur l’accélérateur. Il faut que les gouvernements supérieurs investissent dans les refuges, qu’ils investissent dans les logements sociaux. Ça sort au compte-gouttes, les logements sociaux. »

1. Lisez la lettre ouverte de Serge Lareault dans la section Débats

Québec n’a rien proposer pour reloger les personnes itinérantes sous l’autoroute Ville-Marie

Le campement sous l’autoroute Ville-Marie. Photo: Quentin Dufranne, Métro Média

Nicolas Monet

3 avril 2023 à 20h04 - Mis à jour 3 avril 2023 à 21h59 6 minutes de lecture

Le gouvernement du Québec n’a offert aucune proposition concrète depuis son premier avis d’éviction en novembre dernier pour reloger les personnes en situation d’itinérance qui campent sous l’autoroute Ville-Marie. Pourtant, Québec s’était engagé à tenter de trouver des solutions avant de démanteler le campement pour entreprendre des travaux majeurs.

La Clinique juridique itinérante demande une ordonnance judiciaire pour repousser l’éviction des campeurs par le ministère des Transports (MTQ) au 15 juillet 2023. Les parties se sont de nouveau retrouvées devant les tribunaux lundi, les discussions pour en arriver à une entente s’étant avérées infructueuses.

«Qu’est-ce qu’on a fait concrètement pour éviter que [les campeurs] se retrouvent aujourd’hui devant l’imminence de se faire évincer manu militari?», a demandé lors de l’audience Me Éric Préfontaine, qui représentait la Clinique juridique itinérante. L’avocat du cabinet Osler, Hoskin & Harcourt a rappelé que le gouvernement avait annoncé un sursis au démantèlement au mois de novembre pour essayer de trouver une solution à long terme pour les personnes évincées.

«Jamais le ministère ne s’est engagé à les relocaliser», a soutenu pour sa part l’avocate du procureur général du Québec, Me Nancy Brûlé. «On est dans un processus volontaire. Dans la mesure où ils ne veulent pas [se faire aider], c’est difficile de faire quelque chose», a-t-elle précisé à la juge Chantal Masse de la Cour supérieure. La juge Masse s’est d’ailleurs dite « bouche bée » devant la passivité du CIUSSS du Centre-Ouest-de-l’Île-de-Montréal, invitant le gouvernement à être plus « proactif »

Le CIUSSS est en contact avec les campeurs depuis plusieurs années, a assuré l’avocate du gouvernement. Or, «ces gens-là, pour différentes raisons qui leur appartiennent, n’ont pas établi de lien de confiance avec le CIUSSS.»

À défaut d’une ordonnance judiciaire, le campement, situé près de la rue Guy et de l’avenue Atwater, sera démantelé par les policiers le 12 ou le 15 avril prochain.

Un démantèlement aux effets «absolument dévastateurs»

«La pire des solutions, c’est de ne rien faire. La moins pire des solutions, c’est de retarder l’éviction pour qu’elle se fasse dans des conditions qui sont minimalement acceptables», a lancé Me Préfontaine.

L’avocat a souligné les «conditions extrêmes» dans lequel vivaient les campeurs, rappelant que le mercure avoisinait -10o C la nuit dernière. «Ils ont essentiellement un toit sur leur tête, et c’est l’autoroute Ville-Marie, a-t-il déclaré. Si on les expulse […] où peuvent-ils se relocaliser?»

Ce sont des gens qui n’ont pas grand-chose […]. Une des seules choses qu’ils ont, c’est leur communauté et les bénéfices qu’elles leur apportent.

Me Éric Préfontaine, avocat de chez Osler, Hoskin & Harcourt, représentant la Clinique juridique itinérante

Me Anabel Semerdzhieva, qui représente également les demandeurs, a souligné au tribunal les obstacles sociaux et administratifs auxquels font face les personnes en situation d’itinérance quand vient le temps de trouver un logement permanent ou même un lit dans un refuge. «Ils font face à des systèmes d’exclusion qui se superposent les uns et les autres, a-t-elle déploré. Ils sont pris dans un cercle vicieux qui les rend invisibles.»

Il y a seulement 1600 lits disponibles en refuges à Montréal, a affirmé l’avocate. Beaucoup trop peu pour héberger les 3149 des personnes itinérantes à Montréal, selon un dénombrement effectué en 2018.

Par ailleurs, les campeurs, «extrêmement vulnérables», peuvent s’entraider a rappelé Me Anabel Semerdzhieva. Certaines personnes y habitent depuis plusieurs années. Un résident qui y vit depuis 10 ans agit comme «protecteur» en aidant les autres à se nourrir, à gérer leur consommation de drogues et d’alcool et leur porte assistance en cas d’urgence, a-t-elle illustré. Des trousses de Naxolone, antidote au fentanyl, sont également disponibles sur place, a-t-elle allégué.

Un démantèlement sans prise en charge des campeurs aurait des «effets absolument dévastateurs», selon Me Semerdzhieva.

Des travaux nécessaires et pressants, selon le MTQ

«Leurs histoires sont d’une grande tristesse», a reconnu Me Brûlé. «Il reste que ces gens-là occupent un terrain sans droit», a-t-elle poursuivi, rappelant que le MTQ est propriétaire du terrain sur lequel le campement est installé.

Les travaux qui seront entrepris dans le cadre de la réfection de l’échangeur Turcot dureront environ trois ans. Les piliers de l’autoroute Ville-Marie, dont ceux où vivent les campeurs, doivent être réparés pour «assurer la capacité structurelle», a-t-elle déclaré.

Le ministère doit s’assurer que les routes soient sécuritaires. Que les infrastructures soient sécuritaires.

Me Nancy Brûlé, avocate du procureur général du Québec

La cohabitation entre le chantier et les personnes itinérantes est impossible, avance l’avocate. Feu au campement, clôture coupée, circulation de personnes intoxiquées à côté du chantier, deux personnes endormies dans l’équipement: l’entrepreneur qui a effectué les prétravaux aurait rapporté diverses situations dangereuses, explique-t-elle. La cohabitation prolongerait également la durée des travaux, à ses dires.

«Les travaux doivent se faire, et ils doivent commencer à un moment donné», a ajouté Me Marie Couture-Clouâtre, qui représente également le MTQ. «Plus ça retarde, plus il y a des risques potentiels.» Un retard complexifie également la coordination avec la Ville de Montréal pour assurer la circulation, a déclaré Me Brûlé.

La juge Chantal Masse a invité à plusieurs reprises les parties à discuter pour trouver une solution «rapide» et «pratique» en dehors du cadre judiciaire.

L’octroi d’un délai de grâce avant le démantèlement ne permettra pas aux campeurs d’éviter le préjudice, mais seulement de le retarder, a-t-elle rappelé. Ceux-ci peuvent également revenir après leur éviction, a-t-elle ajouté. «Ma décision, quelle qu’elle soit, ne règlera pas la situation définitivement».

L’audience se poursuivra demain, au palais de justice de Montréal.

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Démantèlement du campement sous l’autoroute Ville-Marie: «un dialogue de sourds», constate la juge

Le campement sous l’autoroute Ville-Marie. Photo: Quentin Dufranne, Métro Média

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Nicolas Monet

4 avril 2023 à 19h58 - Mis à jour 4 avril 2023 à 20h10 4 minutes de lecture

Le gouvernement du Québec et les intervenants communautaires soutenant les personnes en situation d’itinérance qui campent sous l’autoroute Ville-Marie sont pris dans «un dialogue de sourds», a déploré mardi la juge Chantal Masse, de la Cour supérieure du Québec.

L’audience qui oppose le ministère des Transports (MTQ) à la Clinique juridique itinérante s’est close aujourd’hui, et a été prise en délibéré. La Clinique demande le report au 15 juillet du démantèlement du campement, situé près de la rue Guy et de l’avenue Atwater, pour des travaux majeurs.

«Soit il y a une coopération qui n’est pas véritable d’un côté ou de l’autre, ou il y a un énorme malentendu», a constaté la juge Masse.

Par ailleurs, le MTQ enverra un nouvel avis d’éviction demain, annonçant un démantèlement le 12 avril prochain, ont annoncé ses avocates. À défaut d’une entente, la juge rendra sa décision in extremis au retour du congé de Pâques, le mardi 11 avril à la première heure.

Le CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal a mis diverses ressources à la disposition des personnes itinérantes depuis le premier avis d’éviction de novembre 2022, mais ces dernières ne voulaient pas de l’aide offerte, a plaidé Me Marie Couture-Clouâtre, du procureur général du Québec.

De son côté, Me Éric Préfontaine, qui représente la Clinique juridique itinérante, a réitéré qu’il n’y avait aucune «démarche concrète ou mesure prise pour favoriser le logement ou la relocalisation.»

C’est comme si on était sur deux planètes complètement différentes.

La juge Chantale Masse, de la Cour supérieure du Québec

Les avocats des deux parties se rencontreront cette semaine en compagnie des campeurs, des intervenants communautaires et du CIUSSS, à la demande expresse de la juge Masse. La magistrate a invité les parties à plusieurs reprises à discuter pour trouver une solution «rapide» et «pratique» en dehors du cadre judiciaire. «Ma décision, quelle qu’elle soit, ne règlera pas la situation définitivement», a-t-elle souligné.

Des ressources sont disponibles, assure Québec

Des places en refuges sont disponibles pour les campeurs, a soutenu Me Couture-Clouâtre. Le CIUSSS et Projet Logement Montréal peuvent également accompagner les personnes itinérantes dans leurs démarches pour obtenir un logement permanent si elles le souhaitent, selon ses dires. «Nous ne sommes pas dans un cas où il n’y a nulle part où aller», a-t-elle ajouté.

«On a tenté, et on a toujours la volonté de trouver une solution», a assuré l’avocate.

Par ailleurs, une enveloppe budgétaire est à la disposition des campeurs pour les aider à payer un loyer du loyer, a expliqué Me Couture-Clouâtre. «On n’a jamais entendu parler de ça », lui a rétorqué Me Préfontaine.

Je suis convaincu que c’est une volonté réelle, mais est-ce qu’on peut passer de la parole aux actes? C’est là que le bât blesse.

Me Éric Préfontaine, avocat chez Osler, Hoskin & Harcourt, représentant la Clinique juridique itinérante

Les campeurs sont des «adultes autonomes» et on ne peut les forcer à recevoir de l’aide, a réitéré Me Couture-Clouâtre. Or, plusieurs des campeurs ont affirmé vouloir de l’assistance pour se reloger dans des déclarations signées déposées en preuve par la Clinique juridique itinérante.

Michel Chabot est l’un des campeurs sous l’autoroute Ville-Marie. Rencontré par Métro à la sortie de l’audience, il doute fortement de la volonté du gouvernement d’aider les membres de sa communauté. «Personne n’est venu me voir. J’ai le cancer, pis ils ne sont même pas venus me voir», a-t-il dit.

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Nouveau campement d’itinérants sur la rue du Parc, une situation «inquiétante»

Un campement itinérant sur la rue Parc. Photo: Métro

Zoé Arcand

15 avril 2023 à 7h00 5 minutes de lecture

Alors que la saison chaude vient à peine de débuter à Montréal, des campements d’itinérants se dressent déjà dans des endroits inusités de la métropole. Trois tentes, entre autres, sont apparues en début de semaine au coin des avenues du Parc et des Pins. Sans se prononcer sur ce campement spécifiquement, la directrice du Réseau d’aide aux personnes seules et itinérantes de Montréal (RAPSIM), Annie Salange, s’avoue inquiète, mais pas surprise.

C’est inquiétant c’est sur. Il n’y a personne qui se dit: « ah quelle belle qualité de vie que de vivre entre deux artères ».

Annie Salange, directrice du RAPSIM.

La directrice du RAPSIM qualifie la naissance des campements d’un «symptôme du manque de réponse adaptée». Elle craint et critique le «démantèlement systématique» opéré par la Ville en vertu de ses règlements quand vient le temps de gérer ce phénomène. «Tout ce qu’on fait, c’est mettre à risque les personnes», dit-elle, puisqu’ils se reculent dans des secteurs plus cachés et isolés, loin de leurs réseaux et des travailleurs de rues.

L’organisme a officialisé sa posture en lien avec les campements lors du démantèlement du campement Notre-Dame en 2020, qui a marqué l’imaginaire des Montréalais et Montréalaises. «Si on est mal à l’aise de voir des gens vivre en campement, il faut investir. On ne peut pas se dire que comme on ne voit plus de tentes, il n’y a plus de problème», dit Mme Salange.

«Ce n’est pas nouveau, dit-elle, il y a plusieurs campements partout». Rien de neuf sous le soleil, donc. Le RAPSIM est le regroupement montréalais en itinérance en plus d’être la plus importante concertation régionale en itinérance au Québec. Plusieurs membres de ce regroupement pratiquent le travail de rues pour venir en aide aux personnes sans domicile directement sur le terrain.

Métro n’a pas pu s’entretenir avec les habitants du campement, mais tout indique qu’il s’agit d’un campement itinérant.

Le rôle de la Ville et des interventions policières

Selon une personne travaillant sur un chantier non loin du campement au coin des avenues du Parc et des Pins, qui a demandé à rester anonyme, «la police est passée au courant de la semaine pour parler avec les personnes» habitant dans les tentes. Une seule d’entre elles était sur les lieux.

Lorsque l’apparition d’une tente est signalée au service de police, «une évaluation est faite afin de déterminer s’il y a un risque imminent (incendie, circulation, criminalité). Si c’est le cas, la Ville de Montréal doit intervenir pour la sécurité de tous et toutes», a indiqué la responsable aux communications du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), Caroline Labelle.

Celle-ci rappelle que la position du SPVM n’est pas décisionnelle dans le cas des campements urbains.

Le corps policier agit «en soutien» quand vient le temps d’appliquer les règlements, explique-t-elle. Avant de démanteler les campements, ils attendent donc de recevoir une demande officielle des propriétaires des terrains touchés, qu’il s’agisse de la Ville ou des propriétaires privés.

Car bien qu’il y ait les consignes transversales officielles de la ville, il y a des dynamiques propres à chaque quartier. «Les policiers sur le terrain connaissent très bien les dynamiques et les manques d’alternatives. Ils savent que s’ils démantèlent [un campement], le monde vont avoir nulle part où aller», dit la directrice du RAPSIM, Mme Salange. Elle assure qu’il «semble y avoir une tolérance non officielle», à ce niveau.

Effectivement, le SPVM rappelle avoir entrepris «depuis longtemps» un virage visant à éviter la judiciarisation inutile des personnes en situation d’itinérance.

Notre philosophie d’opération s’appuie sur la collaboration avec nos partenaires et l’intervention en mode d’accompagnement – référence auprès des ressources communautaires

Caroline Labelle, responsable aux communication du SPVM.

Plusieurs équipes mixtes comme l’EMRII, l’ESUP, les Patrouilles conjointes autochtones, et l’EMIC patrouillent la ville pour «soutenir et aider les personnes itinérantes», fait savoir Mme Labelle.

Un manque d’alternatives

Le campement observé par Métro se trouve à un jet de pierre de l’Hôtel-Dieu et à quelques mètres de Milton-Parc. L’an dernier, l’ombudsman de la Ville de Montréal, Nadine Mailloux, qualifiait la situation itinérante dans ce secteur d’une «crise humanitaire» dans un rapport déposé début mai.

Elle émettait alors cinq recommandations pour que la Ville de Montréal et les autorités passent à l’action pour améliorer la situation dans le secteur. Les personnes à risque y sont principalement des Inuits.

La directrice du RAPSIM réitère la problématique liée au manque d’alternatives au démantèlement. Elle lance un appel à la Ville et à l’ensemble des acteurs institutionnels: «il faut réfléchir sérieusement au phénomène et à nos responsabilités. Si on n’est pas capables d’offrir de réelle alternative, comment on veut soutenir les personnes qui campent» dans l’espace public?

Les pouvoirs publics doivent investir massivement et rapidement. […] Aucun partenaire n’est en mesure de répondre parce que l’infrastructure nécessaire n’existe pas. On n’est pas équipé.

Annie Salange, directrice au RAPSIM

Le réseau d’aide aux personnes seules et itinérantes de Montréal demande à ce que les pouvoirs soutiennent les campements plutôt que les démanteler. «La Ville doit apporter son soutien dans son champ de conséquence», réclame la directrice de l’organisme. Elle mentionne les besoins de poubelles et d’installations sanitaires à proximité de ces campements.

«Les campements sont des initiatives autogérées, et de solidarisation. Si la Ville était en soutien plutôt que dans une approche de répression, on en serait ailleurs», juge Mme Salange.

Au moment où ces lignes sont écrites, la Ville de Montréal n’a pas donné de retour à Métro.

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Maintes fois, nous constatons que c’est un désastre partout où cela est encouragé. Ces camps ne conduisent PAS à une relation plus étroite entre les sans-abri et les travailleurs humanitaires. Ce qui se passe est une distanciation et une ghettoïsation du problème. C’est indéniable, et c’est clairement vécu à Vancouver, Los Angeles, San Francisco. C’est une catastrophe à chaque fois. Le rôle de la ville devrait être de fournir des logements, temporaires ou permanents, et de fournir des services. Tolérer ce type de camp qui se traduit par un chaos total est improductif pour tout le monde.

C’est presque choquant que les travailleurs humanitaires encouragent cela, comme s’il n’y avait pas des problèmes de sécurité et d’incendie dès le départ. Les gens cuisinent et consomment des drogues dans ces tentes sans surveillance et les surdoses et les incendies sévissent à Vancouver. Absolument non.

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Tant que le gouvernement provincial ne prendra pas ses responsabilités vis à vis de la crise du logement, il n’y aura pas de solution permanente pour les plus démunis et encore moins pour contrer le problème de l’itinérance. Encore ici on attend qu’une catastrophe potentielle se produise avant de réagir sérieusement. Je suis tout simplement outré par la désinvolture de la CAQ qui laisse pourrir ce genre de situation depuis son premier mandat. :rage:

Nouveau petit campement urbain à côté de l’église St. John the Evangelist en plein QDS à l’intersection St-Urbain et Président-Kennedy. Je présume que la Ville de Montréal ne peut pas les déloger étant donné qu’ils sont sur le terrain de l’église mais si rien n’est fait le campement risque de grossir et ça pourrait devenir un risque d’incendie pour cette jolie petite église construite en 1878. C’est une autre preuve qu’il y a un manque important de ressources pour ces personnes vulnérables.

Mise à jour: Le campement n’a duré que quelques jours et a été démantelé calmement ce matin et le site nettoyé des déchets.

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