Campement Notre-Dame

Discussion sur le campement de sans-abris aux abords de Notre-Dame.

Campement Notre-Dame : « Ici, j’ai ma liberté, ma dignité »

Un homme habillé chaudement debout devant sa tente.
Des organismes invitent les autorités à respecter le choix de certains itinérants à demeurer dans le campement.

PHOTO : RADIO-CANADA / IVANOH DEMERS

Delphine Jung (accéder à la page de l’auteur)

Delphine Jung

15 h 12 | Mis à jour à 15 h 30

Ils sont encore plusieurs dizaines à vivre dehors, le long de la rue Notre-Dame à Montréal. Ils se réchauffent autour d’un café chaud, arrangent leurs abris pour se protéger au mieux du froid, observent le ballet des autos le long de la route en contrebas… Si beaucoup se demandent si ce campement sera démantelé, les organismes et les itinérants estiment qu’il représente plutôt un petit coin de liberté.

Ici, j’ai ma liberté, ma dignité. C’est ce qu’on nous enlève quand on nous envoie dans un centre d’hébergement, lance Jean Borchu, emmitouflé dans une grosse doudoune bleue, une tuque enfoncée sur sa tête.

Le sexagénaire vit dans sa tente, le long de la rue Notre-Dame, depuis le 5 juillet. Comme beaucoup, il ne souhaite pas se retrouver dans l’un des hébergements d’urgence offerts par la Ville de Montréal.

[Là-bas], on est soumis à un tas de règlements parfois farfelus, sous prétexte qu’on est des drogués. On est juste des préjugés ambulants. On nous traite comme des enfants, lance-t-il, bien décidé à rester et à poursuivre l’isolation méthodique de sa tente.

Un homme tient un gobelet en main et regarde une grande casserole fumante posée sur une table. Autour de lui, plusieurs campements de fortune.

Jacques Brochu a réussi à isoler au mieux sa tente pour l’hiver. Il ne compte pas quitter le campement de Notre-Dame.

PHOTO : THE CANADIAN PRESS / PAUL CHIASSON

Dans son plan d’urgence hivernal en lien avec l’itinérance, la Société de transport de Montréal (STM) a notamment fait le don d’un bus à la Mission Old Brewery. Baptisé Solidaribus, il sillonnera les rues de Montréal pour transporter des itinérants qui le souhaitent vers des refuges, et ce, dès le 30 novembre.

L’objectif est de mettre fin à l’itinérance chronique. Un jour, nous l’espérons, nous n’aurons plus besoin de navette. Mais, entre-temps, nous devons faire preuve de solidarité, a expliqué James Hugues, président et chef de la direction de la Mission Old Brewery, lors d’un point de presse mardi matin.

C’est ainsi que les campeurs de la rue Notre-Dame sont invités à quitter les lieux pour se rendre dans des hébergements tels que celui de l’Hôtel Place Dupuis. Interrogé par Radio-Canada, Michel Monette, directeur de l’organisme C.A.R.E, explique que des places pour les campeurs de la rue Notre-Dame leur sont réservées dans des structures d’appoint.

Il assure qu’aucun itinérant ne sera forcé de quitter le campement. À en croire les différents organismes qui leur viennent en aide, peu d’entre eux sont prêts à troquer leur liberté contre une place au chaud.

Avoir quelque chose qui ressemble à un chez-soi

Un homme devant sa tente discute avec un autre homme.

Après avoir été expulsé de son logement 4 et demi, Serge Lévesque a déménagé ses effets personnels sur le terrain vague au début de l’été.

PHOTO : RADIO-CANADA / IVANOH DEMERS

Ils ont un sentiment d’appartenance dans le quartier désormais. Ils ont une réelle volonté d’avoir quelque chose qui ressemble à un chez-soi, un endroit stable où laisser leur stock, explique Laury Bacro, organisatrice communautaire au Réseau d’aide aux personnes seules et itinérantes de Montréal (RAPSIM).

Jean-François Mary, directeur général de l’organisme Cactus, rappelle le quotidien dans un centre d’hébergement qui rebute souvent les personnes en situation d’itinérance.

Les consommateurs sont exclus d’office, car il est interdit de consommer dans un hébergement. Ils doivent partir très tôt le matin. Ils n’ont pas d’intimité puisqu’on a retiré les portes des toilettes, il y a aussi des gens qui préfèrent dormir le jour…, énumère-t-il.

Il est suivi par Laury Bacro qui rappelle également que les femmes, même si elles bénéficient d’un étage qui leur est réservé, ne sont pas forcément à l’aise de côtoyer des hommes dans les couloirs. Certaines ont subi des agressions sexuelles et n’ont pas envie de croiser leur agresseur dans un hébergement, appuie-t-elle.

M. Monette, de C.A.R.E, souligne que, justement, dans les logements tenus par son organisme, les itinérants pourront rester toute la journée et auront accès à un lit dès 14 h. Ils bénéficieront même d’un endroit où stocker leurs affaires.

Une quinzaine de personnes se tiennent près d'un campement.

Plusieurs intervenants de la Ville de Montréal se sont présentés ce matin au campement d’itinérants sur la rue Notre-Dame à Montréal.

PHOTO : RADIO-CANADA / IVANOH DEMERS

La liberté au détriment de la chaleur

Mais si la plupart des itinérants du campement Notre-Dame ne souhaitent pas partir, c’est aussi parce qu’ils y trouvent un réseau d’entraide informel, un réseau social, croient de concert Mme Bacro et M. Mary. Ils ont accès à de la nourriture, peuvent prendre leur déjeuner à l’heure qu’ils le souhaitent, observent-ils.

Même s’ils soulignent la bonne volonté de la Ville et de la STM, les deux intervenants déplorent le fait que les autorités transposent leur vision à celle des itinérants. On projette en eux nos valeurs, alors qu’ils ne sont pas dans le même confort que nous. Ils ont développé des stratégies qui leur sont propres, insiste le directeur général de Cactus.

Leur approche est celle qui veut que le premier besoin de tous, ce soit d’être au chaud, dit Mme Bacro.

Ces gens-là sont les mieux placés pour savoir ce dont ils ont besoin. S’ils considèrent que vivre dans leur tente augmente leur qualité de vie, c’est leur choix et il faut le respecter. Il faut leur redonner droit à une certaine l’autodétermination, ajoute M. Mary.

Ces gens s’organisent collectivement, ils démontrent justement une capacité d’organisation. Il faut encourager ça, plutôt que de prendre pouvoir sur leur vie.

Jean-François Mary, directeur général de Cactus

Plusieurs tentes au bord de la route avec le centre-ville de Montréal en fond.

Des dizaines de tentes longent la rue Notre-Dame depuis cet été.

PHOTO : RADIO-CANADA / JEAN-CLAUDE TALIANA

Le directeur général de Cactus plaide pour un revenu minimum garanti qui permettrait aux itinérants d’avoir un logement permanent, et pas se balader d’un hébergement à un autre. La tente répond à ce besoin précis.

Tous s’accordent à dire que le démantèlement d’un campement comme celui de Notre-Dame est contre-productif. M. Mary et Mme Bacro se souviennent de celui géré par des Autochtones, au parc Milton. On leur a pris toutes leurs affaires lors de ce démantèlement, raconte l’organisatrice communautaire.

Un campement ne doit jamais être une solution, ça veut dire que la société a failli à son devoir.

Laury Bacro, organisatrice communautaire au RAPSIM

Elle signe, avec plusieurs organismes, une lettre ouverte publiée dans La Presse listant différentes mesures : un arrêt des démantèlements des campements qui ne fait que repousser le problème, l’installation de haltes chaleur extérieures avec des parasols incandescents par exemple, ou encore l’accès à du matériel pour renforcer l’isolation des tentes et un accès à des toilettes, des douches.

De quoi permettre à tous ces gens de se sentir un peu plus maîtres de leur vie, selon Mme Bacro.

Près de sa tente, Jacques Brochu n’en démord pas : Dites qu’un itinérant de 60 ans est organisé, vous allez passer pour quelqu’un qui est complètement dans le champ. Et pourtant… je le suis.

Campement Notre-Dame : « Ici, j’ai ma liberté, ma dignité » | Radio-Canada.ca (radio-canada.ca)

1 Like

Malheureusement, on a tendance à infantiliser les personnes en situation d’itinérance. On se permet de leur imposer des règles strictes parce qu’ “après tout on leur offre gratuitement un abri” alors que c’est ce qui encourage plusieurs d’entre eux à bouder les refuges, sauf par temps de grand froid. En les maternant on ne les aide pas vraiment pour les inciter à s’en sortir non plus.

Par exemple, à la Place Dupuis, la ville voulait que le refuge temporaire soit ouvert 16 heures par jour, mais le gouvernement du Québec a limité ça à 12h (de 20h à 8h). Résultat: beaucoup le boudent parce que 8h c’est trop tôt pour quitter.

2 Likes

Chronique de Mario Girard dans La Presse

La patate chaude

Olivier m’a écrit il y a quelques jours. Il vit en compagnie de sa conjointe, Marie-Ève, à un jet de pierre du campement de sans-abri de la rue Notre-Dame.

Publié le 28 novembre 2020 à 5h00
MARIO GIRARD
LA PRESSE

« Tout le monde s’est exprimé sur ça, m’a-t-il dit. Il serait peut-être temps qu’on donne la parole aux résidants qui vivent dans le quartier. »

Je suis allé rencontrer Olivier et Marie-Ève. Ils avaient tenté de rassembler d’autres résidants ulcérés par cette situation, mais sans succès. « Beaucoup de gens sont tannés de ce qui se passe ici, dit Marie-Ève. Malheureusement, personne n’ose le dire. »

Olivier et Marie-Ève ont demandé que je taise leur identité. Ils craignent des représailles.

Le jeune couple connaissait bien ce quartier d’Hochelaga-Maisonneuve avant d’y acheter un condo il y a quelques années. « On savait qu’il y avait des piqueries, racontent-ils. On nous avait parlé de la prostituée assassinée dans le square Dézéry juste avant notre arrivée. C’est d’ailleurs la fille de notre voisine qui a trouvé le corps. »

PHOTO BERNARD BRAULT, LA PRESSE

Certains sans-abri vont braver l’hiver en maintenant leur tente sur le campement de la rue Notre-Dame dans le quartier d’Hochelaga-Maisonneuve.

Quand Olivier a aperçu les premières tentes au début de l’été, il a naïvement cru que c’étaient des campeurs qui n’avaient pu trouver une place sur un terrain de camping. Puis les tentes se sont multipliées jusqu’à atteindre le nombre de 300.

« Tout à coup, on a vu apparaître un centre de distribution de nourriture, des bénévoles et toute une organisation, raconte Olivier. Personne ne nous a prévenus de cela. Des gens ont commencé à apporter des génératrices et toutes sortes d’objets. Ils ont maintenant le WiFi. »

Olivier et Marie-Ève m’ont raconté tout cela en me répétant qu’ils ne voulaient pas passer pour de gros méchants.

Nous sommes complètement déchirés. On comprend cette misère, on comprend la réalité de ces gens qui n’ont pas envie de vivre avec les règles imposées dans les refuges. Mais en même temps, on trouve cela difficile de vivre à côté de ça. Le quartier est devenu triste. Plus personne n’ose aller dans le parc.

Olivier, qui réside à proximité du campement de sans-abri de la rue Notre-Dame

Puis ces mots sont tombés. Olivier a dit : « On va être francs, le problème de l’itinérance à Montréal est une énorme patate chaude que tout le monde se refile. »

Olivier a écrit à son arrondissement. Il a reçu un courriel qui lui disait grosso modo de prendre son mal en patience et que s’il y avait des problèmes à régler, il devait communiquer avec la police.

C’est ce qu’Olivier et Marie-Ève ont fait un soir en désespoir de cause. Et devinez ce que la police a répondu ? Qu’ils devaient se tourner vers la Ville de Montréal.


J’ai rencontré Olivier et Marie-Ève lundi, tout juste avant qu’une opération « progressive » de démantèlement ne commence. Au cours d’un point de presse, mardi, la mairesse Valérie Plante a dit que le démantèlement du campement de la rue Notre-Dame serait accompagné « de discussions ».

Olivier a raison. La mairesse Plante est prise avec une patate chaude entre les mains. Elle peut difficilement ordonner une opération de démantèlement draconienne. Cela déplairait à une large part de son électorat.

Guylain Levasseur est une figure très connue du monde de l’itinérance. Il a installé sa roulotte au campement de la rue Notre-Dame afin d’aider les sans-abri. L’homme a un cœur grand comme un océan, c’est clair. « La Ville de Montréal ne règle pas le problème de l’itinérance. Elle fait semblant de le faire. Elle le cache. »

Il est devenu extrêmement difficile pour les gens de s’exprimer sur cette réalité. Il y a ceux qui voient cela de l’extérieur et ceux qui vivent cette réalité de l’intérieur.

Justement, parlons-en, de ceux qui appuient ce campement. Il est évident qu’ils ne vivent pas ici. Si la mairesse pense qu’il faut vivre avec les itinérants, qu’elle les invite dans sa cour.

Marie-Ève, qui réside à proximité du campement de sans-abri de la rue Notre-Dame

Pendant que les autorités se refilent la patate chaude, les responsables de l’itinérance à Montréal attendent que le froid fasse son œuvre. Guylain Levasseur croit que sur la centaine de personnes qui sont encore au campement, plusieurs récalcitrants vont y demeurer tout l’hiver.

Mais une visite du campement permet de voir qu’il est impossible de laisser des gens vivre dans de telles conditions. C’est leur sécurité qui est en jeu. Plusieurs personnes chauffent leur tente de nylon avec des bougies. Un bénévole m’a dit qu’il n’y avait aucun danger, car les gens mettent les chandelles au fond d’une casserole.

Cela ne m’a pas du tout rassuré.


Ce qui est certain, c’est que la situation de l’itinérance est devenue un problème majeur à Montréal en cette période de pandémie. Selon Guylain Levasseur, qui connaît tous les coins et recoins de l’itinérance dans la métropole, il y aurait une dizaine de campements en ce moment. « Ils sont cachés, vous ne les voyez pas tous », dit-il.

Il faut aller au coin d’Atwater et Sainte-Catherine où j’ai vu des hommes, debout sur une montagne de déchets, éventrer des sacs pour y trouver je ne sais quoi. À côté d’eux, une vingtaine de sans-abri étaient entassés dans un abri Tempo où l’on servait du café.

La crainte de commerçants du Village s’est avérée. La zone Saint-Hubert et Sainte-Catherine, lieu de misère à Montréal, atteint un niveau de désolation sans précédent.

Si des sans-abri préfèrent vivre dans une tente en plein hiver plutôt que de se tourner vers les services qui leur sont offerts, c’est que ceux-ci ne sont pas adaptés à leur réalité. La transformation de nombreuses chambres de l’Hôtel Place Dupuis en refuge de nuit est une formule souhaitable, mais qui ne va pas à tout le monde. Il faut s’y rendre tôt, faire la file et quitter les lieux rapidement le matin.

J’ai voulu m’entretenir avec un élu responsable de l’itinérance à Montréal. On m’a plutôt dirigé vers Serge Lareault, protecteur des personnes en situation d’itinérance, poste créé en 2016 sous l’administration Coderre.

L’itinérance n’a plus beaucoup de secrets pour Serge Lareault, l’un des fondateurs du journal L’Itinéraire, en 1993. Il explique l’augmentation du nombre de sans-abri depuis le début de la pandémie par trois facteurs :

– la visibilité soudaine de l’« itinérance cachée », composée de gens qui, en temps normal, se débrouillaient sans les refuges en passant leurs nuits dans des Tim Hortons et des McDonald’s ;

– la grande précarité de gens qui, en plus d’un maigre revenu, arrivaient à vivre grâce à la mendicité (mendier est devenu très difficile depuis le mois de mars) ;

– les nombreuses explosions de cellules familiales.

Serge Lareault croit que la mauvaise compréhension du public face à l’itinérance aggrave le problème.

Les gens ont peur des itinérants et de ceux qui souffrent de maladie mentale. Les gens du crime organisé sont nettement plus dangereux que ceux qui se parlent seuls.

Serge Lareault, protecteur des personnes itinérantes

J’ai dit à Serge Lareault que j’avais récemment écrit dans une chronique que nous ne faisions en ce moment que mettre des diachylons à gauche et à droite sur des problèmes.

« Il faut se rappeler qu’on est toujours en situation d’urgence, m’a-t-il dit. Cette pandémie nous a frappés de plein fouet. C’était difficile de prévoir qu’autant de gens allaient se retrouver en situation d’urgence sociale. Il faut créer des mesures tout en respectant les règles sanitaires. C’est très complexe. »

Les personnes en situation d’itinérance ont besoin d’un logement, le même, de préférence. Il leur faut un toit 24 heures sur 24. C’est ça, la clé. Après, c’est un travail rigoureux et acharné qui doit être fait.

La pandémie que nous connaissons fait craindre le pire. Elle nous empêche d’espérer des mesures solides et permanentes. Elle nous force à mettre dehors dans le froid des gens quand se pointe le jour.

La patate chaude que chacun se refile est en train de se transformer en grenade.

1 Like

Incendie au campement de la rue Notre-Dame

PHOTO ROBERT SKINNER, LA PRESSE

Les pompiers ont maitrisé rapidement les flammes qui ont détruit une tente.

Un incendie s’est déclaré quelques minutes avant 9 h samedi matin dans une tente du campement de sans-abris sur la rue Notre-Dame, dans l’arrondissement Mercier–Hochelaga-Maisonneuve. Une tente a été détruite, mais on ne rapporte pas de blessés.

Publié le 5 décembre 2020 à 11h07 Mis à jour à 12h51

Partager

Antoine TrussartANTOINE TRUSSART
LA PRESSE

C’est une bougie mal installée qui serait responsable de l’incendie. « La fille s’est réveillée et la boule de feu était à côté de son visage », rapporte Louis Rouillard, qui habite au campement depuis trois mois.

Les campeurs auraient aussi accumulé trop d’objets dans leur tente, ce qui a contribué à alimenter le feu, selon M. Rouillard. Une bonbonne de propane située à proximité a aussi pris feu, mais n’a pas explosé.

Les pompiers se sont présentés sur les lieux peu après 9 h et ont maitrisé rapidement les flammes qui ont monté jusqu’à deux étages de haut, selon un autre résident qui n’a pas voulu être nommé.

PHOTO ROBERT SKINNER, LA PRESSE

Trois autres tentes ont été endommagées dans l’incendie.

« On est passés très proche d’une catastrophe humaine. On a été extrêmement chanceux ce matin », a déclaré Pierre-Lessard Blais, maire de l’arrondissement de Mercier–Hochelaga-Maisonneuve, en entrevue avec La Presse.

Il s’agit de la troisième intervention des pompiers depuis deux semaines pour maitriser des feux au campement de sans-abris.

« Il faudrait que le département d’incendie donne de l’encadrement technique » aux campeurs plus régulièrement sur les questions de sécurité en lien avec les incendies, selon M. Rouillard.

Sur cette question, des travailleurs sociaux et des pompiers du Service d’incendie de Montréal (SIM) viennent régulièrement sur place, notamment pour parler de prévention et de sécurité incendie, selon M. Lessard-Blais.

M. Lessard-Blais appelle Québec à en faire plus pour aider les sans-abris installés aux abords de la rue Notre-Dame. Il rappelle qu’un refuge a été mis sur pied dans son arrondissement et que des lits sont encore disponibles au refuge créé dans l’Hôtel Place Dupuis.

Vers 10 h, les employés de l’arrondissement étaient déjà l’œuvre pour ramasser les débris calcinés. Ils devraient tous être ramassés d’ici la fin de la journée.

Il n’y a pas d’enquête en cours au Service de police de la ville de Montréal qui considère l’incendie comme étant accidentel, selon son porte-parole Jean-Pierre Brabant.
Incendie au campement de la rue Notre-Dame | La Presse

C’était sûr que ça allait arriver… Ça va être quoi le prochain headline ? Des gens retrouvés sans vie à cause du froid ou du monoxyde de carbone ? Si le campement est pour resté, il va se ‘‘solidifier’’ et certaines tentes vont se transformer en shack, et un bidonville, c’est pas ce que l’on veut pour ces gens.

Je comprend l’urgence et la précarité dans laquelle vivent ces gens, mais imaginé si la tente aurait fait prendre en feu 15 autres tentes voisines…

J’espère que ça se passera bien malgré les circonstances

Le campement de la rue Notre-Dame en voie d’être démantelé

La Ville a choisi d’intervenir après un incendie qui a détruit une tente samedi. NOUVELLES PHOTOS RUE NOTRE DAME MONTREAL CAMPEMENT
PHOTO : RADIO-CANADA / JEAN-CLAUDE TALIANA
Valérie Boisclair
12 h 31 | Mis à jour à 15 h 47

Les dizaines d’itinérants qui ont installé leur campement depuis l’été sur la rue Notre-Dame, à l’est du centre-ville, se voient obligés de démanteler leurs tentes et de quitter les lieux.

Munis d’un avis d’éviction d’urgence, des représentants du ministère des Transports, à qui appartient le terrain, des membres du Service de sécurité incendie de Montréal (SIM), appuyés par des agents du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), et des intervenants sociaux se sont déplacés dimanche matin.

On est vraiment ici pour leur donner un avis d’éviction immédiat. Ils ont la journée pour ramasser leurs affaires, explique Sandra Lisi, chef de secteur à la prévention au SIM.

Les autorités ont opté pour une stratégie qui consiste à signaler verbalement aux occupants qu’il leur faut partir, plutôt que d’user de la force. Elles assurent vouloir prendre le temps nécessaire pour convaincre les campeurs de se diriger vers les refuges appropriés.

La décision émane du directeur par intérim du SIM et coordonnateur de la Sécurité civile de l’agglomération de Montréal, Richard Liebmann, qui évoque des raisons de sécurité.

L’incendie qui s’est déclaré samedi en raison de l’utilisation d’une chandelle dans une des tentes semble avoir été la goutte qui a fait déborder le vase.

Bien qu’aucun blessé n’ait été déploré, cet événement est non seulement très préoccupant, mais il aurait aussi pu être tragique et entraîner des décès, a réagi dimanche la mairesse Valérie Plante.

Devant la multiplication des incidents liés à des équipements de chauffage artisanaux, la présence de dispositifs inflammables sans supervision, posant des risques pour la santé et la vie des personnes présentes sur le site, nous concluons que la sécurité des personnes est menacée et nous ne pouvons plus tolérer ce niveau de risque, a déclaré M. Liebmann.

Avec l’arrivée du temps froid, les autorités et les intervenants s’inquiètent de voir les occupants du campement avoir recours à des équipements chauffants artisanaux et à du matériel inflammable.

Des agents du SPVM se tiennent prêts avant le début de l’opération.

PHOTO : RADIO-CANADA / MATHIEU WAGNER

Des logements, non pas des refuges, réclament des campeurs

La mairesse Plante affirme qu’il revient à son administration de veiller à la sécurité des citoyens. En ce sens, nous allons faire le nécessaire pour loger les campeuses et campeurs dans un endroit sécuritaire dès maintenant, a-t-elle indiqué par communiqué.

Les campeurs seront accompagnés vers des ressources d’hébergement d’urgence, comme le refuge CAP-CARE, dans l’ancien YMCA de l’arrondissement Mercier–Hochelaga-Maisonneuve, et celui que gère la Mission Bon Accueil, à l’hôtel Place Dupuis.

Des centaines de lits y sont disponibles, précise la Ville de Montréal, qui rappelle que des mesures seront mises en place cet hiver afin de bonifier les services en itinérance, comme l’ajout de 400 lits d’urgence et de 9 haltes-chaleur.

Si tout semblait se dérouler dans le calme en milieu d’après-midi, les autorités n’ont pas précisé ce qu’il adviendrait des occupants qui décident de faire la sourde oreille.

Certains campeurs interrogés par Radio-Canada étaient mécontents à l’idée d’être déplacés vers des refuges. La solution ne passe pas par des mesures temporaires, soutiennent-ils, mais bien par des logements.

Le maire de l’arrondissement Mercier–Hochelaga-Maisonneuve, Pierre Lessard-Blais, souligne qu’à Montréal seulement, 25 000 ménages attendent un logement social.

On est extrêmement préoccupés. Les gens ne vont pas disparaître même s’ils quittent le campement Notre-Dame; ils ne vont pas disparaître lorsqu’on va fermer les refuges d’hiver le 31 mars.

Pierre Lessard-Blais, maire de l’arrondissement Mercier–Hochelaga-Maisonneuve

L’administration Plante manque de ressources à long terme pour lutter contre l’itinérance, insiste M. Lessard-Blais.

On va avoir besoin de financement de Québec et d’Ottawa pour s’assurer qu’on s’attaque réellement, de façon pérenne à cet enjeu, ajoute-t-il.

Les autorités ont fait savoir que l’opération de démantèlement du campement pourrait durer plusieurs heures.

Avec des informations de Louis de Belleval