Les artefacts sont arrivés. Radio-Canada a mis à jour son article
Après un siècle passé, pour certains, au Vatican, une soixantaine d’objets sacrés ou culturels sont de retour au Canada, accompagnés dans l’avion par quatre jeunes des Premières Nations et le directeur général de la Société régionale inuvialuit, Duane Ningaqsiq Smith. Il s’agit d’une journée exceptionnelle dans un voyage qui n’est pas fini, ont souligné les chefs autochtones.
« Quelle journée! » a lancé Natan Obed, le président de l’Inuit Tapiriit Kanatami (ITK), l’organisation qui représente les Inuit du Canada. « C’est un moment incroyable dans le temps », a-t-il poursuivi, à peine une heure après s’être recueilli un instant sur la boîte contenant le kayak inuvialuit plus que centenaire qui avait été récupéré par un évêque au cours des années 1920 dans les Territoires du Nord-Ouest et exposé au Vatican.
Fin de l’exemption fiscale, participation à l’économie, réorganisation du système politique des communautés… Dans son dernier livre, l’auteur Bob Joseph tente d’expliquer, point par point, pourquoi la Loi sur les Indiens doit être démantelée et comment. Malgré la complexité du sujet, il livre un ouvrage de vulgarisation essentiel, soutenu par de nombreux exemples concrets. Espaces autochtones en a discuté avec lui.
Bob Joseph est membre de la Nation Kwakwaka’wakw, qui se trouve essentiellement sur l’île de Vancouver. Il a récemment hérité d’un siège de chef au sein du clan Gayaxala (Oiseau-Tonnerre). Depuis 1994, il est le président-directeur général d’Indigenous Corporate Training Inc., une entreprise qui offre de la formation sur les relations avec les peuples autochtones.
Son plus récent ouvrage, 21 Things You Need to Know About Indigenous Self-Government: A Conversation About Dismantling the Indian Act (en anglais seulement), est la suite de son premier livre, 21 Things You May Not Know About the Indian Act.
EA : Pourquoi avez-vous décidé d’écrire ce livre?
Étant autochtone, je suis impacté par la Loi sur les Indiens. Elle a modifié notre système de gouvernance, a interdit certaines de nos cérémonies traditionnelles, notre langue… Elle nous a privés de nos enfants. J’espère que ce livre aidera les Canadiens à comprendre notre point de vue.
EA : Votre livre parle de la nécessité de démanteler la Loi sur les Indiens, pouvez-vous nous expliquer pourquoi?
C’est nécessaire pour plusieurs raisons. D’abord, cette loi a été conçue dans le but d’assimiler les populations autochtones. Or, elle a produit l’effet inverse. Des études récentes montrent que l’assimilation des populations repose sur l’idée que, pour y arriver, il ne faut surtout pas les soumettre à des lois et des régimes différents des autres citoyens. Pourtant, c’est ce que le gouvernement a fait avec la Loi sur les Indiens.
Bob Joseph connaît la Loi sur les Indiens sur le bout des doigts. Il estime que pour atteindre l’autodétermination, les Autochtones doivent la démanteler.
Photo : Indigenous Corporate Training Inc.
La Loi sur les Indiens a aussi établi que le gouvernement fédéral doit assumer son obligation fiduciaire, c’est-à-dire de veiller sur nous jusqu’à notre assimilation. C’est pourquoi je pense qu’il sera probablement plus facile de démanteler la Loi sur les Indiens que de l’abolir, car il y a cette obligation légale.
De plus, le Canada est signataire de la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones qui reconnaît notre droit à l’autodétermination. Démanteler la Loi sur les Indiens vise l’autodétermination et l’autonomie gouvernementale, conformément à la déclaration de l’ONU.
EA : Vous expliquez dans votre livre que la Loi sur les Indiens a rendu les peuples autochtones tellement dépendants du gouvernement qu’ils ont oublié comment devenir autonomes. Pouvez-vous développer cette idée?
Avant l’arrivée des colons, nous étions des commerçants très actifs, des négociants internationaux. Nous étions travailleurs, mais aujourd’hui, nous ne pouvons pas participer à l’économie. Par exemple, si je veux acheter un camion, je dois trouver un cosignataire, sauf si je paie comptant. Et ça, c’est à cause de la Loi sur les Indiens, qui rend nos biens insaisissables. J’ai vraiment du mal à obtenir un prêt par moi-même. J’ai dû passer par ma femme, qui n’est pas autochtone, pour que ce soit plus facile.
Le dernier livre de Bob Joseph explique en détail en quoi la Loi sur les Indiens représente un important frein au développement des Autochtones.
Photo : Radio-Canada / Delphine Jung
EA : Comment sortir de cette dépendance?
Je prends souvent l’exemple des Seminoles [une nation autochtone implantée en Floride, aux États-Unis, NDLR]. Ils ont commencé par organiser une soirée bingo. Puis il y en a eu deux, puis sept. Ça marchait très bien. Ils ont ensuite décidé d’acheter une salle de bingo, puis une autre, puis un vieux casino qui avait besoin d’un coup de jeune. Ils ont fini par acquérir la chaîne Hard Rock Cafe en 2006. C’était vraiment une décision d’indépendance. Et maintenant, leurs activités vont bien au-delà. On ne peut pas se permettre d’attendre l’aide d’avocats, de chercheurs et, en plus, faire face à un processus gouvernemental interminable. Nous pouvons faire quelque chose de similaire au Canada.
EA : Certaines communautés sont très éloignées, ce genre de projet n’est pas à leur portée…
Oui, une communauté du Nord aurait beaucoup plus de mal à construire un casino, mais ça ne veut pas dire qu’elle ne pourrait pas le faire en ligne. Elle a peut-être d’autres options, comme la construction de parcs éoliens, de projets hydroélectriques…
Les Séminoles de Floride détiennent de nombreux casinos, dont le Seminole Hard Rock Hotel & Casino Hollywood. (Photo d’archives)
Photo : Rob Olivera
En Colombie-Britannique, même les communautés les plus isolées reçoivent une part des droits de coupe pour les arbres abattus sur leur territoire. Ce sont donc des revenus très importants qui leur permettent d’acquérir et de créer des entreprises. C’est la même chose dans le secteur minier. Il faut penser autrement pour éviter d’attendre toujours après le gouvernement.
EA : Vous parlez de projets hydroélectriques ou de mines, mais certaines communautés ne souhaitent pas de tels développements sur leur territoire. Les Autochtones sont-ils condamnés à choisir entre environnement et développement économique?
Je pense que tout le monde peut trouver ses propres solutions. Nous voulons faire partie de l’économie canadienne sans pour autant soutenir le développement à tout prix. C’est d’ailleurs une valeur partagée par beaucoup de Canadiens. Nous devons donc trouver le juste milieu entre ce qui constitue un bon développement et ce qui n’en est pas un. S’opposer au développement nous enferme encore plus dans la Loi sur les Indiens.
La mine de Tata Steel s’étend sur deux provinces: le Québec et le Labrador.
Photo : Radio-Canada / Delphine Jung
EA : Vous estimez, dans votre livre, que les ententes sur répercussions et avantages lors de négociation avec des industries minières ou forestières, par exemple, peuvent soutenir le développement des communautés. Mais on sait que les promesses faites dans ces ententes ne sont pas toujours respectées – comme c’est le cas entre Tata Steel et les Innus de Matimekush-Lac John. On promet aussi souvent des emplois, mais ces emplois sont souvent ceux tout en bas de la hiérarchie. Comment être sûr que ces ententes sont véritablement bénéfiques pour les Autochtones?
Ma réponse sera courte et simple : les communautés doivent trouver de meilleurs avocats! Ils pourraient négocier des pénalités si l’entreprise ne respecte pas certains points de l’entente. Par exemple, si l’entreprise propose dix emplois à 70 000 $ par an et qu’elle n’embauche que neuf autochtones, la communauté recevra 70 000 $ pour un fonds d’éducation, afin que les jeunes aient une chance d’accéder à des emplois plus qualifiés et d’intégrer l’entreprise. Il faut obtenir des engagements fermes et mettre en place des pénalités de retard.
La mine Red Chris, en Colombie-Britannique, appartient à l’entreprise Newmont. Cette dernière a signé une entente avec la nation Tahltan.
Photo : Radio-Canada / Delphine Jung
EA : En quoi vouloir démanteler la Loi sur les Indiens est différent d’une volonté séparatiste?
Historiquement, une grande partie de nos relations repose sur des alliances militaires et économiques. Lors de la guerre de 1812 [entre les États-Unis d’un côté et le Haut et le Bas-Canada de l’autre, NDLR], nous avons fait appel à nos anciennes alliances. Et une fois encore, les Premières Nations ont combattu aux côtés du gouvernement colonial du Canada, même si elles savaient qu’elles allaient perdre leur statut en devant s’absenter pendant plus de 30 jours d’affilée. Si vous leur demandiez pourquoi ils avaient agi ainsi, ils répondraient : Nous avons un accord avec ce pays et avec personne d’autre.
Je plaisante souvent avec les gens en disant qu’une relation fondée sur un traité, c’est comme un mariage où le divorce est impossible. L’énorme majorité des Autochtones ne sont pas intéressés par la séparation avec le Canada.
La Loi sur les Indiens empêche les Autochtones de prendre en main leur destin, selon Bob Joseph. (Photo d’archives)
Photo : Fabiola Melendez Carletti/CBC
EA : Vous expliquez dans votre livre que les conseils de bande sont responsables devant le gouvernement et non devant les membres de la communauté et que ça pose un problème. Pouvez-vous nous expliquer pourquoi?
Le chef de bande et le conseil sont élus par leur peuple, mais ils sont responsables devant Services aux Autochtones qui finance les soins de santé, le logement, l’éducation et d’autres programmes dans la communauté. Si les conseils de bande commencent à remettre en question le pouvoir du gouvernement fédéral, ils s’exposent à une réduction de leurs fonds, comme ça a été le cas à l’Assemblée des Premières Nations, lorsque le chef était Matthew Coon Come. Il avait fait sa campagne en disant : Si vous m’élisez chef national, je vais affronter le Canada et nous allons gagner. Et ça a plutôt bien marché. Il a remporté le siège de l’Assemblée des Premières Nations, mais, en quelques années, son budget a été réduit.
EA : Démanteler la Loi sur les Indiens aurait des conséquences sur l’exemption dont bénéficient les Autochtones vivant dans leur communauté concernant les taxes et impôts. Comment les convaincre que ça pourrait être dans leur intérêt d’en payer?
Si vous insistez pour obtenir une exemption fiscale, vous n’aurez pas accès aux marchés financiers. Il sera difficile pour vous de vous enrichir, si tel est votre objectif, ou même d’acheter une maison.
Les propos de cette entrevue ont été adaptés à des fins de concision et de clarté.
Alors que les projets de gazoduc Prince Rupert Gas Transmission (PRGT) et de terminal d’exportation Ksi Lisims, en Colombie-Britannique, doivent faire l’objet d’un examen en vue d’obtenir rapidement les permis et les autorisations nécessaires, les chefs héréditaires gitanyow continuent d’afficher leur opposition. Ils exhortent les grandes banques à ne pas soutenir ces projets, au moyen d’une lettre approuvée par plus de 125 organisations de la société civile.
La lettre a été envoyée au début du mois de décembre à 43 banques et fonds de pension pour leur demander de respecter les droits des Gitanyow et les exhorter à ne pas financer le projet de gaz naturel liquéfié Ksi Lisims ou ses promoteurs.
Parmi les banques et fonds de pension visés, on trouve la Bank of America, BMO, BNP Paribas, la Deutsche Bank, Goldman Sachs, ou encore la Caisse de dépôt et placement du Québec.
La nation Nisga’a est partenaire de ce projet. Ses voisins, les Gitanyow, un peuple gitxan installé dans le nord de la Colombie-Britannique et dont une partie du territoire devrait être traversé par le gazoduc, s’y opposent depuis le début.
Des militants gitanyow ont brûlé l’accord concernant le projet de gazoduc pour marquer leur opposition au projet il y a quelques mois. (Photo d’archives)
Photo : Instagram Gitanyow chief
Depuis plusieurs mois, les chefs héréditaires, comme les plus jeunes, tentent d’informer la population concernant leurs préoccupations. Les Simigigyet’m Gitanyow (chefs héréditaires Gitanyow) forment un gouvernement autochtone traditionnel chargé de protéger les terres, les ressources et les lois de la nation gitanyow.
Les investisseurs qui envisagent de financer le projet Ksi Lisims LNG doivent savoir que ce projet est extrêmement risqué pour de nombreuses raisons et qu’il continue de faire face à une opposition croissante. Le message des Gitanyow est clair : nous continuerons à nous battre pour notre mode de vie et à nous opposer à des projets comme celui-ci qui menacent notre Lax’yip [territoire], indique la cheffe héréditaire Deborah Good, dans un communiqué de presse.
Deborah Good, la cheffe héréditaire de la Première Nation Gitanyow, est contre le projet de GNL Ksi Lisims, car elle craint l’impact qu’il aura sur la santé des résidents et des saumons de la région. (Photo d’archives)
Photo : La Presse canadienne / Ethan Cairns
Dans la lettre, dont Espaces autochtones a obtenu copie, les chefs héréditaires expliquent vouloir alerter ces institutions des impacts négatifs et des risques importants que le projet de gaz naturel liquéfié [GNL] Ksi Lisims fait peser sur [leurs] peuples et les ressources naturelles dont [ils dépendent].
Ils soulignent ainsi les risques financiers du projet.
Gitanyow a suivi la viabilité financière du projet et conclut qu’il n’est économiquement viable ni pour notre pays, ni pour les autres nations, ni pour aucun financier ou investisseur.
Une citation de Extrait de la lettre envoyée par les chefs héréditaires gitanyow
La viabilité financière du projet est sérieusement menacée par la hausse des coûts, le manque d’acheteurs engagés et les difficultés du marché du GNL. Une surabondance de GNL, largement anticipée, risque d’éroder les revenus du projet, notamment en raison du manque d’accords d’achat à long terme, ce qui accroît considérablement le risque de crédit et de défaut de paiement pour les financiers et les investisseurs en actions du projet, peut-on lire dans la lettre.
Le projet comprendrait un pipeline pour acheminer le gaz depuis le bassin sédimentaire de l’Ouest canadien vers une usine de liquéfaction flottante sur la côte pacifique.
Photo : Gracieuseté : Ksi Lisims LNG
Les auteurs remettent aussi en question les projections qui ont été faites à l’époque, le projet étant envisagé depuis plusieurs années.
Selon eux, elles ont été calculées sur la base d’une étude obsolète réalisée dans un contexte économique très différent.
Une bataille juridique perdue
En février 2025, la Première Nation Gitanyow a saisi la Cour suprême de la Colombie-Britannique en raison des menaces que le projet fait peser sur les populations de saumons du bassin hydrographique de la Nass, de ses impacts climatiques, du caractère insuffisant des consultations et de l’absence de consentement des Autochtones.
Dans sa requête, elle demandait l’annulation de la décision du Bureau d’évaluation environnementale de la Colombie-Britannique de ne pas consulter la Première Nation Gitanyow au sujet du projet.
Gitanyow n’a pas obtenu gain de cause.
Le 15 septembre, le gouvernement de la Colombie-Britannique a donné son certificat d’évaluation environnementale au projet.
Ils soulignent également l’absence de leur consentement concernant ce projet, en rappelant les principes dictés par la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones, adoptés par le Canada.
La lettre détaille les craintes des Gitanyow concernant la population de saumons dans le secteur visé. Ils estiment que ce terminal détruirait ou modifierait plus de 100 000 mètres cubes d’habitat du saumon.
Un soutien important
Les chefs héréditaires de Gitanyow ne sont pas les seuls à s’opposer au projet de gazoduc et de terminal. La communauté de Lax Kw’alaams et la Première Nation Metlakatla, situées toutes deux dans le nord-ouest de la Colombie-Britannique, ont déposé des recours judiciaires distincts devant la Cour fédérale en octobre.
Elles allèguent que le ministre de l’Environnement et du Changement climatique de la Colombie-Britannique a ignoré leurs préoccupations concernant les impacts négatifs du projet.
La communauté de Gitwinksihlkw est une communauté nisga’a.
Photo : Radio-Canada / Delphine Jung
Le Conseil de la nation Haïda, dont les membres sont installés sur la côte pacifique, a aussi déclaré son opposition à l’augmentation du trafic de méthaniers dans ses eaux côtières, et donc, son opposition au projet.
Les chefs héréditaires ont d’ailleurs eu le soutien de différents organismes, comme Amnistie internationale (section Canada), Climate action network Canada, la Fondation David Suzuki, ou encore Greenpeace.
Ils demandaient une réponse à leur lettre dans un délai de deux semaines. À la publication de ce texte, les chefs héréditaires n’avaient pas répondu à nos questions concernant un éventuel retour de la part des institutions destinataires.
Vue de l’exposition Traverser le territoire. La couleur n’est pas neutre, présentée à Art mûr, l’un des volets de la 8e édition de la Biennale d’art contemporain autochtone (BACA). À la veille de ses 30 ans, la galerie compte ce rendez-vous bisannuel parmi les projets les plus importants qu’elle a entrepris.
Samedi dernier, la Biennale d’art contemporain autochtone (BACA) a donné le coup d’envoi de sa 8e édition avec une véritable vision tournée vers l’international. Le projet colossal met en valeur près de 100 artistes autochtones et de la diaspora des quatre coins du monde. L’exposition est une exploration d’œuvres encore jamais ou peu présentées dans les institutions montréalaises.
Les co-commissaires Michael Patten, membre de la Première Nation Zagime Anishinabek en Saskatchewan et directeur de la BACA, et Armando Perla, universitaire métis originaire d’El Salvador (Kuskatan). Ils sont ci-dessus photographiés devant le projet Cuando el monte baila de l’artiste Juan Carlos Recinos Guzmán. Issues de la vidéo homonyme, les impressions numériques de Guzmán montrent le processus de création et la performance inspirée de la danse traditionnelle de la viejada. Le diable est personnifié par un masque recouvert de fleurs de saison et d’éléments de la montagne.
PHOTO DENIS GERMAIN, COLLABORATION SPÉCIALE
L’artiste visuel et photojournaliste nigériano-canadien Adetona Omokanye explique qu’Adéyabo, nom de sa série, signifie que « la couronne est [reproductivement] féminine ». Il s’agit de repenser les représentations du pouvoir souvent genrées. Ci-dessus, Adetona Omokanye, Ade nla 1 de la série Adéyabo, couronne en perles, 2026, 30 x 50 cm.
PHOTO DENIS GERMAIN, COLLABORATION SPÉCIALE
L’artiste s’inspire de l’histoire, de la cosmologie et du folklore yoruba pour rappeler que les femmes, parées comme des rois, plutôt que des reines consorts aux côtés du trône, y ont défendu de grands royaumes. Sur notre photo : Adetona Omokanye, Adelewa I de la série Adéyabo, 2023, impression numérique, 122 x 183 cm.
PHOTO DENIS GERMAIN, COLLABORATION SPÉCIALE
Adetona Omokanye réinterprète l’Egúngún, cette figure masquée et costumée au cœur des croyances du peuple yoruba d’Afrique de l’Ouest. Il invite les visiteurs à penser la « mascarade » comme un spectacle de mode. Il interroge comment la culture et les traditions construisent notre façon de se vêtir. Ci-dessus, Untitled 1 (à gauche) et Untitled 9 (à droite) de la série Spiritually Fashionable, 2021, impression numérique, 119 x 79 cm.
PHOTO DENIS GERMAIN, COLLABORATION SPÉCIALE
L’une des deux sculptures d’ARIA XYX s’est brisée pendant le transport. Elle rappelle que le voyage d’une frontière à l’autre peut avoir des répercussions sur les corps et les matières. Ce point fait écho à la démarche de l’artiste sur la manière d’habiter son corps et de se déplacer dans l’espace public en tant que personne de la communauté queer, travestie ou transgenre au Salvador. Ci-dessus , ARIA XYX, Coatlicue et Ek Chuah, 2026, céramique émaillée rouge et perles de cacao en céramique.
PHOTO DENIS GERMAIN, COLLABORATION SPÉCIALE
L’artiste José Luis Fernando Morales, originaire du Guatemala, crée des bijoux mayas k’iche’ contemporains. Ci-dessus, KOTOTO, 2026, fibres de jute et cuir, pièces en argile réalisées par ARIA XYX, éléments en argile d’artisans de Chichicastenango, jade contemporain, graines dans des tons noirs, dimensions variables.
PHOTO DENIS GERMAIN, COLLABORATION SPÉCIALE
Le Guatémaltèque tire son inspiration des savoirs transmis par sa famille et sa communauté pour renouveler les systèmes visuels autochtones. Ci-dessus, aussi d’ARIA XYX, KOTOTO, 2026, fibres de jute et cuir, pièces en argile, éléments en argile d’artisans de Chichicastenango, jade contemporain, graines dans des tons noirs, dimensions variables.
PHOTO DENIS GERMAIN, COLLABORATION SPÉCIALE
La créatrice de mode canadienne d’origine crie et métisse Angela DeMontigny, reconnue pour l’utilisation de motifs culturels issus de ses origines, présente deux pièces chez Art mûr. Sur notre photo, Woodland Bridesmaid : Echoes of Beaded Lineage, 2004, peau d’agneau, perles de verre taillées, ruban de satin, doublure en Bemberg.
PHOTO DENIS GERMAIN, COLLABORATION SPÉCIALE
Les masques et les vêtements sont un leitmotiv pour toutes les communautés autochtones. Ici, les artistes maoris contemporains de la Nouvelle-Zélande (Aotearoa) proposent trois masques de visages humains ou d’ancêtres. Le symbolisme de chaque couleur est fort et traduit différents sentiments liés entre autres à la bienveillance. Lissy and Rudi Robinson-Cole, Puāwai Wheku (2025, à gauche), Whitinga o te Rā Wheku (2023, au centre) et Tauwhiro Wheku (2025, à droite), crochet en laine, polystyrène sculpté à la main et contreplaqué, 60 x 40 x 25 cm.
D’avril 2026 à février 2027, des expositions sont présentées dans les lieux suivants : DRAC (Drummondville), la Galerie d’art Stewart Hall (Montréal), le musée McCord Stewart (Montréal), le Quai 5160/maison de la culture de Verdun (Montréal), le Musée des beaux-arts de Sherbrooke, Expression – Centre d’exposition (Saint-Hyacinthe) et le Musée de Rimouski.
Après plus de 150 ans, des bisons foulent de nouveau le territoire de la Nation crie Star Blanket.
Photo : Radio-Canada / Bryan Eneas
La version audio de cet article est générée par la synthèse vocale, une technologie basée sur l’intelligence artificielle.
Dans un boisé de la Nation crie Star Blanket, dans le sud-est de la Saskatchewan, Shane Moosemay s’affaire sous la neige. En tant qu’oskâpêwis (« assistant au rituel ») sa mission est de préparer le nécessaire pour célébrer ce jour historique. Dans quelques heures, un troupeau de bisons foulera à nouveau le territoire de la communauté, une première en plus de 150 ans.
Tôt le matin, Shane Moosemay est venu monter deux tipis – un pour les hommes, un pour les femmes – ainsi que la hutte de sudation. Ici, bien qu’on soit à la mi-mai, l’hiver n’a pas encore dit son dernier mot. Heureusement, l’oskâpêwis a commencé les préparatifs avant que la neige ne commence à tomber, permettant au sol de la hutte et des tipis de demeurer au sec.
Peu à peu, des membres de la communauté viennent le rejoindre : de jeunes enfants, des adolescentes avec leur kôhkom (grand-mère) ou leur mère, ainsi que des hommes d’âge divers. Ils se sont donné rendez-vous pour une cérémonie de sudation et de prière avant l’arrivée des 17 bêtes.
Officiellement, l’animal a disparu de la Saskatchewan en 1878. Or, dans la région de la vallée Qu’Appelle, l’extinction serait même antérieure. “Avant 1874”, précise Michael D. Starr.
“Ils ont tué tous les bisons pour nous affaiblir et nous forcer à signer [le Traité no 4]”, soutient-il.
Le Traité no 4 fut signé en 1874 par les représentants de la Couronne britannique et les Premières Nations de la région Qu’Appelle et de Fort Ellice. Cet accord couvre une partie de l’Alberta, de la Saskatchewan et du Manitoba.
En échange de l’utilisation de leurs terres, les communautés autochtones se sont fait promettre des indemnités et des réserves.
Tout le monde était invité à l’inauguration du Centre Mamonitokiwam
Ils se sont battus jusqu’en Cour suprême pour le droit de prendre soin de leurs propres enfants. Ils ont gagné. Lorsqu’est venu le temps de célébrer les premiers fruits de cette victoire, ils auraient eu leurs raisons d’afficher une attitude triomphaliste. Les Atikamekw d’Opitciwan ont plutôt choisi d’inviter tout le monde à la fête. Visite d’une communauté qui a la victoire généreuse.
(Opitciwan) Sous un chapiteau, des clowns jonglent, crachent du feu et gonflent des ballons sous le regard amusé des enfants. Dehors, devant un feu qui crépite, des joueurs de tambour battent la mesure en entonnant des chants traditionnels. En ce mercredi de la fin de mai, le ciel se remplit soudain d’une improbable neige tourbillonnante, renforçant l’atmosphère hypnotique.(Opitciwan) Sous un chapiteau, des clowns jonglent, crachent du feu et gonflent des ballons sous le regard amusé des enfants. Dehors, devant un feu qui crépite, des joueurs de tambour battent la mesure en entonnant des chants traditionnels. En ce mercredi de la fin de mai, le ciel se remplit soudain d’une improbable neige tourbillonnante, renforçant l’atmosphère hypnotique.
C’est jour de fête à Opitciwan (prononcez Obedjiwan), une réserve atikamekw nichée sur la rive nord du réservoir Gouin, en Haute-Mauricie. On inaugure ici un centre de pédiatrie sociale dans lequel les centaines d’enfants de la communauté recevront toutes sortes de services.
En soi, ce centre est un ajout extraordinaire pour la communauté. J’y reviendrai. Mais c’est surtout le symbole qu’il représente qui a attiré ici une foule formée de chefs autochtones, d’élus municipaux et de représentants des gouvernements fédéral et provincial.
« Aujourd’hui, nous inaugurons beaucoup plus qu’un bâtiment », lance le chef d’Opitciwan, Jean-Claude Méquish, en entamant son discours.
« Ce centre représente le leadership d’Opitciwan dans la prise en charge de notre jeunesse et de nos familles […], continue-t-il. Notre communauté affirme clairement sa volonté de protéger ses enfants selon ses propres valeurs, ses traditions et sa vision du mieux-être. »
Le bâtiment, qui grouille de visiteurs, est l’aboutissement d’un long combat. Un combat mené dans le but de concrétiser une vision : celle que les Autochtones peuvent prendre soin eux-mêmes de leurs enfants.
Le contenu du cours Réflexions sur les pensées des PremièresNations donné au Cégep Beauce-Appalaches depuis 2022 pourrait se retrouver prochainement dans tous les cégeps du Québec ainsi que les écoles secondaires à même le cours de Culture et citoyenneté québécoise.
Grâce à un financement d’un peu plus de 150 000 $ du ministère de l’Enseignement supérieur, ces créateurs travaillent pour en faire profiter le plus d’élèves et d’étudiants possible et son contenu serait bonifié.
L’idée c’est de propager un peu le cours avec du contenu pédagogique qui sera accessible pour les professeurs pour qu’ils puissent partager dans leur cours une vision autochtone qui est en lien avec des thèmes, que ça soit la politique, l’histoire, la santé, l’art, la littérature, la spiritualité, l’économie, explique Etienne Gourde, l’enseignant du cours à l’origine du projet.
Un projet qui se veut le prolongement des quatre capsules pédagogiques lancées lors de la Journée nationale de la vérité et de la réconciliation le 30 septembre dernier.
L’enseignant est souvent interpellé par d’autres enseignants qui lui disent qu’il n’y a pas de contenus ou que c’est dur à trouver, d’où l’importance pour lui d’offrir quelque chose qui est un peu clé en main pour qu’ils puissent l’aborder puis l’intégrer dans leur approche.
L’objectif ultime, c’est que ce contenu-là soit utilisé par les enseignants et de montrer cette vision qui est différente, qui est enrichissante, qui permet de mieux comprendre aussi ces peuples qui sont à côté de nous autres.
Une citation de Etienne Gourde, enseignant de philosophie au Cégep Beauce-Appalaches
L’enseignant imagine des modules créés à partir d’un texte écrit par des membres des Premières Nations et le tout sera accompagné d’une vidéo.
Un cercle de consultation
Un projet coordonné par un Cercle de consultation créé au départ pour veiller à ce que le projet soit fait de façon adéquate. Je consulte des membres des Premières Nations pour savoir comment ils voient ça? et qu’est-ce qu’ils aimeraient?, lance l’enseignant beauceron.
Des étudiants en pleine exploration sur le site archéologique autochtone ancien d’Âsowanânihk.
Photo : Radio-Canada / Aishah Ashraf
Le site archéologique autochtone ancien d’Âsowanânihk, situé à cinq kilomètres au nord de Prince Albert en Saskatchewan, vient de révéler un secret enfoui depuis des millénaires grâce à la perspicacité d’une jeune visiteuse.
Lors d’une récente excursion scolaire sur ce lieu historique dont le nom signifie “un endroit pour traverser” en cri, Piper Baldhead, une élève de 11 ans de la Nation crie de Beardy’s et Okemasis, a découvert une pointe de projectile entièrement intacte.
Il s’agit d’une première absolue pour ce site que les chercheurs estiment avoir été un établissement à long terme pour ses anciens habitants, il y a environ 11 000 ans.
Le regard aiguisé de la jeunesse sur l’histoire
Cette découverte exceptionnelle s’est déroulée alors que la jeune fille s’était jointe à d’autres camarades de sa communauté ainsi qu’à des étudiants de l’école secondaire Carlton Comprehensive, du centre de jeunesse Eagles Nest Youth Ranch et du centre Valley Hill Youth Treatment Centre.
Le pressentiment de la fillette s’est avéré exact dès son arrivée sur les berges de la rivière.
Pendant que nous roulions vers ici, j’ai dit que j’allais trouver quelque chose de cool et passer aux informations , a déclaré Piper Baldhead.
En repérant l’objet au milieu des galets, elle a d’abord cru à une simple pierre avant de réaliser l’importance de sa trouvaille.
Désormais, le nom de la jeune fille sera officiellement inscrit dans les registres de recherche aux côtés de cet artefact historique.
Des géants préhistoriques et une communauté interconnectée
Le Canada se trouve à un moment charnière, et sa croissance future dépendra de la manière dont les Premières Nations, les Inuit et les Métis seront inclus dans la prise de décisions et les partenariats, estime la firme Deloitte.
Le Centre pour l’avenir du Canada du cabinet de services professionnels Deloitte a publié le 3 juin un rapport sur le potentiel des relations économiques autochtones souveraines pour augmenter la prospérité du pays.
Selon Deloitte, l’établissement de partenariats entre les gouvernements, les entreprises et les nations autochtones permettrait de faire progresser la réconciliation économique.
“Le Canada est à un tournant”, soutient Anne-Marie Éthier, associée chez Deloitte et ambassadrice du Plan d’action pour la réconciliation. “On doit renforcer les liens entre l’économie autochtone et les économies canadiennes.”
Les relations économiques autochtones souveraines constituent un avantage qu’on a, au Canada. On doit les promouvoir.
Une citation de Anne-Marie Éthier, associée chez Deloitte
L’économie autochtone a atteint 63,7 milliards de dollars en 2023. Elle ne représente cependant que 2,3 % de l’économie canadienne, alors que les Autochtones constituent 5 % de la population du pays, souligne Deloitte. Elle pourrait donc carrément doubler, estime-t-elle.
La firme, qui veut jouer un rôle de catalyseur en contribuant à renforcer les liens entre l’économie autochtone et l’économie canadienne, a identifié plusieurs secteurs à fort potentiel, dont l’énergie propre, la haute technologie, les chaînes d’approvisionnement et le tourisme.
Plus de détails
Le rapport intègre des entrevues avec 12 chefs d’entreprise autochtones reconnus ainsi que des recherches menées avec l’aide de trois entités commerciales autochtones : Athabasca Indigenous Investments, Glooscap Ventures et la Fédération des Métis du Manitoba.
Deloitte propose quatre pistes concrètes pour établir des collaborations fructueuses avec les partenaires autochtones, qui incluent une reconnaissance de leur histoire et de leurs droits, un soutien aux solutions portées par les Autochtones, des relations d’égal à égal et l’inclusion des visions du monde autochtones.
“Ça représente quatre éléments essentiels qui, quand on les applique tous ensemble, aident les gouvernements et les entreprises à bâtir des partenariats économiques plus solides dans les nations autochtones, entre les nations autochtones et avec les nations autochtones”, conclut Anne-Marie Éthier.
Le nouveau projet de loi du gouvernement libéral sur l’eau des Premières Nations fera avancer le travail visant à remédier aux avis à long terme concernant l’eau potable. C’est ce qu’a assuré mardi la ministre des Services aux Autochtones, Mandy Gull-Masty, peu après le dépôt du texte à la Chambre des communes.
“Nous avons l’opportunité de mettre en place un cadre législatif moderne et efficace pour de l’eau potable dans les Premières Nations, un cadre conclu avec elles”, a souligné Mme Gull-Masty.
La ministre a expliqué aux journalistes sur la colline du Parlement que le projet de loi C-37 reconnaîtra la compétence des Premières Nations en matière d’eau sur leurs territoires.
Elle a précisé que ce nouveau projet de loi s’accompagnait d’un financement de 4,6 milliards $ sur cinq ans et a qualifié cette somme d’engagement sans précédent en faveur de la protection de l’eau des Premières Nations.
Ce n’est pas la première fois que les libéraux fédéraux proposent une législation sur la qualité de l’eau, mais c’est la première tentative du gouvernement du premier ministre Mark Carney pour s’attaquer à ce problème.
Un bon point de départ
Le grand chef de la Première Nation Nishnawbe Aski, Alvin Fiddler, a avancé que ce projet de loi constituait un excellent point de départ pour s’attaquer au problème. Sa Première Nation fait actuellement l’objet de seize avis à long terme et de huit avis à court terme concernant l’eau potable.
Au fil des ans, j’ai entendu de nombreux gouvernements promettre de réaliser les investissements nécessaires, mais nous restons dans la même situation. Le projet de loi présenté aujourd’hui n’est pas parfait, mais il répond aux besoins les plus urgents de nos communautés, a souligné M. Fiddler par communiqué.
Il fixe des normes minimales en matière d’eau potable et réaffirme le droit inhérent des Premières Nations à exercer leur compétence en matière d’eau et d’eaux usées, a-t-il affirmé.
Les Premières Nations des Traités n° 6, 7 et 8 demandent à l’unanimité l’ouverture d’une enquête par la Gendarmerie royale du Canada (GRC) pour trahison de la part du gouvernement Smith.
Elles demandent d’enquêter sur le processus référendaire du gouvernement, afin de déterminer s’il constitue un acte de trahison au sens de l’article 46 du Code criminel du Canada.
Le fait de tenir un référendum cet automne porte atteinte à l’intégrité de la Confédération, selon les Premières Nations, qui croient qu’il s’agit d’une violation délibérée des traités signés avec la Couronne.
Danielle Smith trouve que les Premières Nations sont allées trop loin. Il est scandaleux qu’un gouvernement qui se veut crédible puisse porter des accusations aussi graves contre un autre. Je n’ai jamais tenu de tels propos. J’invite les chefs à faire preuve de retenue, car nous entretenons une relation de collaboration étroite, et je souhaite qu’elle perdure, a-t-elle déclaré.
L’utilisation du mot “trahison” n’a pas sa place dans une démocratie.
Une citation de Danielle Smith, première ministre
Des Premières Nations unies
Les Premières Nations des Traités n° 6, 7 et 8 représentent un peu plus de 80 groupes autochtones différents.
La force et l’unanimité de cette déclaration montrent que de nombreuses Premières Nations partagent une vision commune. C’est un signal d’alarme clair sur l’existence d’un préjudice ou d’un risque de préjudice imminent, souligne la professeure associée à la Faculté de droit à l’Université de l’Alberta Hadley Friedland. Une seconde intervention de la justice
En mai dernier, les Premières Nations ont demandé qu’une juge invalide la pétition référendaire menée par le groupe indépendantiste Stay Free Alberta, affirmant qu’une question d’initiative citoyenne ne pouvait aller de l’avant sans consulter au préalable les Premières Nations, ce que la province a omis de faire.
Danielle Smith a ensuite contourné cet obstacle en ayant recours à une autre loi qui lui permet d’ajouter sa propre question référendaire.
Avec les informations de Raphaëlle Charbonneau et de Louis-Philippe Trozzo