Depuis sa réélection, Donald Trump a maintes fois menacé de quitter l’OTAN. Mercredi, il l’a fait de nouveau, frustré que les nations européennes aient refusé de se joindre à la guerre des États-Unis et d’Israël contre l’Iran.
Mais plus il dénigre l’OTAN et menace de l’abandonner, plus il l’affaiblit.
L’alliance créée après la Seconde Guerre mondiale pour dissuader l’Union soviétique et maintenir la paix en Europe est en crise. Certains doutent qu’elle survive. La guerre au Moyen-Orient ravive les doutes sur l’engagement américain envers l’alliance, estime Ivo Daalder, ancien ambassadeur des États-Unis auprès de l’OTAN.
« On voit mal comment un pays européen pourrait désormais compter sur le fait que les États-Unis viendront à sa défense, dit Ivo Daalder. L’espérer, peut-être. Mais pas compter dessus. »
Dans son discours à la nation mercredi soir, M. Trump n’a pas parlé de l’OTAN, au soulagement des alliés…
Ce dont il est question, ce n’est pas juste vouloir que les États-Unis soient là pour nous ; c’est maintenant le sentiment que les États-Unis ne le pourraient pas même s’ils le voulaient.
Pour l’Europe, a-t-il dit, « ça rend le choix entre l’autonomie et l’Amérique plus tranché chaque mois ».
Nonobstant les humeurs de M. Trump, plusieurs experts peinent à trouver en quoi la destruction de l’alliance profiterait aux États-Unis.
Ainsi, selon Wolfgang Ischinger, ancien ambassadeur de l’Allemagne à > Washington, quitter l’OTAN serait un cadeau à une Russie en pleine militarisation. « Soyons clairs : le départ des troupes américaines d’Europe serait pour la Russie une victoire stratégique. Repousser les États-Unis hors d’Europe est l’objectif stratégique principal du Kremlin depuis l’époque soviétique », a-t-il écrit sur X. « Est-ce que les États-Unis peuvent se permettre que cela arrive ? »
Cet article a été publié dans le New York Times.
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Chaque menace de Trump d’abandonner l’OTAN l’affaiblit

PHOTO VIRGINIA MAYO, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS
Exercice de l’OTAN sur une base militaire près de Bergen, en Allemagne, le 26 février
Les doutes quant à la volonté des États-Unis de venir en aide aux alliés de l’OTAN augmentent à chaque attaque verbale de Donald Trump. Les Européens envisagent une alliance sans Washington.
Publié à 0 h 00

Steven Erlanger The New York Times
Depuis sa réélection, Donald Trump a maintes fois menacé de quitter l’OTAN. Mercredi, il l’a fait de nouveau, frustré que les nations européennes aient refusé de se joindre à la guerre des États-Unis et d’Israël contre l’Iran.
Mais plus il dénigre l’OTAN et menace de l’abandonner, plus il l’affaiblit.
L’alliance créée après la Seconde Guerre mondiale pour dissuader l’Union soviétique et maintenir la paix en Europe est en crise. Certains doutent qu’elle survive. La guerre au Moyen-Orient ravive les doutes sur l’engagement américain envers l’alliance, estime Ivo Daalder, ancien ambassadeur des États-Unis auprès de l’OTAN.
« On voit mal comment un pays européen pourrait désormais compter sur le fait que les États-Unis viendront à sa défense, dit Ivo Daalder. L’espérer, peut-être. Mais pas compter dessus. »
Dans son discours à la nation mercredi soir, M. Trump n’a pas parlé de l’OTAN, au soulagement des alliés.

PHOTO DOUG MILLS, ARCHIVES THE NEW YORK TIMES
Donald Trump et des membres de son cabinet lors d’une rencontre avec le secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, le 21 janvier. Menaçant de se retirer de l’Organisation, Trump a décrit l’alliance comme un « tigre de papier » dans une interview publiée dans un journal britannique le 1er avril.
Selon un haut fonctionnaire européen, la plupart des Européens croient que l’article 5, sur l’obligation de défense collective de l’OTAN en cas d’attaque armée contre l’un de ses membres, n’a plus de dents. Les États-Unis apparaissent maintenant comme un acteur du désordre mondial, estime l’officiel, s’exprimant sous le couvert de l’anonymat étant donné la sensibilité du sujet. Les États-Unis ne sont plus le garant de dernier recours, dit-il.
Jeudi, durant une visite à Séoul, en Corée du Sud, le président français, Emmanuel Macron, a été direct : M. Trump sape l’OTAN avec ses menaces répétées de s’en retirer.
Si on crée chaque jour le doute sur son engagement, on le vide de sa substance.
Emmanuel Macron, président français
La semaine dernière, le secrétaire d’État Marco Rubio a prévenu que les relations avec l’OTAN devraient être réexaminées après la résolution de la guerre en Iran. « Une alliance doit être mutuellement bénéfique. Ça ne peut pas être à sens unique. Espérons que nous pourrons arranger ça. »
« Sans les États-Unis, il n’y a pas d’OTAN », a dit Rubio.
Tout le monde n’en est pas sûr : si les États-Unis sont devenus le centre nerveux et l’ossature de l’alliance, c’est parce que Washington l’a voulu ainsi. Mais l’Europe est loin d’être impuissante et elle a beaucoup augmenté son budget de défense, en réaction tant à l’invasion de l’Ukraine par la Russie qu’aux exigences de Trump, notamment à ses menaces passées de quitter l’alliance à moins que ses membres « paient leur dû ».
Une OTAN sans les États-Unis ?
Même si Washington devait retirer ses 70 000 soldats en Europe, une OTAN européenne serait concevable, disent de hauts responsables européens. Le système de commandement et l’infrastructure de l’OTAN demeurent et les Européens pourraient assumer la plupart des rôles. Il y a eu diverses études sur ce que l’Europe devrait faire pour pouvoir se défendre, en cas d’attaque conventionnelle, sans les États-Unis.
En mai 2025, l’Institut international d’études stratégiques a estimé à 1000 milliards US sur 25 ans le coût d’une OTAN sans les États-Unis. Selon une étude du groupe de réflexion belge Bruegel et de l’Institut d’économie mondiale de Kiel, en Allemagne, l’Europe aurait besoin de 300 000 soldats de plus et d’une augmentation rapide des dépenses militaires d’au moins 290 milliards par année pour dissuader l’agression russe.
Camille Grand, ancien secrétaire général adjoint de l’OTAN pour l’investissement dans la défense, a lui aussi publié une analyse des lacunes européennes à combler si les États-Unis se retirent.

PHOTO NANNA HEITMANN, ARCHIVES THE NEW YORK TIMES
Soldats des forces spéciales américaines à bord d’un appareil V-22 Osprey durant un exercice de l’OTAN en Hongrie en juin 2019
Des responsables américains ont avancé que les Européens devraient prendre en charge la défense conventionnelle tandis que Washington maintiendrait son parapluie nucléaire.
Le temps presse. Selon la plupart des experts, 2029 sera l’année de tous les dangers. Le général Carsten Breuer, qui dirige l’armée allemande, estime qu’en 2029, la Russie devrait être en mesure de lancer une attaque sérieuse contre l’OTAN. Mais l’Allemagne et les forces de l’OTAN sont capables de réunir les forces nécessaires d’ici là, dit-il.
« Nous [les Européens] n’avons pas besoin d’être aussi bons que les États-Unis, seulement d’être meilleurs que la Russie », a déclaré l’an dernier le ministre polonais des Affaires étrangères, Radosław Sikorski.
Un parapluie nucléaire européen
Le parapluie nucléaire américain sur l’Europe est irremplaçable et M. Trump a promis plusieurs fois de le maintenir. Mais les nations européennes envisagent d’autres avenues.
La France et le Royaume-Uni, les deux puissances nucléaires en Europe, ainsi que l’Allemagne et la Suède discutent de la façon d’étendre leur parapluie nucléaire pour qu’il se compare au moins au parapluie américain.
La France s’est engagée à augmenter son arsenal nucléaire et le Royaume-Uni promet de recréer une composante aérienne de bombardiers à capacité nucléaire en sus de ses sous-marins nucléaires. Cependant, la dissuasion nucléaire britannique dépend de la technologie américaine, et celle de la France, des intérêts français tels que son président les conçoit.
La nécessité d’être plus autonome a été mise en lumière par la décision de Donald Trump de bombarder l’Iran sans consulter l’Europe, puis d’exiger son aide. Pour plusieurs, comme Bruno Maçães, ancien secrétaire d’État aux Affaires européennes du Portugal, l’« excursion » américaine a des allures de défaite.

PHOTO NICOLAS TUCAT, AGENCE FRANCE-PRESSE
Le porte-avions français Charles-de-Gaulle et la moitié de la flotte française sont actuellement déployés près du Moyen-Orient.
« Ça va donner une grosse poussée à l’Europe », dit-il.
Ce dont il est question, ce n’est pas juste vouloir que les États-Unis soient là pour nous ; c’est maintenant le sentiment que les États-Unis ne le pourraient pas même s’ils le voulaient.
Bruno Maçães, ancien secrétaire d’État aux Affaires européennes du Portugal
Pour l’Europe, a-t-il dit, « ça rend le choix entre l’autonomie et l’Amérique plus tranché chaque mois ».
Nonobstant les humeurs de M. Trump, plusieurs experts peinent à trouver en quoi la destruction de l’alliance profiterait aux États-Unis.
Ainsi, selon Wolfgang Ischinger, ancien ambassadeur de l’Allemagne à Washington, quitter l’OTAN serait un cadeau à une Russie en pleine militarisation. « Soyons clairs : le départ des troupes américaines d’Europe serait pour la Russie une victoire stratégique. Repousser les États-Unis hors d’Europe est l’objectif stratégique principal du Kremlin depuis l’époque soviétique », a-t-il écrit sur X. « Est-ce que les États-Unis peuvent se permettre que cela arrive ? »
Pour Nicholas Burns, ancien ambassadeur des États-Unis auprès de l’OTAN, se retirer serait « catastrophique pour les États-Unis en tant que puissance mondiale ». Il serait étonné que le Congrès accepte cela, ajoute-t-il.
Cet article a été publié dans le New York Times.
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