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On retrouve dans ce complexe quelque 30 chambres, simples ou doubles, avec des toilettes et des espaces communs.
Montréal a inauguré lundi un deuxième projet d’habitations modulaires pour les personnes en situation d’itinérance, cette fois dans Ahuntsic-Cartierville. La mairesse Soraya Martinez Ferrada, qui avait dénoncé ce type de projet en campagne, maintient que le coût de développement est trop élevé et qu’il faudra « revoir le modèle ».
Situé rue Louvain Ouest, cet ensemble de maisons mobiles a été conçu par l’administration de Valérie Plante. À l’instar du projet déjà livré sur le site de l’ancien hippodrome, dans Côte-des-Neiges–Notre-Dame-de-Grâce, la Ville réutilise des bureaux de chantier ayant servi à Hydro-Québec lors de la construction de la Romaine. Un troisième projet doit voir le jour dans Outremont, mais on ignore quand encore.
On y retrouve 30 chambres, simples ou doubles, avec des toilettes et des espaces communs. Trois intervenants de l’organisme RAP Jeunesse seront sur les lieux en tout temps afin de soutenir les itinérants qui y logeront.
Résumé
Tant les personnes seules qu’en couple, ou avec un animal, seront acceptées. Il faudra toutefois avoir au moins 25 ans et les personnes du nord de l’île seront priorisées, l’objectif étant d’offrir plus de service aux itinérants éloignés du centre-ville, afin de ne pas les déraciner de leur milieu.

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Une chambre double
Le prix global du chantier est évalué à 157 000 $ la porte, autrement dit près de 5 millions, dont 2,5 millions viennent de la Ville, 1,7 million de la Société d’habitation du Québec et 740 000 $ du ministère de la Santé.
Pour Mme Martinez Ferrada, « la réalité, c’est que ça a coûté cher ». « Si on veut en faire plus avec les moyens financiers qu’on a, il faut revoir le modèle. […] Il faut se demander comment on peut construire davantage de logements de transition à un moindre coût », a-t-elle dit.
D’autres façons de faire
En septembre, durant la campagne électorale, la mairesse s’était engagée à livrer au moins 2000 logements de transitions pour les itinérants. Elle avait alors qualifié les habitations modulaires de « tentes-roulottes ». « C’est les citoyens en itinérance qui me disent qu’ils trouvent ça dégradant. »
Pour accélérer le pas, Soraya Martinez Ferrada plaide maintenant vouloir s’inspirer d’autres villes. « Halifax et Gatineau en ont fait, des petites maisons et d’autres types de projets, avec une proposition de logements qui est plus individuelle. C’est ça que les gens recherchent », a-t-elle souligné.

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Soraya Martinez Ferrada
À Gatineau, la Ville a aménagé l’an dernier le premier projet de conteneurs résidentiels au Québec sur le site de l’ancien aréna Robert-Guertin. Le Village Transitiôn a pour objectif d’offrir un logement temporaire et des services psychosociaux à 100 personnes afin de les sortir de la rue, avec des services sur place.
« Ça a été construit à 90 000 $ la porte, et ils en ont fait 100. Il y a plein d’autres exemples qu’on peut utiliser, et il faut juste les regarder », a souligné la mairesse de la métropole.
Vers des défis de cohabitation ?
En attendant, l’arrivée de ces nouveaux logements modulaires fait déjà jaser dans le secteur. Des commerçants sondés disaient d’ailleurs ne pas avoir été informés du projet, à notre passage, lundi.
« On comprend que tout le monde doit aider avec la crise actuelle, mais on attend de voir comment ça va se traduire dans le quotidien. On espère juste que ça va bien se passer, qu’il n’y aura pas de débordements et qu’on pourra tous cohabiter relativement bien », a affirmé un résidant, Daniel Lavoie, à La Presse.
La directrice habitation chez RAP Jeunesse, Paméla Simard, assure de son côté que tout sera en place pour minimiser les conflits avec la population.
« Pour le moment, ça se passe bien. J’ai rencontré personnellement plusieurs fois les résidants du quartier. […] On a un programme de médiation sociale qu’on fera ici deux ou trois fois par semaine. Les locataires vont ramasser les déchets dans la rue, ou s’occuper du jardin communautaire. Ça va leur permettre de s’intégrer, de parler aux citoyens. Ça va aider beaucoup », a-t-elle noté.
« On sait que de toute façon, on va sûrement devoir modifier certaines choses. C’est un projet pilote. Si ça ne fonctionne pas, on prendra un pas en arrière pour mieux repartir », a ajouté Mme Simard.